Girls Nite Out (Radio Crochets)

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Il nous est arrivé de charrier nos amis Québecois sur leur drôle de façon de franciser les titres de films, en oubliant un peu vite qu’à l’ère de la cassette la France n’était pas en reste question choix douteux. Non, Radio Crochets n’a rien du biopic sur un quelconque participant d’un concours de chant, et si l’on y trouve bien un animateur usant du micro pour diriger les jeunes de l’Ohio dans une chasse aux trésors à coups d’indices radiophoniques, les cordes vocales de ces dames ne sont pas sollicitées pour de jolies ritournelles. Au contraire, The Scaremaker ou Girls Nite Out (1982, sorti en 84) en bon slasher qu’il est s’attache à leur soutirer leurs lamentations les plus désespérées.

 

 

Quel carnage que la guerre 78-84, où s’écharpaient à la machette et au tournevis rouillé tous les guillotineurs amateurs incapables de bander tant qu’une tête ne s’envole pas, tous les barjots parvenus à se glisser hors de leur cellule capitonnée, tous les fermiers rendus fous par les remarques humiliantes d’une génitrice trop rigide, tous les grands brûlés fâchés avec la Terre entière. Certains étaient armés de canons dont les échos se font toujours entendre aujourd’hui, comme l’impassible Colonel Myers, dont la prise d’Haddonfield est encore contée dans les université du coup de schlass dans la tempe. D’autres se firent remarquer grâce à leurs énormes chars d’assaut et leur refus du tri des victimes, écrasant et déboisant tout sur leur passage. Et Crystal Lake de garder les balafres de la fureur aveugle du Commandant Voorhees, dont les minables capacités mentales étaient largement compensées par une puissance physique qu’aucun ne put prendre en défaut. Entre ces deux exemples de grandeur, moult soldats tombés sur le front dans un anonymat relatif, déjà heureux d’avoir été en mesure de planter une baïonnette ou deux dans un flanc, et dont quelques spécialiste des charniers mesurent aujourd’hui la vaillance à coups de bouquins, de documentaires et de papiers énamourés. Sous le cimetière des anciens combattants, sous les cadavres estropiés et les croix sans nom, des bombes tombées du ciel et pensées pour faire un maximum de dégât, mais qui n’auront su que s’enfoncer profondément dans le sol et attendent toujours d’exploser. La déflagration n’arrivera bien entendu jamais, et cela fait longtemps que l’on a oublié ces faiseurs de flammes, enterrés sous de paisibles champs où vaches et moutons mâchouillent leur herbe sans se douter que sous leurs sabots gît les ruines de la violence. Ce destin, c’est celui de The Scaremaker, déjà peu pris au sérieux à son époque puisque outillé depuis 82, il ne sera envoyé en première ligne que deux ans plus tard. Alors de nos jours, il ne se trouve que quelques pilleurs de sépultures pour raviver le souvenir de ce guerrier déchu avant même d’avoir pu combattre. Et parmi ceux-ci, rares sont ceux à louer la carrosserie du jeu de mort Girls Nite Out, couramment résumé à son statut de slasher où rôde un ours mal léché, l’assassin de sortie ce soir là optant pour un déguisement de mascotte de basket, façon Yogi Bear au pays des accrocs du ballon sphérique. Un constat réducteur tant il y a bien plus à retirer de la petite production de Robert Deubel, énième légionnaire tombé raide mort dès la première balle puisqu’il ne fit rien d’autre, si ce n’est quelques courts et documentaires.

 

 

Tout d’abord, là où tous ses petits copains de l’époque se plantaient devant la glace le couteau à pain à la main en se rêvant Michael Myers, Deubel adopte le voyage dans le temps et remonte à bien avant la naissance de The Shape, pompant son inspiration dans les ébauches du genre plutôt que dans sa forme définitive. On pensera donc très fort à Bob Clark durant cette énième nuit d’horreur, et lorsque Deuble citera le Psychose de Saint Alfred, patron du suspense intenable, ce ne sera pas que pour la galerie. Quitte à paraître anachronique, ce que The Scaremaker est vraiment, car tout sorti en 84 soit-il, et tout réalisé en 82 puisse-t-il être, ses rides hurlent les années 70. Merci une bande-son composée de groupes de rock des années 60, et un casting de jeunes – comme d’habitude pas si jeunes, les uns et les autres ayant des airs de bons employés de banque plutôt que d’étudiants encore torturés par leurs révisions – à l’attitude très flower power. Pas de disco, de salle d’arcade à se bidonner devant Pac-Man, pas encore l’ombre d’un hardos et pas de coloris fluo, juste un délavé très seventies et des gosses se refusant à tout sérieux, surtout amoureux. Un rapprochement pourrait d’ailleurs être fait avec The Prowler, peut-être le voisin le plus proche de Girls Nite Out, pour ne pas parler de rival. Une compétition entre les deux exécuteurs serait d’ailleurs serrée. Au film de Joseph Zito on accordera un point pour la brutalité, autrement plus cinégénique que celle péniblement étalée par Deubel, qui n’a pas un Tom Savini pour assurer ses arrières et doit donc se contenter de vilaines griffures. Cela saigne parfois, le gore s’invite timidement lors de la découverte des corps, égorgés par la rangée de lames que l’assassin a ajouté à la patte de son nounours, mais c’est au hors-champ que s’abandonne le plus souvent un Deubel fuyard.

