Hush, en route vers l’enfer

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Être bon ne suffit pas toujours, et qui n’a pas la providence de son côté risque bien de finir ses jours au fin fond d’un vieux bac à soldes, enseveli sous une tapée de DVD d’Antitrust, sans espoir d’une réhabilitation future. Si Hush (2008) n’est jamais vraiment tombé dans ces tréfonds, il n’a jamais atteint les cimes non plus malgré sa bonne réception à sa sortie. Et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, on se paie un petit retour sur l’un des favoris des années 2000 de la crypte, et sans aucun doute l’un des meilleurs survival de son époque.

 

 

Le petit monde du cinoche d’horreur aurait-il connu une vague de divorces dans les 2000’s ? On peut se le demander vu le nombre, pas énormissime mais suffisamment large pour que pointe une tendance, de productions démarrant par une dispute de couple, Madame en voulant à Monsieur parce qu’il n’a pas relevé la lunette des W.C. alors que Mister reproche à Miss d’avoir invité belle-maman pour une semaine à la maison. Motel, Strangers et quelques autres s’amusaient ainsi à filmer la déroute de la paire, la fin du tandem, et balancer dans les pattes des anciens amoureux une bande d’affreux n’en voulant qu’à leur jugulaire. Face à l’adversité, la réunion attendue et le retour de l’être aimé ? Ou l’ère du chacun pour soi, où l’on abandonne le conjoint aux forces ténébreuses pour s’assurer des lendemains chantants, avec pain au chocolat sur le plateau-repas et colibri qui gazouille sur l’appui de fenêtre ? Rare que le happy end s’invite à la fête, d’ailleurs… Ou alors très partiellement, un pied coincé dans la porte mais l’autre toujours à l’extérieur à prendre l’air. C’est en tout cas dans cette sale période pour les tourtereaux que déboula Hush en DVD dans nos contrées, histoire d’en remettre une louchée en matière d’amours perdus. Nous voilà donc sur le siège arrière à observer les bouderies de Beth et Zakes, conjoints en manque de sentiments, la première reprochant au second de se contenter d’un boulot minable de poseur d’affichettes dans les chiottes des aires de repos des autoroutes, de ne jamais finir ce qu’il entreprend, de ne plus se souvenir de leurs belles vacances passées et de ne toujours pas avoir emménagé chez elle. Quant à lui, il en a marre de se faire reprendre constamment, de se faire coller une pression de tous les diables et surtout qu’elle le mette face à ses incompétences. Il ne le sait pas encore, mais aussi pourrait-il reprocher à sa comparse de l’avoir fait cocu le jour précédent… Le mariage n’a pas encore eu lieu qu’il prend déjà l’eau, et ce road trip nocturne chargé de visiter tout ce que l’Angleterre compte de gogues ne va pas arranger les choses. Car alors que la virée touche à sa fin, Zakes aperçoit à l’arrière d’un camion une demoiselle dénudée, enfermée dans une cage. Mais plutôt que de suivre le véhicule et de prouver son courage à une Beth qui n’est déjà plus la sienne, il se contente d’appeler les autorités et de changer de voie, laissant le poids lourd s’évaporer dans la nuit. Reproche de Beth, et séparation dans la foulée… Dans tous les sens du terme : alors qu’il vient de se faire lourder, Zakes n’en attend pas moins la jeune femme, pour se rendre compte qu’elle ne revient toujours pas… et réaliser qu’elle a sans doute été enlevée à son tour par le conducteur du camion.

 

 

Si Hush souscrit à la petite mode du suspense sur fond de dégradation du couple, il adhère également à celle de l’épouvante routière, elle aussi en vogue et occupée à faire le plein via les beaux Une Virée en Enfer (et ses suites moins réussies mais pas minables pour autant), Shuttle ou Monster Man. Là où Mark Tonderai (House at the End of Street, Spell) se distingue de ses petits copains de chambrée, c’est paradoxalement en misant sur le caractère extrêmement commun de son décorum, interminable tracé de béton aux éclairages maussades, qu’arpente un démon des routes pour y cueillir le peu de vie qui s’y trouve. Plus habitué aux horizons sablonneux et aux contrées arides (remember Duel, père du mouvement, mais aussi Breakdown et quantité d’autres), le survival du bitume trouve ici un point d’ancrage dans une réalité peut-être plus tangible pour qui n’a pas de pied-à-terre en Arizona, et renforce encore sa capacité à parler à Monsieur Tout-le-Monde en faisant de Zakes son protagoniste. Impossible à décrire physiquement tant sa carcasse est commune, habillé sans goût, incapable de se choisir une trajectoire claire (en cela, la sortie qu’il prend au départ pour ne pas avoir à s’impliquer dans le sauvetage d’une demoiselle en détresse symbolise parfaitement le personnage) et en grande peine lorsqu’il s’agit de communiquer, Zakes est volontairement sous-écrit et affadi pour que les mésaventures qui lui tombent sur le groin n’en semblent que plus énormes. Tonderai n’invente pourtant pas le lait en poudre, et reprend quelques tournants attendus du genre comme la planque dans la toilettes, la découverte de la maison du maniaque, la bagnole qui peine à redémarrer et les fils du téléphone coupés. Mais ces rebondissements, certes prévisibles, sonnent plus naturels dans Hush que partout ailleurs, et il reste de la place sur le parking pour quelques idées nouvelles. Et violentes, puisqu’on se fait ici crever les yeux, là-bas clouer au sol par les mains. Et si le film ne restera pas dans les mémoires pour sa brutalité tant il est loin de côtoyer ce qu’il se faisait de plus rude, au moins bénéficie-t-il d’un rythme de croisière parfait.

 

 

Impossible en effet de se déboîter la mâchoire dans un bâillement devant Hush, bien écrit car ne reposant pas sur des dialogues finalement assez rares, jouant habilement avec ses images (la redécouverte d’étoiles que l’on n’avait plus regardées depuis trop longtemps) et ne s’éparpillant jamais. Tonderai a branché le GPS et suit la voie principale, et celle-ci lui donne raison : pas de nids de poule en vue, et l’auteur parvient même à tirer son épingle du jeu lors de l’inévitable jeu du chat glouton et de la souris paniquée de fin de partie, entre des cages et des containers, et où la stratégie prend une place plus importante que d’ordinaire. Difficile d’ailleurs de pointer du doigt le pourquoi du comment de la supériorité de Hush par rapport à bien des bandes pareillement carrossées. On se trouve juste devant une Série B quasiment parfaite (on regrettera juste une caméra ne différenciant plus le Nord du Sud dès que ça remue un peu), face à un produit peut-être calibré, mais qui parvient à reprendre le meilleur de la méthode industrielle sans pour autant oublier de sonner artisanal. Un grand petit moment, pour le dire autrement, à plus forte raison lorsque les sentiments s’en mêlent, Hush devenant en ces cas-là encore plus attachant qu’il ne l’était déjà. A redécouvrir, et urgemment.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mark Tonderai
  • Scénario : Mark Tonderai
  • Production : Lawrence Appelbaum, Charles Band
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : William Ash, Christine Bottomley, Claire Keelan, Robbie Gee
  • Année : 2008

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