Caesar and Otto’s Summer Camp Massacre

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Avec un nom comme le sien, Dave Campfield était prédestiné à passer son mois d’août dans un campement maudit. Pour y prendre du bon temps plutôt que pour y ramasser les trombines décapitées des campeurs voisins, son Caesar and Otto’s Summer Camp Massacre (2009) plantant sa tente sur le terrain vague de l’humour plutôt que sur le cimetière improvisé du slasher grave. Un choix judicieux au vu des moyens engagés.

 

 

L’avantage de n’avoir pas un sou en poche mais de tout de même en user pour produire un film, même archi-Z, c’est qu’en cas de retombées financières, toutes modestes fussent-elles, la mise initiale peut facilement se voir triplée ou quadruplée, permettant aux auteurs de tourner trois ou quatre nouvelles filouteries et donc donner suite aux aventures de leurs personnages chéris. Dave Campfield et Paul Chomicki réussissent donc de par la modestie de leurs moyens à étendre leur saga Caesar and Otto, là où un similaire mais autrement plus produit Tucker et Dale fightent le Mal peine à trouver suite car attendant toujours des financements décents, qui ne se lassent pas de ne pas arriver. La méthode du Do It Yourself a donc cela de bien que placée entre des mains capables et des retrousseurs de manches elle évite l’enlisement dû à la dépendance des banques. Campfield et Chomicki ne deviendront certes jamais des stars, et ne doivent pas se faire draguer lors de leurs apparitions en conventions, où ils doivent être cloués derrière une table à vendre dix DVD la journée, mais au moins leur franchise se prolonge-t-elle régulièrement. Après un premier opus en 2007 que l’on devine très amateur avec dans les caisses à peine 3000 dollars, vint donc la présente randonnée dans les bois souillés, puis la même année deux courts-métrage où la paire repoussait les morsures de Dracula puis les courriers de son avocat. En 2012, c’est Noël qu’ils pourrissent via Caesar and Otto’s Deadly X-Mas, parodie à peine voilée de Douce Nuit, Sanglante Nuit, reprise du papy effrayant son petit-fils avec de sombres histoires sur Santa Claus à l’appui. Enfin, 2015 les vit s’en prendre à la saison automnale au détour de Caesar and Otto’s Paranormal Halloween, où c’est cette fois à L’Exorciste et tous les films de bicoques hantées sorties dans le sillon d’Insidious d’en prendre pour leur grade. Malins, les garnements s’entourent de têtes reconnues venues faciliter la promotion de leurs farces bon marché, et la série peut se vanter d’avoir parmi ses fidèles Brinke Stevens, Felissa Rose ou Joe Estevez, et d’avoir accueilli à un moment ou un autre Linnea Quigley, Robert Z’Dar, Lloyd Kaufman, Debbie Rochon, Tyffany Shepis et Vernon Wells. Excusez du peu… Si le duo semble mettre en sourdine leur franchise « culte » (toutes proportions gardées, évidemment), ils ne se quittent pas pour autant et seraient en cette toussoteuse année 2021 en train de filmer un thriller tout ce qu’il y a de plus sérieux nommé Fortress of Sin. Intrigant, car après avoir passé 70 minutes dans leur colonie du massacre, on les imagine assez peu se lancer dans le polar tout en mélancolie…

 

 

