Crypt of Dark Secrets

Category: Films Comments: 3 comments

Sortez les bottillons de pêche, on retourne s’encrasser aux bayous du Z. A la faveur de Crypt of Dark Secrets (1976), Série B mineure d’un Jack Weis (Mardi Gras Massacre, 78) lui-même loin de mériter la sacralisation. Pas de bol, il n’y a pas plus de crypte là-dedans qu’il y a de vannes originales dans un spectacle de Gad Elmaleh. Mais contrairement au roi du plagiat, Weis a la bonne idée de détourner l’attention par quelques seins huilés.

 

 

Vous savez un peu comment ça marche dans le coin : sabrer dans un micro-budget pour rire un bon coup, zoomer sur les défauts d’un direct-to-video pour mieux les faire ressortir, faire un vilain croche-patte à un auteur ayant bricolé son film avec trois sparadraps et du fil dentaire, c’est pas le genre de la maison. Au contraire, de l’amateurisme on a toujours oublié le pire et retenu le meilleur, des ratages désargentés on a souvent vu les jolies courbes. Sans forcément fermer les yeux sur les stigmates de la misère, sans passer sous silence les bavures et maladresses d’auteurs peu sûrs. Maintenant, s’agit pas non plus de débarquer les mains dans les poches. Et le fainéant persuadé qu’il suffit d’une affiche aux couleurs chatoyantes et d’un titre sonnant joliment aux oreilles pour se faire pardonner d’un spectacle lamentable, se colle le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Weis est malheureusement de cette caste, de ces derniers de la classe venus vous déposer leur devoir sur le bureau à la dérobée, avant que vous ne puissiez vous rendre compte qu’il n’a fait le travail qu’à moitié et que vous puissiez le rappeler pour le pousser à reprendre à zéro. Crypt of Dark Secrets, c’est un brouillon de film d’horreur, et surtout une carcasse d’histoire, que le réalisateur pense pouvoir engraisser via quelques danses tribales d’une sorcière dénudée. Pas de quoi faire du lard, même si aucun amateur – et aucune amatrice – de belles femmes n’ira reprocher à Weis de tout miser sur le déhanché de Maureen Ridley, que l’on pourrait définir comme la version marécageuse de Laura Gemser. Alors elle danse, la Maureen. Et lévite même un peu, don que lui confère son statut d’esprit, potentiellement diabolique si l’on en croit les habitants du marais, pressés de nous dire que cette Damballa a pour habitude de se changer en serpent de mer. C’est très vrai, nous la verrons le faire à plusieurs reprises. Mais rendu inquiet par ces rumeurs, le shérif n’en décide pas moins d’aller promener sa moustache sur ces eaux croupies. Après tout, il y a plus gênant que de tomber nez à téton avec une naïade, connue pour sautiller en tenue d’Eve dans les parages…

 

 

Tout ce que l’homme de loi et son adjoint trouveront, c’est Ted, ancien soldat de la guerre de Corée aussi passé sur le front Vietnamien, malheureux depuis que tous ses amis ont fini en charpie à l’autre extrémité du globe, et cherchant la solitude au beau milieu des vases de la Nouvelle Orléans. Pour être tranquille il devrait l’être, puisqu’il a installé sa modeste cambuse sur un îlot réputé hanté, et d’ailleurs constamment avalé par une fine brume. Aucune Damballa en vue, et rien à reprocher au brave Ted, si ce n’est peut-être que le solitaire n’a jamais daigné placer son argent à la banque et que cela pourrait lui causer du tort. Certaines personnes de la région ne sont en effet pas des chérubins, et pourraient lorgner sur son magot. Il est donc décidé d’amener Ted jusqu’à une agence bancaire, où un employé lui fait gentiment la morale, lui assurant que les banques ont bien changé et que ses économies seront mieux installées dans leur coffre que dans sa boîte à pain. Ce qu’aucun des intervenants ne semble remarquer, c’est qu’à deux mètres d’eux, et qui plus est dans leur champ de vision, se trouve Max, redneck à l’oreille tendue et à la cervelle en ébullition. Puisque Ted est assez bête pour garder tout son pognon chez lui, planqué entre deux tartines, et que cela mettrait des mois pour découvrir que cet ermite a été assassiné, pourquoi ne pas s’inviter dans son cabanon et lui faire une grande tape dans le dos, sans amicalité aucune ? Max en parle à sa femme Louise et son ami Earl, et les trois décident de tenter le coup, et s’en vont tuer le pauvre Ned et récupérer ses liasses cachées. Ca valait bien la peine de le traîner en ville sous couvert de le protéger, tiens !

 

 

Le crime ne paie cependant pas. Max et ses complices découvrent en effet que leur argent se tâche progressivement de sang, un maléfice probablement dû à Damballa, éprise de Ted. Elle le ramène d’ailleurs à la vie en dansant à poil à côté de sa dépouille. Ne riez pas, ça me rait relever le pavillon aussi. Reste que l’ancien combattant tient désormais autant du non-mort que du plus-vivant, ce qui n’impressionne pas des masses le bonhomme, il est vrai éternellement assoupi. Les paupières de ce mec sont faites de plomb, c’est pas possible autrement. Damballa ne le réveille (façon de parler) pas sans but : elle veut l’épouser pour compléter une prophétie à la mords-moi le nœud, la spectrale fifille ayant été choisie pour être une sorte d’esprit permettant le passage entre deux mondes. Une fois le Ned épousé, elle lui propose de se venger de ses voleurs, sans pour autant se charger elle-même de leur punition, qu’elle laisse à une sorcière vaudou, qui acceptera sans se faire prier. Et les trois brigands de finir noyés dans une barque, alors que Damballa peut enfin profiter d’un autre-monde, à priori meilleur. 70 minutes, pas si petites que cela, et Crypt of Dark Secrets s’éteint enfin, sans jamais avoir délivré quoique ce soit. Si ce n’est du popotin se trémoussant en rythme, évidemment. Du reste, à moins d’être pris d’une passion dévorante pour les marais de la Nouvelle Orléans, aucune raison valable de monter dans la barque de Weis, dont le seul talent semble être d’allonger le temps jusqu’à l’infini. Pas étonnant que le pauvre Ned, peut-être fatigué d’avoir à écouter les monologues mal récités de Damballa (pas embauchée pour ses talents d’oratrice, vous l’aurez deviné), semble tenté de fermer les volets et se laisser aller à la narcose. Nous sommes dans le même bateau, Ned.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jack Weis
  • Scénario : Jack Weis
  • Production : Jack Weis
  • Pays : USA
  • Acteurs : Ronald Tanet, Maureen Ridley, Herb Jahncke, Harry Uher
  • Année : 1976

3 comments to Crypt of Dark Secrets

  • Denis  says:

    Tu viens de perturber mon esprit déjà passablement dérangé.
    Un spectacle de Gad Elmaleh avec des seins.
    Quelle horreur.
    Je parle d’Elmaleh,bien sur.Je ne suis pas dérangé à ce point.

  • Denis  says:

    Ça c’est cruel
    .

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>