L’Attaque des Sangsues Géantes

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Si l’on sait qu’il ne faudrait pas s’appuyer sur ses murs de peur de les voir tomber, on ne peut pourtant réfréner l’envie d’applaudir l’antre aux bêtes assemblées à base de petits riens par Roger Corman, grand prélat de l’épouvante cheap et de la science-fiction la plus dépourvue. Pour L’Attaque des Sangsues Géantes (1959), Tonton Roro refilait les clés de la maison à Leo Gordon (ici scénariste, mais ailleurs acteur, voir La Malédiction d’Arkham pour s’en faire la preuve) et Bernard L. Kowalski, réalisateur de Night of the Blood Beast (1958), SSSsss (1973) et quatre épisodes de Columbo. Et tout ça pour mener la danse d’une paire de limaçons mutants, enfouis sous la gadoue de marécages où les rednecks sortent la pétoire et les blondinettes font cocus leurs gros époux.

 

 

Les mauvaises langues disent quelquefois que la Série B horrifique des années 50, bien que généralement courte car plafonnant autour des soixante minutes, est toujours trop longue tant sur cette petite heure seules valent véritablement la peine les quelques secondes libérant les monstres à la fourrure qui se décolle ou les lézards aux écailles en papier kraft, le reste n’étant que savante parlote et conciliabules entre scientifiques catastrophés. Et même s’il est bien malheureux d’avoir à l’avouer, les mauvaises longues n’ont pas toujours tort. Que celui qui ne s’est jamais installé devant un creature feature pour y lâcher un soupir d’ennui long de quarante minutes leur jette la première pierre, et cela fait long que les experts de l’époque tentent d’avoir accès au régime des métiers pénibles dans l’espoir de voir leur pension se remplumer. S’agit néanmoins de ne pas mettre tout le monde dans le même sac avant de le jeter dans la crue, et Attack of the Giant Leeches, si son titre et son principe plaident assez peu en sa faveur, s’en tire plutôt honorablement. Justement parce que, contrairement à nombre de films de la décennies planquant leurs lémures au placard pour ne pas laisser à l’audience le loisir d’en repérer toutes les erreurs de coutures et les malfaçons de costumes brochés avec les moyens du bord, la descente au bayou de Kowalski tient à montrer les fameuses sangsues, moins timides que ce qu’il était à craindre. Elles ne font pas non plus un numéro de claquettes durant les soixante minutes que dure la bobine qu’on leur a dédiée, mais elles n’ont certainement pas peur de dévoiler leur triste état de sac poubelles sur lequel on aurait scotché quelques ventouses, et respect doit être donné aux pauvres techniciens ou figurants enfoncés dans ces préservatifs en latex. Et L’Attaque des Sangsues Géantes aurait pu s’appeler La Revanche des Capotes Trouées qu’aucune modification au script n’aurait été nécessaire.

 

 

Elles déambulent presque fièrement à l’écran, disais-je avant de me couper la parole à moi-même, fondant sur les bouseux occupés à faire du canoë sur les eaux brunies (du moins supposerons-nous de leur couleur, film en noir et blanc oblige), sur les curieux se demandant à quoi on doit toutes ces disparitions dans la région, et enfin sur les beautés infidèles venues baisoter leurs amants non loin de cours d’eau cachant sous leur bouillasse une nécropole, où gisent des victimes vidées de leur sang par les loches monstrueuses. On se réjouit d’ailleurs en découvrant que le scénario de Leo Gordon s’attarde ainsi sur le mariage en pleine dissolution d’une séduisante jeune fille et le vieux tas de lards dont elle s’est faite femme, qu’elle engueule dès que l’occasion se présente et trahit avec les amis de celui-ci lorsqu’il a le dos tourné. Fruste mais pas sot pour autant, le gros bonhomme finit bien sûr par découvrir de quels amusements sa dulcinée complète ses journées, et la prend sur le fait avec un copain, après cela tout deux menacés de se prendre du plomb dans les viscères. Il n’aura pas le temps d’appuyer sur la gâchette puisque les sangsues géantes sortent des eaux à ce moment même pour emporter la pécheresse et l’indélicat. A cet instant, on se dit que cet énième effroi bon marché commandité par AIP prend la bonne résolution de s’intéresser à des personnages rarement faits héros de productions, même du type. Vous en avez souvent vus, vous, des types en surpoids catapultés protagonistes principaux ? Et qui pourraient ou ne pourraient pas tenter de retrouver leur traîtresse mariée, ou désireraient utiliser le cloaque à leur avantage en y balançant fâcheux et enquêteurs trop proches d’une vérité que l’on ne saurait dévoiler ?

 

 

Mais malheur, alors que Attack of the Giant Leeches s’était trouvé les meilleurs rails et qu’il n’avait plus qu’à ne plus les quitter, il retrouve les voies les plus classiques qui soient et remet à l’avant-plan le trio de base, fait d’un bellâtre courageux (Ken Clark), du gentil docteur venu désépaissir le mystère (Bruno VeSota) et de sa fille, bonne à marier et d’une pudeur à toute épreuve (Yvette Vickers). On connaît la suite : séduisant comme il est le grand Ken ne risque rien, car la règle du genre veut que les vilaines chimères ne parviennent jamais à abîmer une jolie gueule, tandis que les vieux, les menteurs, les alcoolos, les salauds et les salopes seront bons pour faire un don du sang aux gastéropodes mutants, que l’on fera sauter à l’aide d’un peu de dynamite. Aux grands maux les grands remèdes. Dommage d’avoir soudain bifurqué vers les prairies déjà semées par tant d’autres B-Movies alors que l’on s’apprêtait à s’enfoncer dans les bois de l’inédit, mais L’Attaque des Sangsues Géantes n’en déplaît pas pour autant, et fait même partie des plus agréables productions Corman issues de la première partie de carrière de ce dernier.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Bernard L. Kowalski
  • Scénario : Leo Gordon
  • Production : Gene Corman, Roger Corman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Ken Clark, Yvette Vickers, Bruno VeSota, Jan Shepard
  • Année : 1959

2 comments to L’Attaque des Sangsues Géantes

  • Denis  says:

    Le scénario de Nigth of the Creeps est bien barré aussi.
    Pis y’a Tom Atkins..

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