Barracuda

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A considérer que Les Dents de la Mer fait figure de plongeon de haut-vol dans les thermes romains les plus luxueux, cela fait de Barracuda (1978) un vilain plat dans la pataugeoire municipale. A sa décharge, cette énième baignade interdite joue assez peu le jeu du animal attack, préférant se faire polar des plages et déplier un complot si tiré par les cheveux que l’on finit chauve à l’issue de la séance.

 

 

Après tout pourquoi pas. Et on pourrait même aller jusqu’à parler de sagesse au sujet de Harry Kerwin, metteur en scène déjà fort d’une bonne poignée de Séries B et documentaires (Strange Rampage, Girls Come Too, Tomcats), à priori conscient qu’il est inutile de défier Spielberg sur sa propre vague. Contrairement à ces incorrigibles Italiens capables de piquer des scènes entières à Jaws sans même songer qu’ils perpétuent là la vilaine image de concentré de pickpockets que se traîne leur pays, Kerwin opte donc pour le barracuda, poisson connu pour sa sale gueule, mais n’en fait pas non plus sa star. On parie même que le second titre du métrage, The Lucifer Project, fut à l’origine le premier, et qu’il ne fut décidé de changer de titre et mettre la friture au premier plan sur les posters que pour s’assurer les lorgnades de petits baigneurs toujours pas remis du coup d’aileron du tonton Steven. Yep, quelques nageurs se feront bien croquer à quelques mètres de profondeurs par deux ou trois poiscailles surexcités, mais ce sera de loin en loin, sans le gros synthé menaçant, les plans à la première vue des bestioles, et avec un peu de suprême de tomates de chez Royco balancé à la flotte pour mériter le tampon « sanglant ». Si vous attendez de voir une mer rougie par les entrailles y flottant, et que vous ne rêvez que d’une rangée de dents acérées s’abattant sur les cuisses d’un marin d’eau douce, il n’est pas trop tard pour quitter l’embarcation Barracuda et aller se réfugier auprès d’un Tentacules ou d’un La Mort au Large, pas tout à fait d’éternels classiques sur lesquels on se penche la larme à l’oeil, mais au moins des bisseries capables de satisfaire le viandard caché au fond à gauche dans vos petits coeurs. Pendant que vous verrez des voiliers se faire briser d’un bon coup de mâchoire, Kerwin continuera de dérouler son petit thriller Z, dans lequel le spécialiste des fonds marins Mike (Wayne Crawford, également réalisateur des scènes aquatiques) et le shérif de Palm Cove (William Kerwin, frère de l’autre) tentent de protéger d’une odieuse machination les 4000 âmes de leur patelin.

 

 

Car à force d’analyser la flotte et d’essayer de prouver qu’un vil industriel (le vétéran Bert Freed, Invaders from Mars et bon nombre de films noirs des années 50 et 60) pollue la région sans honte, nos héros remontent le fil d’un complot insensé, mélangeant expériences gouvernementales sur la population et vérifications des théories sur l’hypoglycémie d’un docteur, dès lors à un poil de cul de devenir un pur savant fou. Alors on empoisonne la flotte et tous les cons qui en boivent, soit 99,5 % des habitants du comté, tous et toutes deviennent de plus en plus violents et s’engueulent, tabassent femmes et enfants, ou se mettent sur la gueule pour un rien. Les barracudas, eux, s’éclipsent rapidement du récit, et sont remplacés par des men in black usant de leur silencieux pour faire taire les journaleux trop curieux ou les représentants de l’ordre qui n’ont pas su se mêler d’affaires plus banales. Si visuellement on ne sent jamais l’expérience acquise par Kerwin durant quinze années à plier de la Série B, et que l’un dans l’autre tout cela n’est pas plus palpitant qu’un épisode des Vacances de l’Amour (le courageux Mike finira-t-il par avouer son amour à la jolie fille du shérif, qui n’attend d’ailleurs que ça?), force est d’avouer que cela se regarde sans trop de mal. Mettez ça sur le compte de la période estivale, toujours prompte à rendre potable une petite production sentant bon le sable chaud et les bernard l’hermitte, sur laquelle on ne se serait même pas retournée à la mi-novembre. Et puis si l’ensemble n’est jamais fameux, on ne tombe jamais trop bas non plus, avec un suspense pas trop mal géré pour une bande de ce niveau et surtout un final pessimiste laissant penser que Kerwin préfère le cinoche de Romero à celui de Spielby. Les possesseurs du DVD français sorti à la sauvette dans les années 2000 pourront en tout cas profiter d’une VF aux petits oignons (ironie, bien sûr), avec doubleurs peu concernés et surtout cette corde vocale fatiguée croisée ça et là dans les productions mineures, souvent collée aux malfrats ou aux vieillards. C’est ici l’adjoint obèse du shérif qui récupère ce timbre sec comme une cacahuète, comme s’il en était au stade terminal d’un cancer de la gorge ou qu’il venait de se faire étrangler, et chacune de ses apparitions devient dès lors très drôle. Ca fait tout de même assez peu pour recommander un Barracuda plus que secondaire, mais nous sommes trop heureux de ne pas avoir à boulotter l’énième shark attack repiquant toutes ses marées à Jaws pour sabrer dans ce modeste B-Movie.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Harry Kerwin
  • Scénario : Harry Kerwin, Wayne Crawford
  • Production : Harry Kerwin, Wayne Crawford
  • Pays : USA
  • Acteurs : Wayne Crawford, William Kerwin, Jason Evers, Bert Freed
  • Année : 1978

 

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4 comments to Barracuda

  • FREUDSTEIN  says:

    Un film vraiment insipide du coup,j’ai eu du mal à aller jusqu’au bout et franchement je préfère me taper un TINTORERA que cette chose…

  • FREUDSTEIN  says:

    tu m’en dira des nouvelles,TINTORERA,c’est les BRONZES rencontre EMMANUELLE et se font bouffer par ce brave BRUCE!!!
    Je rigole mais pas loin,de toutes façon un film avec HUGO STIGLITZ c’est toujours une expérience particulière…..

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