Fat Chance (Camp Massacre)

Category: Films Comments: No comments

Il y a ceux qui rêvent de devenir pompiers après avoir vu ces héros braver les flammes pour sauver un chaton de la fournaise, ceux qui se verraient bien porter l’uniforme depuis qu’un gentil policier les a délivrés d’un vilain ravisseur, ceux qui jurent par tous les saints que leur existence se passera derrière les fourneaux après avoir goûté les pruneaux au lard d’un grand cordon bleu… et il y a ceux qui veulent devenir Jim Wynorski depuis qu’ils l’ont vu s’entourer de beautés fatales et de monstres improbables. Il en est ainsi de Daniel Emery Taylor, garçonnet sur le tournage de Return of Swampthing en 89, réalisateur et acteur de micro-budgets (les très culs The Hospital et sa suite, It’s Just a Game) plus de deux décennies plus tard. Avec Fat Chance (2014), retitré Camp Massacre pour se faire mieux voir du marché de la vidéo, le rouquin (c’est bien parti pour reprendre l’héritage du copain Jim, déjà) s’allie au zédeux Jim O’Rear (Hell’s Bells, Torture Room) pour gaver le slasher comme une oie.

 

 

Des slasher movies, il en existe, à vue d’oeil crevé, 47 358 et des miettes. Et parmi ces 47 358, près de la moitié s’en va prendre l’air dans les camps maudits, les colonies de vacances baignée dans le sang et les camping où l’on joue a la pétanque avec les caboches de jeunes fumeurs de weed et celles de leurs copines illettrées. Dur dur de se distinguer dans cette armée de psycho-thrillers tous coiffés et casqués pareil, aux décors et déroulé similaires, systématiquement équipés du même outillage mortel. Ne manque que le code barre à l’arrière de la nuque. Cette standardisation dans le meurtre, cette uniformisation du carnage, Daniel Emery Taylor et Jim O’Rear n’en veulent surtout pas. Et s’ils ne comptent pas vraiment tourner le dos aux manuscrits sacrés du genre et inviteront dans leur bosquet le vieux fou gueulant aux campeurs qu’ils sont tous maudits et vont bientôt sucer des cailloux six pieds sous terre, les meurtres par arme blanche, de la nudité gratos, le twist final sur l’identité du tueur et la présence d’une star du X (Bree Olson, ex-déesse de l’amour du pervers Charlie Sheen), d’un catcheur (Al Snow) et d’une vieille gloire du genre (Dick Warlock, cascadeur surtout connu pour avoir porté le masque de Michael Myers dans Halloween II), ils se creusent le ciboulot pour en extirper un concept neuf à même de les distinguer de la masse grouillante de sous-Vendredi 13 hantant encore les bois de nos jours (la saga Camp Blood n’en finit plus de s’allonger, et il n’y a pas de quoi s’en réjouir). Leur idée « de génie », c’est de peupler leur film d’obèses, tous réunis dans un camp par une émission de télé-réalité. Celui qui maigrira le plus remportera rien de moins qu’un million de dollars, et donc de quoi se remplumer après ces semaines de jeûne. Forcément, un dégénéré portant un bucket à cuisses de poulet sur la tête viendra se tailler un steak dans les grosses bedaines des participants, dès lors pas prêts de palper l’argent. Ne vous fiez donc pas trop à ce nouveau patronyme trop banal collé sur le DVD qu’est Camp Massacre, le véritable nom du bazar est bien le plus représentatif Fat Chance. Et n’allez surtout pas croire que les stars promises sur la jaquette feront plus qu’une apparition : Warlock a deux scènes, Snow à peine arrivé se fait éventrer, et Bree la belle a de toute évidence été ajoutée à la hâte au script suite à une occasion quelconque, la pornstar n’étant que de l’introduction. Où elle trouve tout de même le temps de se rendre sous la douche douche pour y dévoiler tout ce que le mâle désirait y voir. Sinon pourquoi l’embaucher, d’ailleurs ?

 

 

Costaud des rings cabot (pléonasme) et orfèvre de la branlette au casting égale gros délire à l’écran ? Bien sûr, car Fat Chance avant d’être un film d’horreur sans budget est surtout une comédie. Sans idées vais-je me hâter d’ajouter, la plupart des gags étant centrés, on s’en doutait, autour de l’incapacité profonde qu’ont les personnages à s’en tenir à leur régime, cachant barres chocolatées sous leur grasse poitrine, bonbecs dans leurs aines huileuses, tandis que les cours de sport les verront trottiner sans désir ni énergie. On se rit de quelques stéréotypes, comme le gothique suicidaire ou le gay suave, on en rajoute dans le dégoût en faisant de certains pansus de fieffés dégueulasses se soulageant d’épiques diarrhées dans les fourrés, et même les assassinats ne se prennent pas au sérieux, virant une fois sur deux au pugilat à la chorégraphie modeste, pour dire le moins. On ne se marre pas vraiment, faute de gags nouveaux, mais on ne se déplaît pas non plus. Le gore, bien que rudimentaire, se fait volontaire et les panses éclatent pour délivrer leurs entrailles (du riz de veau à la sauce arrabiata à coup sûr), les têtes filent sous les tondeuses pour se faire raser de près, les corpulents s’embrochent sur des morceaux de bois dur, quand d’autres ne s’étouffent pas avec des cuisses de poulet trop épaisses. Ni inédit ni particulièrement rude, mais il y a au moins une forme de souplesse dans la méthode. Et puis, ils nous sont sympathiques ces bedonnants, que les auteurs ne se décident pas toujours à trucider, visiblement tombés amoureux de leurs propres personnages, dont Daniel Emery Taylor fait d’ailleurs partie et se dévoile sans mal comme le meilleur comédien de la troupe.

 

 

Mais comme d’hab’, quand tout va trop bien ça ne va pas vraiment non plus, et il faut toujours qu’un vilain défaut pointe. Ce sera cette fois la durée, sacrément étirée pour une œuvre du cru : 2h10 pour une comédie grasse (dans tous les sens du terme) et sans le sou ! On ne sait trop ce qui est passé par la tête de Taylor et O’Rear, mais ils auraient été bien inspirés de prendre exemple sur leur protagonistes et faire maigrir un peu leur film, difficile à s’avaler d’une gorgée ou sans user de la zapette. Le script ne demande pourtant pas une longueur excessive, il est le même que celui de 99 % des autres slasher, mais on sent que cela a improvisé pas mal sur le plateau, et que la paire a bien eu du mal à sabrer dans leurs scènes, parfois longues d’un quart d’heure. Un très dommageable choix que celui de ne pas recourir au hachoir pour raccourcir la fête, car en l’état il est bien difficile d’en profiter. Ramené à 80 bonnes petites minutes et délesté de quelques parlottes sans intérêt, Fat Chance aurait prouvé à tous et toutes que sous sa graisse se trouve une vraie bonne Série B. Mais qui fera l’effort de voir sa bonne âme derrière sa couche de saindoux ? Trop peu de monde, j’en ai bien peur…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jim O’Rear, Daniel Emery Taylor
  • Scénario : Daniel Emery Taylor
  • Production : Daniel Emery Taylor
  • Pays : USA
  • Acteurs : T.J. Moreschi, Nicholas Huntsman, Megan Hunt, Daniel Emery Taylor, Jim O’Rear, Bob Bower
  • Année : 2014

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>