Caesar et Otto donc, pour ainsi dire les Abbot et Costello nouveaux, constamment projetés dans des affaires mêlant le lugubre à l’insensé, et ne s’en sortant qu’à la manière d’un Scooby-Doo : par chance, par couillonnerie. Le premier est un maniéré comédien raté, à peine capable de jouer le serveur dans une sitcom ringarde sans se ridiculiser. Le second un obèse le cul constamment collé au canapé, coeur d’artichaut dont les deux buts dans la vie sont de se trouver une conjointe aimante et de fixer son téléviseur où se déroulent des marathons horrifiques. A eux deux, ils nous refont le duo façon Laurel et Hardy, Caesar n’en finissant plus de frapper un Otto trop sot à son goût. Autant dire que l’on tient là deux winners, conditionnés par un père bon à rien et cleptomane. En quête d’un nouveau rôle pour pouvoir payer le loyer, Caesar se retrouve par hasard à devoir transporter une adolescente enceinte jusqu’à l’hôpital et s’engueule sur le parking avec un déficient mental, qu’il finit par cogner. Pas malin, surtout si le demeuré est en réalité le frère du commissaire de police, que Caesar souhaite dès lors éviter en les inscrivant son frère et lui comme animateurs à une colonie de vacances. Miséreuse, la colonie, car réduite à trois buissons cramés par le soleil et quatre ou cinq tentes, les véritables locaux et dortoirs étant nous dit-on la propriété des scorpions et autres bestioles dont on ne voudrait pas dans le sac de couchage. Ca permet surtout à Campfield de justifier qu’il n’a pour tout décorum que quelques arbres et trois cailloux. Mais à peine arrivés au milieu de cette clique de futurs mono volontairement caricaturaux, qui va des bimbos se rêvant stars au sportif égocentrique en passant par la catholique trop prude et le joueur de guitare ténébreux (Deron Miller, époux de Felissa Rose et membre du groupe CKY), les frangins entrevoient la présence d’un tueur parmi eux, plusieurs de leur compagnons disparaissant dès la nuit tombée. Serait-ce là le mauvais tour joué par la dernière arrivée, taiseuse brunette avec trop de poils aux pattes jouée par Felissa Rose, dans une tentative évidente de rattacher le film au Massacre au Camp d’été qui la vit tomber la culotte et dévoiler sa jolie paire de roubignoles ?

 

 

Référentiel, ce Summer Camp Massacre l’est pleinement, et il suffit de visionner la scène voyant Caesar faire sa valise et y coincer les DVD d’autres zéderies comme Splatter Beach ou Creature from the Hillbilly Lagoon pour se convaincre que Campfield ne s’adresse qu’aux siens. Mieux vaut donc avoir une certaine amitié à l’encontre des low budget à la Bill Zebub et compagnie, où le gore se résume à la renverse de ketchup et quelques zigouillages propres (par ici on succombe à la décapitation nette, à l’étranglement, au démembrement), et où la comédie se repose sur d’antiques gags. On se colle des baffes, Otto n’a de cesse de tomber amoureux et de collectionner les râteaux, l’égoïsme maladif de Caesar est mis à contribution plus d’une fois, tout comme la manie qu’à leur père de voler autrui. Ca ne vole jamais bien haut, et il faut savoir baisser ses exigences pour apprécier, mais en cette ère où tout le monde s’agenouille de manière incompréhensible pour le tout sauf drôle Kaamelot, Caesar and Otto’s Summer Camp Massacre devrait pouvoir trouver clémence. Et puis faut reconnaître que le duo force plutôt la sympathie, surtout Otto (Caesar peut fatiguer au bout d’un moment), bêta en pâmoison devant le moindre personnage féminin entrant dans le champ mais incapable de séduire qui que ce soit, si ce n’est peut-être une Brinke Stevens sado-masochiste. Dommage d’avoir parfois fait preuve de fainéantise, comme lors du final, où l’on apprend que le campement est une couverture pour cacher le commerce d’organes auquel s’adonne le gérant des lieux et sa vilaine infirmière. Prisonniers et bientôt allégés de leur foie ou d’un poumon, la troupe ne s’en tire que par l’apparition surprise d’un personnage… qui les sauve sans que l’on nous montre vraiment comment, une ellipse nous privant de la conclusion. Un peu simple, tout de même… Pas de quoi écorcher la bonne humeur de l’ensemble ni le plaisir pris devant cette petite chose, insignifiante à l’échelle du genre, mais plaisante comme un bon apéro en terrasse avec quelques bons copains.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dave Campfield
  • Scénario : Dave Campfield
  • Production : Robi Ritter, Dave Campfield, Paul Chomicki, David Brunsman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Dave Campfield, Paul Chomicki, Felissa Rose, Scott Aguilar
  • Année : 2009

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