Dr. Black, Mr. Hyde (The Watts Monster)

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Si le réalisateur William Crain restera principalement connu pour avoir rempli les telloches d’épisodes de Starsky and Hutch, The Mod Squad ou Shérif, fais moi peur, les rongeurs des nécropoles que vous êtes doivent plutôt voir en lui l’un des fers de lance de la blaxploitation horrifique des années 70. Après avoir fait bronzer du vampire via Blacula, le voilà qui rend plus funky l’oeuvre de Robert Louis Stevenson, son Dr. Black, Mr. Hyde (1976) abandonnant le vieux Londres pour les ghettos de Los Angeles, et la canne plombée pour les grosses patouilles d’un docteur dont l’âme s’enténèbre en même temps que son écorce se blanchît.

 

 

Plus ils sont gentils le jour, plus ils sont mauvais la nuit, et le Docteur Henry Pride (Bernie Casey) ne fait pas mentir la règle, lui qui offre aux enfants défavorisés de quoi se nourrir l’après-midi, mais file à minuit dans les tréfonds de Watts, labyrinthe de pauvreté de la cité des anges, pour y étrangler les marchandes de caresses intimes. Pas sa faute au pauvre bougre, au fond comme tous les savants un peu fous, et qui testa donc sur lui-même son incroyable sérum, capable de restaurer cellules et tissus et donc de foudroyer toutes les maladies possibles et imaginables. Les problèmes et le chaos viennent des effets secondaires, car une fois le produit injecté dans le patient, celui-ci pâlit et se laisse emparer par la violence la plus primale, ce dont Pride fut déjà le témoin lorsqu’il vit un rat noir devenir blanc et terroriser, puis massacrer, ses compagnons de cage. Malgré tout, et pour prouver à quelques patientes pas convaincues, et l’un dans l’autre peu désireuses de tester un médicament pas encore passé devant les commissions habituelles, le médecin nourrit ses veines de son propre produit et mute en un colosse blême, hurlant à la mort tandis qu’il serre les nuques de ses pauvres victimes. Toutes des prostituées, cible qu’il privilégie pour effacer quelques tourments de l’enfance, sa mère étant morte de sordide manière dans la maison close où elle passait le balais. On ricane assez peu dans le cabinet du bon docteur, d’autant que Crain, en plus d’avoir un regard tendre sur son sombre héros, prêt à prendre, et faire prendre, tous les risques pour sauver l’humanité toute entière d’un bon coup de seringue, rend charmantes ces mères courage que la misère pousse au trottoir. La principale se nomme Linda (jolie Marie O’Henry), forte femme au regard ironique de celle qui en a déjà trop vu de la bassesse humaine, sincèrement touchée et attirée par la bonté du docteur, auquel elle propose ses services gratuitement, et ne se verra exaucée que lorsque Pride se changera en une boule d’animalité, ne voyant plus en elle qu’un parfait cobaye, Linda étant en outre très malade.

 

 

Une tragique histoire d’amour se dessinerait-elle ? Plutôt oui, et à la danse malheureuse vient se greffer le Dr. Billie Worth (Rosalind Cash, Tales from the Hood, The Omega Man), femme de science connaissant son sujet et voyant bien que le Pride pour lequel elle fond elle aussi – mais n’est-ce pas le propre de toutes les demoiselles de Watts d’en pincer pour ce sauveur des corps et des âmes ? – se fait progressivement démon. Un personnage presque de trop, tant on aurait préféré que tout Dr. Black, Mr. Hyde soit centré autour du couple tantôt honnête, tantôt feint, Linda/Pride, plus intéressant que le reste d’une intrigue sinon très classique. Craine nous l’avait prouvé avec son Blacula : s’il fait entrer les mythes les plus antiques dans ce que les années 70 avaient de plus funky (coiffures bouffantes, artistes de soul placardés à même les murs de l’hôpital), son amour pour l’épouvante à l’ancienne est très sincère. Et c’est probablement avec grand régal qu’il duplique les passages obligés du cinéma d’horreur lorsque celui-ci en était toujours au décoloré, laissant son monstre (le film fut d’ailleurs originellement titré The Watts Monster, sans doute dans une volonté de faire ressortir une tonalité très old-school) porter à bout de bras sa fiancée d’un soir, tandis que le pauvre Pride, entre la peur et la folie montera sur les tours faites de câbles d’acier multicolores de Watts, alors qu’un hélicoptère lui tourne autour, que les habitants furieux lui hurlent dessus en-bas et que la police tire pour tuer. Tel un King Kong en haut de son gratte-ciel, ou une créature de Frankenstein fuyant la colère des villageois dans un moulin bientôt fait fournaise. Dr. Black, Mr. Hyde, malgré une très sérieuse volonté de fournir un vrai film fantastique tout ce qu’il y a d’honorable – presque trop, quelques coulures sanguines n’auraient pas fait tâche dans cette chronique de la misère malgré tout un peu trop propre sur elle – n’en subit pas moins la même schizophrénie que son sujet d’étude.

 

 

De jour, Dr. William pleure sur le sort d’afro-américains se dévorant les uns les autres, les maquereaux profitant de la pauvreté des femmes pour en faire commerce, tandis que même une bonté suprême comme Pride finit par devenir lion dans une jungle de crasse. De nuit, Mr. Crain rit sous cape et use, abuse, d’un second degré pas toujours bien greffé à l’ensemble, et il est permis de regretter ces proxénètes trop clichés, portant la cape scintillante comme une boule à facette, et ces quelques prises de kung-fu que distribue un Pride proche du vert Hulk à quelques malfrats. Dolemite et les autres délires du brave Rudy Ray Moore ne sont plus qu’à un bloc, et on aurait volontiers tenu cet humour sans doute involontaire plus à l’écart… The Watts Monster n’en reste pas moins un bel exemple de ce que la blaxploitation horrifique de l’époque pouvait enfanter, et rappelle que tout ce qui sortait de ses usines n’était pas nécessairement Z. Pour preuve une tenue formelle de bonne facture, une interprétation sans faille (pas de doute, Bernie Casey est un vrai comédien) et la présence aux maquillages d’un Stan Winston dont le nom prendra bientôt une toute autre résonance…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Crain
  • Scénario : Larry LeBron
  • Production : Charles Walker, William Crain
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bernie Casey, Marie O’Henry, Rosalind Cash, Milt Kogan
  • Année : 1976

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