I Drink Your Blood

Category: Films Comments: No comments

idrinkteaser

Ah la rage… Quelle douce maladie. Dans la crypte, c’est un peu notre rhume à nous, notre petit coup de froid. Mais dans I Drink Your Blood, ça rend une bande de satanistes encore plus déglingués qu’ils ne l’étaient auparavant. Et il n’y a rien de plus dangereux qu’un amateur du bouc infernal enragé !

 

Il y a des films comme ça qui sont des classiques pour une catégorie de gens bien précis mais sont totalement inconnus du grand public. Les pornos ont les leurs, les films d’auteur aussi. Mais dans le domaine des films d’exploitation, c’est I Drink Your Blood qui fait partie des plus cotés. Tourné au début des années 70 pour pas grand-chose (dans les 100 000 $, autant dire qu’avec ce budget la cantine servait surtout des sandwichs au pain), le film a obtenu au fil des années une certaine réputation chez nos amis américains, amplifiée avec sa sortie DVD lors de la dernière décennie. Il faut dire qu’en étant le premier film classé X pour cause de violence excessive, I Drink Your Blood s’est réservé une place toute prête dans les dvdthèques fantastiques des yankees. Et il est clair que Robert Rodriguez et Quentin Tarantino s’en sont souvenu lorsqu’ils ont fait leur diptyque Grindhouse, les ressemblances entre Planète Terreur et le film de David Durston étant assez évidentes… Le film ne jouit pas du même statut en France, sa sortie en DVD chez Neo Publishing étant passée relativement inaperçue, quand bien même la galette fut proposée avec le Mad Movie. Alors si vous êtes passés à coté à l’époque, on vous propose une petite séance de rattrapage des plus fiévreuses !

 

idrink2

 

Le cinéma d’exploitation a toujours eu pour but d’attirer le spectateur en lui proposant ce que les films « traditionnels » ne lui donneront pas. Les films Grindhouse se basent alors souvent sur un élément tabou comme le sexe, la violence et la drogue et certains, plus généreux que d’autres, vous refilent les trois à la fois. Un triple-pack de la mort qui tue, c’est d’ailleurs ce qu’est I Drink Your Blood, qui s’inspire grandement des méfaits de la bande à Charles Manson puisqu’il met en scène une bande de hippies qui ont décidé de foutre la merde. On se dit toujours que les hippies ils sont sympas, qu’ils vont pas vous faire chier. Ben pas ceux-ci, qui sont satanistes, ce qui les pousse à pratiquer des rites dans les bois, à poil sinon c’est pas marrant, et à gesticuler comme des débiles. Il n’y a que ces enfumés pour penser qu’il suffit de faire une petite danse le zob a l’air pour faire venir Satan mais, entre-nous, pourquoi ferait-il le chemin des enfers pour observer un taré s’agiter la queue ? Reste que c’est ce que fait une gonzesse, planquée derrière un arbre durant leur petit rituel. Ce qui déplait fortement à nos baba pas si cools qui n’aiment pas trop qu’on les reluque quand ils s’éclatent et décident donc, fort logiquement, de la violer. Rassurez-vous, elle ne le prend pas trop mal, n’étant même pas énervée contre ces sacripans. Par contre sa famille, composée d’un petit frère d’une dizaine d’années et de son vétérinaire de grand-père, est légèrement plus vexée. Du coup, le papy prend son flingue et va menacer les salopards, qui ne se laissent pas impressionner et font prendre de la drogue dur au vieux. Il revient tout déprimé à la maison et cette fois c’en est trop pour le bambin qui va retrouver une carcasse de chien crevé pour en extraire du sang. Blagueur, il le réinjecte dans des tourtes à la viande qu’il servira aux hippies, qui vont très vite avoir chaud au cul puisque le clebs avait la rage. Devenus fous, ils sont pris d’irrésistibles envies meurtrières. Le carnage peut commencer.

