Finders Keepers

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Dire que la chaîne Syfy a mauvaise presse dans mon terrier nauséabond nous ramène à l’euphémisme. Et cette habitude, que dis-je cette tradition !, de sévérité envers les téléfilms désincarnés, commandités pour remplir leurs grilles des programmes, ne risque pas de se voir chambouler avec Finders Keepers (2014), petite chose sans intérêt qui parvient à détrousser The Conjuring, la saga Chucky et L’Exorciste sans jamais récupérer leurs habiletés et talents.

 

 

Si le cinéma est une affaire d’engagement, celui consenti par le futur spectateur à faire le chemin jusqu’au film de son choix, le téléfilm fait lui souvent figure de rencontre inopinée, ces productions souvent modestes étant similaires à ces têtes à têtes imprévus, toujours à la limite de la percussion, entre deux personnes se tombant dessus à un coin faisant le terme de deux rues. Il n’y a d’ailleurs que dans un statut d’imprévu que le tv movie fonctionne, lorsque après avoir zappé des minutes durant sans jamais trouver spectacle à son goût, le téléspectateur échoue sur une anémique fable parlant de pantins maudits et de maisons occupées par le Démon, et se dit qu’au fond c’est toujours mieux que d’assister à la complaisance de Stéphane Bern pour les souverains de ce monde ou les engueulades de Marseillais analphabètes qui viennent de découvrir que la neige, ça fond. Pas par envie réelle de voir une poupée de chiffon réduire au silence un casting composé de comédiens crève-la-dalle, mais pour jouir du confort donné à celui qui n’a plus à retourner fouiller sa collection de DVD pour y décider du tournant que doit prendre sa soirée. On ne se cale pas devant un téléfilm par choix, mais justement pour ne pas avoir à choisir. Mais extirpé de cette situation précise, et placé dans un contexte voyant le spectateur se diriger vers lui par décision réfléchie, le téléfilm ne jouit alors plus de la clémence d’un esprit reposé, et doit affronter les fourches d’un esprit expectant. Et la vérité d’éclater : le téléfilm n’est depuis longtemps qu’une version au rabais des films à succès. Finders Keepers n’a pas su choisir de quel moule il devait sortir, lui, et son cuisinier, un Alexander Yellen d’ordinaire plus occupé à placer les éclairages et shooter les films des autres que distribuer les ordres sur les siens, en a donc sélectionné plusieurs en pensant que l’un finira bien par faire l’affaire. Le tout débute donc comme les premiers Amityville, avec Alyson, une belle blonde fraîchement divorcée qui emménage avec sa fillette Claire, encore malheureuse de la séparation, dans une résidence où toute une famille fut égorgée par le plus jeune de leur tribu, depuis enfermé dans un asile où tournent en rond tous les aliénés du comté. Comme Ronald DeFeo, le coupable aurait-il entendu les murmures d’Abigor dans son sommeil et aurait décidé à son réveil de faire couler le sang de ses sœurs et parents ? Presque, car selon toute vraisemblance la chuchoteuse de mauvais songes serait Lilith, poupée ramenée du Venezuela. Et celle-ci vient tout juste de trouver en Claire une nouvelle oreille attentive à ses criminelles propositions.

 

 

