Tales from the Hood

Category: Films Comments: No comments

Les voies de la distributions sont impénétrables, et on ne compte plus les joyaux que l’on a criminellement omis de porter jusqu’à nous alors que sont quotidiennement importés de vilains cailloux. Pour certaines raisons que l’on aimerait un jour voir éclaircies, les anthologies horrifiques sont particulièrement mal loties de notre côté du globe, à plus forte raison si elles sont réussies. Un constat qui ne date pas d’hier, et remonte même jusqu’au Tales from the Hood (1995) produit par Spike Lee, sans nul doute l’un des plus habiles héritiers de la méthode EC Comics.

 

 

Toujours au rayon des incompréhensions, nous ne finissons pas de nous demander pourquoi, près de vingt cinq années après le premier film, il fut décidé de lui ajouter deux suites direct-to-video alors même que l’original n’enflamma pas franchement le box-office. On mettra cet étirement d’une franchise qui n’en était pas une il y a encore trois ans sur le compte du tsunami de nostalgie récemment abattu sur la production horrifique. On ne s’en plaindra pas cela dit, et si ces suites avec Keith David puis Tony Todd peuvent apporter un peu de lumière sur le resté obscur par chez nous Tales from the Hood originel, ce come-back dans les mauvais quartiers de l’effroi ne sera pas en vain. Car ils sont beaux, ces contes du ghetto ébruités par l’acteur/réalisateur Rusty Cundieff et coécrits avec Darin Scott (lui-même réalisateur du Dark House avec Jeffrey Combs), deux gaillards que l’on suppose être de vrais amoureux des Tales from the Crypt, Cundieff apparaissant d’ailleurs dans l’un des épisodes de la série, et pourquoi pas des plus éloignées adaptations de la Amicus, dont on s’éloigne finalement assez peu du caveau. Voyez donc : le point de départ de l’affaire prendra place dans une funérarium, où le trop souriant pour être honnête croque-mort en place ouvrira quatre cercueils pour autant d’histoires de trépas fantastiques. Et ceux-ci, à vue de vautour, ne proposent rien que les Anglais n’avaient pas déjà mis sur le tapis plus de deux décennies auparavant, avec vengeance d’outre-tombe exécutée par un increvable zombie, garçonnet rendu paniqué par les venues nocturnes d’une vilaine créature, petites poupées tueuses et visite dans un centre de redressement aux faux airs d’asile. Les noms de Roy Ward Baker, Freddie Francis, et finalement de Dan Curtis et George Romero nous passent au travers du crâne, mais est-ce pour autant que Tales from the Hood détrousse ses ancêtres sans poser son propre cachet, se contentant de moderniser le vocabulaire (il y a du « Motherfucker », du « Nigga » et du « Shit » en cascade), le décorum (adieu les vieux manoirs, bonjours les allées crasseuses) et le goût vestimentaire (gun au ceinturon, bandana sur le caillou) ?

 

 

Fort heureusement non, et Spike Lee à la place du chef oblige, l’anthologie toute entière utilise ses fables enténébrées pour témoigner de la difficulté de la vie pour l’afro-américain prisonniers des mauvais quartiers. Le revenant vengeur ne sera pas l’habituel cocufié ou l’amant malheureux jetés aux mers, mais un agitateur politique de couleur bien décidé à crier haut et fort à quel point la police de sa ville est corrompue et trempe dans le trafic de drogues, et que Messieurs ces officiers feront taire à coup de matraque et en maquillant sa mort en un accident de junkie. Le petit gosse craignant ces nuits où le rejoint un monstre aux doigts crochus n’est pas une énième variante du mythe du croquemitaine, mais un manifeste sur la violence parentale, la fameuse créature étant en vérité le beau-père colérique du môme. Quand les pantins se relèvent, ce n’est pas pour terroriser n’importe qui, ces âmes d’anciens esclaves cachées dans des jouets de bois n’en voulant qu’à la peau d’un ancien membre du Klu Klux Klan (incarné par Corbin Bernsen, votre dentiste favori). Quant à la visite dans un centre de détention pas comme les autres, elle est l’occasion de casser le manichéisme alors en vigueur voulant que les noirs sont fatalement des victimes et les blancs leurs bourreaux, puisque le jeune gangsta à réhabiliter sera placé au même niveau que les suprémacistes blancs, un défilé d’images mettant KKK et gangs des ghettos sur le même plan, tous coupables des mêmes infamies. Une moraline écrasante ? Non, un surplus d’âme permettant à Tales from the Hood de se forger une personnalité propre et d’éviter d’être une anthologie de plus.

 

 

Ce qu’il n’aurait de toute façon pas été même s’il s’en était remis à la fainéantise, car derrière ça turbine comme il faut, Cundieff livrant un boulot propre, jamais cheap et mettant très en valeur les beaux effets gore qui émaillent ces historiettes. La stop-motion des poupées, sorties des ateliers des Chiodo Brothers, réchauffe les coeurs, et cette séquence hallucinante voyant un flic ripou se faire crucifier puis fondre pour devenir une fresque murale mérite les annales. Pour ne rien gâcher, le réalisateur n’hésite pas à s’abandonner à ses idées visuelles les plus folles, l’intérieur de la prison du dernier chapitre ressemblant à celui d’un vieux paquebot, où travaillent des infirmières habillées comme dans un vieux film de SF des 50’s. Enfin, que serait un bon film à sketchs sans un bon maître de piste, ici symbolisé par un excellent Clarence Williams III tout en grimaces et sous-entendus morbides, ravi comme pas deux de lever quelques poils avec ses regards mi-lubriques mi-déments. Si l’on ne doute pas que Keith David et Tony Todd lui font honneur dans les suites, on n’en regrette pas moins que le comédien, décédé en juin de cette année, n’ait pas retrouvé le chemin de sa chambre funéraire. Et on pleure toujours le statut d’inédit d’un Tales from the Hood éclatant sans mal 99,9 % des anthologies soties depuis. Harcelez vos éditeurs préférés pour qu’ils réparent ce terrible mal.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Rusty Cundieff
  • Scénario : Rusty Cundieff, Darin Scott
  • Production : Darin Scott, Spike Lee
  • Pays : USA
  • Acteurs : Clarence Williams III, Corbin Bernsen, Rosalind Cash, Rusty Cundieff
  • Année : 1995

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>