Le Cerveau qui ne voulait pas mourir

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Plus ils sont intelligents, plus ils sont méchants. The Brain that Wouldn’t Die (1962) en fait l’évidence même, sa réputée blouse blanche occupant son temps libre à collecter des membres et organes bons pour la corbeille pour les réanimer dans le secret de son sous-sol. Et lorsque sa fiancée manque de perdre la vie dans un accident de voiture, le mad doctor de garde cette nuit-là récupère et rend la vie à sa seule tête, dès lors bien pleine. De haine.

 

 

Rien ne naît jamais de rien, et tout porte à croire que si la frimousse flottante de David Gale pensa un jour se coincer la langue entre les cuisses de Barbara Crampton dans Re-Animator, c’est parce que plus de vingt ans auparavant Joseph Green, pour ainsi dire l’homme d’un seul film, décida de rebrancher les méninges d’une fille de bonne famille réduite à une simple caboche. Merci son promis Bill Cortner (Jason Evers), brillant chirurgien, explorateur de la chair de surcroît, et ne voyant en sa patientèle qu’un amas de tissus et de cellules lui permettant de mener ses expériences toujours plus loin. D’ailleurs, le Billou est sérieusement suspecté d’avoir récupéré des membres amputés, qu’il irait recoudre on ne sait où à on ne sait qui, ce qu’il ne nie d’ailleurs pas vraiment, trop fier d’avoir l’opportunité de faire avancer la Sainte Science dont il est aujourd’hui l’apôtre et demain le nouveau Dieu. Alors lorsqu’il roule à tombeaux ouverts avec sa belle Jan Compton (Virginia Leith) et s’envole dans le décor avec force, l’impact mettant tout de même le feu à la carlingue dont il a été par chance expulsé, et qu’il découvre que sa future épouse goûte au tourment du brasier, il ne manque pas l’occasion de récupérer sa binette et d’aller la rebrancher dans sa cave. Non sans la laisser sans la surveillance de Kurt, son bras droit. Mais pas gauche puisque celui-ci est difforme, le bonhomme n’étant qu’un pauvre hère auquel Kurt fait miroiter la transplantation d’un membre en meilleur état. Reste qu’il a bien raison de ne pas laisser Jan seule, celle-ci ruminant son sinistre état et utilisant ses dons de persuasion pour convaincre un monstre, cousu à base de viande morte récupérée ça et là, de se retourner contre ses maîtres.

 

 

Fut un temps où l’accent était d’ailleurs placé sur cette bestiole planquée dans un placard fermé à triple tour, lorsque The Brain that wouldn’t Die était censé s’appeler The Black Door, en référence à l’épaisse porte derrière laquelle la créature se cache. Sauf que des expériences ratées et des mastodontes à la gueule mal agrafée, le père Frankenstein en a pondu des dizaines au fil des suites, remakes et réinterprétations qui l’ont vu tricoter toujours plus de surhommes ratés. Alors qu’une tronche toujours capable de taper la discute et fomenter de mauvais coups, on en a nettement moins croisé, même dans les laboratoires tout en carton de la Série B la plus incorrecte. Recalibrage bienvenu, en somme. Bien sûr, début des sixties oblige, nous voilà loin de ce que Stuart Gordon fera plus tard avec un sujet proche, et à l’exception d’un plan d’un cervelet pincé par des instruments chirurgicaux et le faciès du monstre, en face duquel on ne s’installerait pas à la cantine (d’autant que Monsieur arrache des bouts de nuque à la force des dents), Le Cerveau qui ne voulait pas mourir reste dans les clous et s’en tient à son idée de la tête barbotant dans son jus. Pas de quoi friser les moumoutes du public actuel, mais pour l’époque… De toute façon, comme toujours avec l’horreur antique, on passe plus de temps à jacter qu’à se faire des frousses. Et pour une fois, on ne trouvera pas grand-chose à y redire. Green crayonne quelques belles discussions, le caractère de plus en plus malsain et revanchard de Jan, manipulatrice en devenir, en fait un bon méchant malheureux. Et puis, en s’attaquant sans en avoir l’air (sans le savoir?) à l’acharnement thérapeutique, Bill Cortner considérant qu’il vaut mieux être vivant et paralysé que mort, avis peu partagé parmi ses proches, le film y gagne en intérêt. D’autant qu’il n’hésite pas à trancher et prendre le parti de ses tristes freaks, malheureux comme tout d’être encore de ce monde, dont ils ne voient que quatre murs, comme s’ils y vivaient encore tout en n’y existant déjà plus. Les limbes, le purgatoire, voilà ce que Bill offre à ses patients et à sa dulcinée, de simples marches vers la réussite à laquelle il aspire. Pas mal donc, et un remake fut fait en 2020, preuve que ce menu B-Movie marqua quelques esprits. Difficile d’ailleurs de ne pas y voir le parent de Frankenhooker, quasiment une folle réplique (Bill, comme le héros du classique de Frank Henenlotter, compte aussi piquer un corps à des danseuses ou mannequins pour reconstituer celui de sa fiancée) de cette bonne petite tranche de savant fou comme de juste rattrapé par ses erreurs.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joseph Green
  • Scénario : Rex Carlton, Joseph Green
  • Production : Rex Carlton, Mort Landberg
  • Pays : USA
  • Acteurs : Virginia Leith, Jason Evers, Leslie Daniel
  • Année : 1962

 

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