Enfin, n’allons pas trop vite, car conscient qu’il vient tout juste d’aller faire les placards des Conjuring pour en revenir avec une version exotique de leur Annabelle, Yellen se dit que tant qu’à jouer à la poupée, autant y aller à fond, et s’essaie à un mystère digne du premier Jeux d’Enfants. Claire est-elle manipulée par l’esprit de son joujou, ou faut-il voir dans les meurtres, qui ne manquent bien évidemment pas de se multiplier dans sa ruelle, les actes d’une gamine perturbée par la séparation de ses parents ? On y croirait presque si nous n’étions pas si certains de la tiédeur des producteurs de chez Syfy (parmi lesquels Christopher Ray, fils d’un Fred Olen Ray que l’on aurait préféré voir à sa place), pas prêts de faire d’une mignonne morveuse de sept printemps l’équivalent féminin et écolier de Charles Manson. A Lilith la faute alors, même si Claire participera parfois malgré elle. Et notre evil doll a probablement été à l’école Good Guy et eut pour principal instructeur un petit rouquin malicieux, tant son modus operandi rappelle celui de Chuck le Rouge, grand pirate de plastique dont l’inventivité dans les tourments qu’il offrait aux autres n’avaient d’égal que leur sadisme. Lilith s’évertue donc à liquider tous ceux qui emmerdent sa Claire d’une manière ou d’une autre en les défenestrant, en allumant le gaz et en faisant après cela sauter la cuisinière, en faisant exploser des camions, en plantant des couteaux à pain entre les omoplates, les stylos dans l’oeil et on en passe. Chucky déciderait d’attaquer en justice son élève pour contrefaçon que celle-ci aurait bien des peines à trouver défense adéquate, tant l’inspiration vire ici à la décalcomanie. Reste que cela a le mérite de bouger un peu, près d’une dizaine de meurtres égayant Finders Keepers. Sans forcément aider le film, qui désormais doit faire face à un cruel manque de plausibilité. En effet, combien de cadavres devront être empilés sur le porche de sa nouvelle maison pour que la mère Alyson finisse par suspecter que sa petiote ou la poupée hideuse dont elle ne se sépare jamais font monter le taux de mortalité du quartier à vitesse grand V ? Finders Keepers étant écrit par un homme à tout faire de la production télévisuelle, quarantenaire livrant plus de téléfilms de Noël que vous ne sauriez en regarder, on ne s’étonnera pas qu’il soit particulièrement mal écrit et subisse des dialogues d’une insipidité rare.

 

 

Cela dit, que la foison des meurtres ne vous trompent pas, tant le nombre ne fait pas tout. Oui, Lilith ne compte pas ses heures, et sait d’ailleurs nous surprendre en se montrant sacrément méchante, dépeçant un couple de chats en guise d’entrée, et crevant les yeux et foutant le feu à une pauvre femme qui ne demandait qu’à filer un coup de main (la brave Justina Machado de Six Feet Under, qui aurait mérité mieux que de se retrouver dans une triste production comme celle-ci). Mais si Yellen est beaucoup de choses, réalisateur ne fait pas partie de celles-ci, et peut-être encouragé par ses chastes patrons, il s’assure que le gore ne se présente que de manière détournée, presque hypothétique. Les lames s’enfoncent ainsi dans les dos lorsque les personnages sont face à la caméra, de sorte que les plaies ne soient pas apparentes et n’écœurent pas toute la famille, à laquelle il faut encore vendre des barquettes Findus et des saucisses Bifi pendant la coupure pub. Une preuve, encore une fois, qu’il faille préférer l’original à la copie, car chez Chucky au moins tout nous est toujours montré, le nabot de latex n’ayant que rarement goûté à l’ellipse. De toute façon, Yellen est déjà passé à autre-chose, et revient dans son dernier acte à ses bicoques hantées et ses possessions non-désirées, Alyson et son ex-mari retrouvant leur complicité tandis que Claire imite Linda Blair et fait faire un tour à 360 degrés à sa petite tête. Du jamais vu, comme chacun sait… L’affaire se règle en deux coups de talons, car il suffit de crever les yeux de la poupée pour libérer la gosse de son emprise (ils auraient pu dire qu’il fallait arracher ceux de la petite, c’eut été plus drôle et surtout plus courageux), et tout le monde peut retrouver une vie de joie et de bonne humeur. Comment ils ont justifié cet amas de corps à la police, on ne le saura jamais. Reste que Tobin Bell des Saw montre qu’il a de la prestance même dans des rôles sans grand intérêt (il joue ici un psychologue spécialisé dans les enfants tarés), tandis que Jaime Pressly (Dead or Alive) et Patrick Muldoon (le keum de Melrose Place qui se faisait sucer le cervelet par une larve avec un anus à la place de la bouche dans Starship Troopers) n’ont pas de quoi être fiers de leurs personnages. Trop occupés à se perdre dans des drames romantiques que même TF1 n’oserait diffuser en plein après-midi de peur d’assommer les pensionnées, ils oublient de penser à attacher leur fillette, la laissant disparaître encore et encore pour qu’elle multiplie les tueries. Il y a des fessées qui se perdent, et heureusement que Chucky fera son grand retour cet été pour remettre un peu d’ordre dans la petite lucarne…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Alexander Yellen
  • Scénario : Peter Sullivan
  • Production : Christopher Ray, Peter Sullivan
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jaime Pressly, Patrick Muldoon, Tobin Bell, Justina Machado
  • Année : 2014

2 comments to Finders Keepers

  • Denis  says:

    Jame Pressly,je l’aime bien dans Earl.

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