Buffy, The Vampire Slayer

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Culte mais pas trop, Buffy, The Vampire Slayer (1992) reste dans l’Histoire avant tout pour son statut d’ébauche de la série télévisée du même nom, sensation des nineties et passeport vers la célébrité pour Sarah Michelle Gellar. Mais avant la Buffy de la petite lucarne, il y avait celle du grand écran, incarnée par une Kristy Swanson formée par Donald Sutherland, qui la force à abandonner les pompons pour les pieux de bois.

 

 

Il suffit parfois d’une bonne idée pour propulser une carrière, et cette bonne idée Joss Whedon, une vie plus tard à la tête de la giga-méga-ultra-production The Avengers (2012) l’a eue. Alors que le commun des mortels modernisaient le mythe du vampirisme en faisant entrer ses monstres dans un âge nouveau, les relookant et les faisant user de tactiques nouvelles pour se rafraîchir, Whedon prend le problème par l’autre sens et décide de rajeunir leur éternel ennemi, le vampire hunter. En bref, plutôt que de déchirer la cape de Christopher Lee pour lui faire porter des vestes en jean’s, le scénariste pousse Peter Cushing et ses compagnons curetons à la retraite et leur trouve une héritière dans les lycées américains. Une petite cocotte du nom de Buffy (ou Bichette au Québec, toujours les as du renommage et du retitrage) que l’horizon de batailles contre les nocturnes, à balancer de l’eau bénite dans tous les sens et déchausser des canines trop pointues à coups de pompe, ne ravit guère. Bonne idée on l’a dit, que de faire d’une ado très BCBG, superficielle de surcroît, le rempart contre les hordes pâles, le tout dans une ambiance gentiment parodique, et quelquefois dramatique. Mais Buffy, The Vampire Slayer tient aussi du faux-départ pour Mister Whedon, pas franchement ravi de l’adaptation de son script, largement remanié. La production souhaitant effectivement un divertissement aussi gai que possible, on taille dans les passages les plus pessimistes, et on va jusqu’à réécrire ou supprimer les gags imaginés par Whedon, qui furieux quittera le tournage sur lequel il était présent comme conseiller. Sans être regretté, en tout cas pas par Donald Sutherland, qui ne savourait pas la présence du scénariste, l’acteur abonné aux improvisations considérant plus ou moins l’auteur comme un emmerdeur trop attachés à ses propres dialogues. Dans tous les cas, confrontations de points de vue et rectifications en chaîne forment souvent la promesse d’une œuvre tiraillée, voire inepte, et Buffy n’échappe malheureusement pas à la règle.

 

 

Car à ne pas vouloir heurter le spectateur venu s’amuser en lui posant sur les genoux suicides et gros chagrins, tout en n’allant pas trop non loin dans le parodique pour éviter de froisser les foules venues en espérant se faire croquer la jugulaire, on accouche d’une pièce fade, molle comme une croupe de limaçon et pas plus drôle que tendue. Rien n’est véritablement réussi dans The Vampire Slayer, sauf l’interprétation du vieux Sutherland, impeccable dans le rôle d’un fatigué entraîneur de chasseur de monstres, et surtout Kristy Swanson, charmante et attachante en pimbêche voyant sa vie rose bonbon perdre de ses couleurs, ses soleils se faire engloutir par toujours plus de nuits terribles. Mais pour le reste… Le gros point noir sur le pif du film, c’est d’abord les vampires, symptomatiques de l’incapacité de la production et la réalisatrice Fran Rubel Kuzui à se décider pour une direction claire. Un peu rigolos, un peu sérieux, mais jamais vraiment l’un ni l’autre ils oscillent entre les grimaces pénibles de Paul Reubens et la grandeur mal utilisée de Rutger Hauer. Et jamais ils ne parviennent à se présenter comme autre chose que de risibles gigoteurs, sautillant vers une Buffy jamais anxieuse à l’idée de les combattre. Un parti pris comme un autre, mais ne parvenant ni à faire monter la tension ni à détendre l’atmosphère, Kuzui filme tout pareil, des banales histoires sur l’achat d’une veste hors de prix à la perte du meilleur soutien de l’héroïne, des moments où le vil Hauer se rapproche de sa proie à ceux où Buffy voit son coeur chanceler entre deux jeunes hommes. Plutôt que de se risquer à mélanger des saveurs qu’il croit se mélanger comme l’eau et l’huile, de monter ou baisser la température en fonction des exigences du récit, des sentiments de ses protagonistes, le film opte pour le tiède, impression renforcée par une réalisation sans fards. Presque télévisuelle en fait, comme si Buffy se prédestinait déjà au huitième art. Impossible de se sentir impliqué lorsque les pires peines sont décrites comme les plus grandes joies, que le combat entre le love interest (Luke Perry, insipide à son tour) et son meilleur ami vampirisé (David Arquette, qui fait une piètre copie du Démon de Fright Night) soit moins chargé en émotions que l’énième coup de savate de Jackie Chan dans la gueule d’un malfrat de base.

 

 

Buffy, The Vampire Slayer déçoit et c’est bien dommage, tant la progression de son héroïne était intéressante, avec peu à peu l’abandon de sa superficialité, symbolisée par son statut de cheerleader et ses copines idiotes parmi lesquelles elle ne trouve plus sa place. Buffy a vu la laideur du monde, les tristesses qui y sont attachées, expérimenté la mort, la perte des amis, et le retour aux bals de promo lui est désormais impossible. Pas un hasard si elle transforme la soirée dansante en un gigantesque ring, et bien dommage que fut abandonné le final évocateur pensé par Whedon, dans lequel elle mettait le feu à la salle des fêtes et brûlait autant ses ennemis que ce qu’elle était quelques semaines encore auparavant. Buffy avait donc quelques vraies belles cartouches à tirer, et il est regrettable qu’on lui ait retiré sa pétoire des mains avant qu’elle puisse appuyer sur la gâchette. Reste une tireuse attachante, véritable attraction d’une foire aux auto-tamponneuses en panne sèche.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Fran Rubel Kuzui
  • Scénario : Joss Whedon
  • Production : Kaz Kuzui, Howard Rosenman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Kristy Swanson, Donald Sutherland, Paul Reubens, Rutger Hauer
  • Année : 1992

3 comments to Buffy, The Vampire Slayer

  • Denis  says:

    Mon dieu, le grand Rutger Hauer là dedans.
    J’ai eu l’immense chance de le croiser dans un petit restaurant au Luxembourg.
    Passionné de marche et de nature, nous n’avons même pas disserté de son passé cinématographique. Ben oui, je suis Savoyard et fan de randonnée.
    Une grande gentillesse, très humble et sans égocentrisme par rapport au fan enamouré que je devais lui donner comme impression ce jour-là.
    Et quel regard, à jamais dans mon esprit.
    Putain, j’ai une larme.

  • Denis  says:

    Mince, j’ai voulu corriger.

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