 

idrink1

 

Venant d’un film classé X à l’époque, on s’attend forcément a pas mal de cul et de gore. De manière surprenante, le film ne semble pas vraiment miser sur ces deux éléments mais plutôt sur une certaine audace. Bien sûr, il y a quelques nichons et un peu de gore, mais moins que dans d’autres productions sorties, il est vrai, quelques années après I Drink Your Blood. Le film de David Durston (décédé en 2010 à l’âge de 88 ans) était l’un des précurseurs dans le sanglant et l’effronterie. On sent qu’il sait qu’avec son budget de misère il ne pourra pas proposer des scènes gores réussies et préfère donc s’attarder sur les pratiques de ses satanistes hippies. Menés par un indien aussi sympathique avec eux qu’il peut les violenter, le groupe est assez varié. On a une vieille chinoise (Jadin Wong, née en 1913, qui est aujourd’hui dans les départements de casting et a travaillé sur Little Fockers ou le remake de La Panthère Rose), d’un grand black, d’une muette, de chaudasses et d’un gars plus gentil que le reste de la troupe. Tellement gentil que la pauvre violée du début du film deviendra pote avec lui, quand bien même c’est un peu sa faute si elle s’est fait prendre par toute la clique. Elle n’est pas rancunière et de toute façon semblait avoir tout oublié dès le lendemain. C’est assez amusant de suivre ces personnages faire leurs conneries mais avouez que, tout comme moi, vous êtes là pour voir autre-chose, n’est-ce pas ?

 

idrink3

 

Car même si ça prend un peu de temps, la rage finit par pousser tout ce beau monde à s’entretuer.  Tête et bras coupés, fourche encastrée dans un torse, immolation, les maigres moyens mis à la disposition de Durston ne l’empêchent pas de donner un peu de spectacle. Pas trop mais suffisamment pour contenter les amateurs qui devraient passer outre les défauts du long-métrage. Quelques baisses de rythme par exemple ou certains choix hasardeux. Difficile de ne pas penser à ce bruit parasite que l’on entend lorsque des ouvriers se rendent dans la baraque occupée par les hippies. Désagréable au possible, il a même forcé votre serviteur préféré à baisser le son tant il est insupportable. Mais au fond cela représente bien le film, insolent comme un sale gamin qui vous agace et en a bien conscience, ne cessant jamais de vous hurler dans les oreilles jusqu’à ce que vous n’en pouvez plus et lui en coller une bonne. C’est peut-être ce qui explique l’absence au générique de Lynn Lowry, actrice ayant joué dans The Crazies de Romero et dans Frissons de Cronenberg ? Car l’actrice est bel et bien dans le film, un choix qu’elle a visiblement regretté, préférant qu’on retire son nom du film. Trop tard Lynn, on t’a vue !

 

idrink4

 

Au fond, quand il s’agit d’un film aussi typé, les défauts inhérents à ce genre de production ne deviennent-ils pas des qualités ? I Drink Your Blood (qui lors de sa sortie dans les salles à double programme était couplé à I Eat Your Skin) est devenu une oeuvre culte car il représente parfaitement son époque et le cinéma Grindhouse (les films de Tarantino et Rodriguez reprennent d’ailleurs les logos et musiques que l’on peut voir avant le film). Rob Zombie reprendra d’ailleurs la musique du film pour la chanson « Feel so Numb » de l’album The Sinister Urge, tout comme le groupe de death/grind Mortician sur l’album Chainsaw Dismembered. Alors même si I Drink Your Blood ne se fera jamais une place au soleil aux cotés des Scream, Freddy et Halloween dans la culture populaire, il a déjà une place toute réservée dans le coeur des cinéphiles déviants. Et celle-là est la plus chaude qui soit.

Rigs Mordo

 

i-drinkyourposter

 

  • Réalisation : David Durston
  • Scénario : David Durston
  • Production : Jerry Gross
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bhaska Roy Chowdhury, Jadine Wong, George Patterson
  • Année: 1970

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>