Spring Break Massacre

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Véritable institution outre-Atlantique, le Spring Break, gigantesque fête du printemps permettant les beuveries les plus insensées et remplissant les têtes estudiantines de souvenirs humides, et leurs caleçons de MST, ne pouvait échapper bien longtemps aux serres du slasher flick. On se souvient du drolatique malgré lui Nightmare Beach (aka Welcome to Spring Break) d’Umberto Lenzi, et ce fut ensuite au particulièrement Z Spring Break Massacre (2008) de se faire rabat-joie et tenter de mettre fin aux festivité en pourfendant du festoyeur. Pas avec les mêmes résultats, malheureusement…

 

 

On sait, on sait. Puisqu’elles se déroulent en plein printemps, les bombances du Spring Break devraient être disqualifiées d’office du Summer of Slash, petite collection de chroniques égayant vos samedis d’août avec ses meurtres au doux goût de jus d’ananas et ses massacres de plagistes. Mais les printemps américains étant souvent plus lumineux et chauds que les étés de notre souvent froide Europe, et cela se vérifie particulièrement en cette laide année 2021, les filles s’y trémoussent volontiers en bikini, les couples s’affirment sur les baies ensoleillées, et les après-midis se passent sur le sable devenu terrain de volleyball. Moins printaniers qu’estivaux sont ces films sacrifiés à ces quelques jours de fête ininterrompue, et Lenzi l’avait prouvé dès 1989. Et puis, pour en finir avec les justifications, il me tardait de retourner dans la casbah de Michael Hoffman Jr., ici caché sous la signature de Rex Kramer, faiseur de psychokiller movies sans le sou mais dont nous avions savouré l’année passée son Girls Gone Dead de 2012. Une petite chose anecdotique, c’est entendu, mais que la sincère frivolité, pour ne pas dire la profonde bêtise, élevait presque au rang d’art. On n’en a pas vu si souvent, des Séries B où une cocotte ravagée par l’alcool confond un obèse avec un bellâtre, et s’en va donc sucer le bedonnant dans les fourrées, tandis qu’un vieux barbu s’adonne au chant et qu’un type déguisé en ours fait quelques pas de danse, le tout sous le regard aimant de Linnea Quigley. Le bonheur suffit souvent à peu de choses, et Hoffman Jr. l’avait alors bien compris. Foi j’avais donc en son Spring Break Massacre, et c’est avec l’assurance que celui alors caché sous le nom de Rex Kramer ne pouvait s’être loupé que je me lança dans une cruelle désillusion. Inutile d’enterrer l’évidence, Spring Break Massacre est nul à chier, à un point où il est bien difficile de lui trouver quelconque qualité. Peut-être une bande originale convenable, en tout cas assortie à ce que l’on imagine être les soirées de jeunes Américaines, puisque piochant allégrement dans le rock indépendant.

 

 

Pour le reste, rien ou si peu à célébrer, pas même la présence de Linnea Quigley, que l’on découvre fidèle au réalisateur, ni celle de Reggie Bannister, tant l’un et l’autre n’ont que des bribes de personnages avec lesquels composer. Engoncés dans l’uniforme de policiers de Série B, Madame se rit de la mauvaise humeur de Monsieur, son supérieur fâché de ne pas pouvoir en griller une dans son commissariat. Que du trop classique. Les ados ? Une troupe quasiment anonyme, dont ne nous est présenté que la final girl obligée, blondinette profitant que son sévère papa s’absente pour inviter copines, et peut-être copains, à fêter le Spring Break à l’abri des ouragans de bière bon marché et des flots de vomissures des noceurs tenant mal la vodka. Nous n’avions de toute façon jamais vraiment pensé que Hoffman Jr. avait de quoi se payer les services de centaines de figurants, ni de remplir des rues dans lesquelles il n’a pas la permission de filmer de débauchés se frottant les uns aux autres de manière lubrique. Une petite soirée pyjama où l’on joue au poker le cigare au bec, et où l’on se lance des défis entre cinq ou six copines est autrement plus réalisable, en effet. Bien sûr, s’invite un assassin, ancien livreur de pizza nous dit-on un échappé de taule, enfermé dix ans plus tôt pour le meurtre d’une demoiselle à laquelle il livrait une quatre fromages. Le spectateur sait bien, lui, que l’émissaire de Pizza Hut n’a jamais rien fait de mal, l’intro le montrant penaud sur une scène de crime à laquelle il est totalement étranger, et le véritable coupable nous était dévoilé en la personne d’un ami sexuellement frustré par la victime, qui n’en finissait pas de se refuser à lui. Alors par vengeance, il l’égorgea salement et laissa le pauvre livreur se faire coffrer à sa place. On se doute d’ailleurs bien que si l’innocent est bel et bien sorti de sa cellule, et que peut-être désire-t-il lui aussi goûter à la revanche, il n’est probablement pas la cause de la cascade de morts qui s’abattra bientôt autour de la pauvre Heather (Sarah Minnich, depuis passée à des productions plus cossues comme Army of the Dead de Snyder et la série Them), dont les potes finiront tous poignardés.