 

 

Mais la partie n’est pas perdue, et face à son illustre opposant, Radio Crochets (décidément, je ne m’y fais pas) a pour lui de maintenir l’intérêt tout du long, alors que The Prowler temporisait un peu trop. Comme si Zito ne savait pas comment s’occuper en attendant que Savini revienne de son atelier avec des fausses nuques à perforer. Un problème que ne connaît pas Deubel, dont les références d’un autre âge, issues d’un cinéma finalement plus policier, apportent une occupation naturelle entre les coups de sang de son grizzly. Zito s’y était essayé aussi, mais n’était parvenu à livrer qu’un ersatz d’un épisode de Scooby-Doo, une enquête mécanique et peu inspirée, sans âme réelle. The Scaremaker en a une, même s’il reste à savoir si celle-ci est belle puisque. C’est que cette Série B reste pointée du doigt pour sa misogynie féroce, le tueur n’hésitant pas à insulter ses proies de salopes, de putes et du reste lorsqu’il fond sur elles. On a connu plus féministe, et il y a sans doute des questions à se poser sur le caractère du film et de son auteur, très décidé à montrer la femme sous un sale jour. A une ou deux exceptions près, les filles ici à l’oeuvre cocufient à tour de bras, piétinent des coeurs sans interruption, se font sodomiser par leur cousin (petit cousin, c’est donc permis comme dirait Christine Boutin) et flirtent avec d’autres en soirée alors même que leur petit copain observe le tout la larme à l’oeil. Pour jouer du balancier et équilibrer un peu, on trouvera bien un mec indélicat trompant lui aussi sa légitime, mais on voit tout de même où on veut en venir la pélloche : surveillez vos meufs, elles sont probablement en train de se jouer de vous en ce moment même.

 

 

Une vision assez puante des choses, mais néanmoins bien pratique pour jeter le doute sur l’identité du Winnie revanchard, les trois-quarts des mâles à l’affiche étant suffisamment malheureux en amour et frustrés du caleçon pour faire comme tous les Ed Kemper de la planète : se rassurer de leur virilité en poinçonnant du tendron. Rajoutons sur le banc des possibles accusés le traditionnel dingo échappé de son hosto psy et le flic ayant perdu un enfant quelques années plus tôt, incarné par un Hal Holbrook seulement venu pour une seule journée de tournage et n’ayant croisé aucun des autres acteurs du film. Probable que le curé de Fog n’était de l’aventure que pour soutenir la présence de son fils à l’écran, David Holbrook se retrouvant lui sous la veste du jeune homme plaqué et que la police voit comme un potentiel détraqué. Drôle d’atmosphère en tout cas que celle de The Scaremaker, où l’insouciance des unes créent la misère des autres, où l’on ne rit jamais longtemps lors des soirées dansantes. Une volonté de noircir le tableau de la jeunesse légère, et on ne sera pas surpris de voir que Deubel vire carrément au glauque pour son final, pas original pour un sou mais bien amené. Pour un slasher oublié et plus ou moins infréquentable, c’est franchement satisfaisant.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Robert Deubel
  • Scénario : Joe Bolster, Kevin Kurgis, Anthony N. Gurvis, Gil Spencer Jr.
  • Production : Anthony N. Gurvis
  • Pays : USA
  • Acteurs : Julia Montgomery, Hal Holbrook, James Carroll, Rutanya Alda
  • Année : 1982

2 comments to Girls Nite Out (Radio Crochets)

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Comment un slasher avec un tueur déguisé en nounours à pu échapper à mon radar ?!

    Sinon, voilà exactement la raison pour laquelle j’ai cessé d’utiliser les titres français depuis longtemps. Le pire je crois est quand ils changent un titre anglais pour un autre titre anglais, genre A Cure For Wellness qui devient A Cure For Life.

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