 

 

Présenté de la sorte, Spring Break Massacre semble être un slasher comme un autre, jusque dans sa révélation finale, extrêmement prévisible. Et nous ne lui en aurions d’ailleurs pas voulu s’il avait fait vœu de banalité. Mais Hoffman Jr. a visiblement de l’orgueil et aspire à plus que n’être qu’une tête indissociable des autres dans le bataillon sans fin des modeleurs de slasher, et décide d’injecter quelques idées, si pas nouvelles, un peu plus audacieuses dans son concours de lancer de couteaux. La narration sera donc fragmentée en flashbacks et retours vers le futur, l’intrigue étant sortie des yeux des survivants se remémorant les évènements, permettant au récit de faire des vas-et-vient pas très utiles entre les évènements et leur épilogue. Bien utilisé par des gens sachant ce qu’ils font, la méthode passionne. Mais dans un gros Z mal fichu, elle ne fait que boursoufler une petite fable de rien du tout qui ne demandait qu’à se faire simple. On n’ira pas jusqu’à accuser l’auteur de péter plus haut que son cul, même si c’est parfois l’impression qu’il donne, notamment lorsqu’il tente de justifier jusqu’à la présence du moindre personnage secondaire, comme s’il répugnait à se rabaisser au niveau du slasher bête et méchant façon Slumber Party Massacre, auquel il n’en pique pas moins son poster. Je l’ai dit, le bonhomme apprendra de ses erreurs et nous livrera quatre ans plus tard un Girls Gone Dead aux ambitions plus abordables et filant droit au but, mais pour l’heure ça patine sévère. Spring Break Massacre prend 45 minutes à en venir au fait, et se garde encore dix minutes sur la fin pour expliquer dans le détail un script pourtant pas bien compliqué (le meurtrier n’était autre que le papounet si sévère, et cela se sentait de toute façon). Ce qui ne laisse, sur 70 petites minutes, qu’un fin quart d’heure pour occire un casting fait de teenagers inintéressants, dont les mises à mort sont systématiquement filmées dans la pénombre la plus totale et en gros plans si extrêmes qu’ils en sont réduits à l’image d’une coulée de sang sur le pelage des victimes. Affligeant. Une nudité mal utilisée, car trop gratuite et ne profitant d’aucune sensualité – les filles sont habillées, puis pouf elles sont à poil – tente d’égayer ce bal des cons, mais c’est bien en vain : Spring Break Massacre a chuté tout au fond du panier d’un genre qu’il tentait de prendre de haut, et rien ne lui permettra de remonter à la surface. On éjecte et on jette.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Hoffman Jr.
  • Scénario : Meghan Jones, Michael Hoffman Jr.
  • Production : Patrick Engleman, Meghan Jones, Michael Hoffman Jr.
  • Pays : USA
  • Acteurs : Sarah Minnich, Reggie Bannister, Linnea Quigley, John Shumski
  • Année : 2008

2 comments to Spring Break Massacre

  • Denis  says:

    Linnea Quigley. Le retour des morts vivants.
    Mon premier amour.

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