La Révolte des Triffides

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Dites-le avec des fleurs. Dont acte pour le vétéran hongrois Steve Sekely et le forgeur de frousses Freddie Francis, revenus du potager de la science-fiction avec dans leur pot une sacrée mauvaise herbe, née à la suite d’une chute de météores et désormais occupée à se nourrir de l’être humain, rendu aveugle par la luminosité des étoiles filantes. Bienvenue dans la triste serre de La Révolte des Triffides (1962), rare film de science-fiction qu’aurait pu commanditer la cancérigène firme Monsanto.

 

 

Car il va en falloir, du Roundup, pour faire disparaître les énormes fougères fondant sur le bon peuple, malvoyant depuis qu’il s’est réuni dans les rues ou aux fenêtres pour voir son ciel s’illuminer. Pour un peu de lumière, les ténèbres éternelles. Le nerf optique rincé, les pauvres errent sans but dans les rues de Londres, que parcourt également le militaire Masen (Howard Keel), sauvé de la cécité par une opération des mirettes, bandées au moment de la chute des cailloux incandescents. De là débute un film contant autant la fin du monde que son renouveau. Car bien sûr, Masen va tenter de ramener la civilisation à de meilleurs jours, l’espoir se liquéfiant à chaque perte d’un allié mais renaissant aussi à chaque nouvelle rencontre, une famille recomposée se créant petit à petit. Les orphelines sont prises sous de nouvelles ailes, les célibataires deviennent des pères de fortune, les veuves se rapprochent des mâles encore en vie, et tous combattent les plantes carnivores. Sans y laisser quelques gouttes, car les triffides ne sont pas des adversaires faciles. Virtuellement increvables, ils ne souffrent ni d’une balle dans la tête, ni d’une électrocution, ni d’un coup de lame bien placé, leurs branches et ronces repoussant après chaque amputation sauvage. Pire que tout, leur pollen vole au vent et se répand sur tout le vieux continent, le lierre diabolique enserrant bientôt l’Europe toute entière. Cruelle désillusion pour Masen, qui voyagera avec ses nouveaux amis, quittant un Londres en flamme pour une France engloutie par le chaos, avant de trouver le calme dans une Espagne désertée. Pour que La Révolte des Triffides retrouve un peu d’optimisme, une espérance absente de la nouvelle sortie au début des années 50, il faudra que les producteurs découvrent que sur les kilomètres de pellicule ramenés par Sekely, jardinier officiel de la cruelle plantation, seule une petite heure est utilisable. Un problème assez embêtant pour que soit appelé le messie Freddie Francis, venu répandre une parole réconfortante.

 

 

Car en plus de rajouter des séquences ça et là, le réalisateur de Dracula et Les Femmes crée une toute nouvelle histoire parallèle, dans laquelle deux experts en biologie marine cloîtrés dans un phare, incarnés par Kieron Moore et Janette Scott, se creusent la tête à trouver la recette du désherbant parfait, celui à même de faire des triffides un banal mauvais souvenir. La clé du succès se trouvera finalement dans l’eau de mer, une douche salée transformant les arbustes en une bouillie d’épinard. Normal de vouloir se débarrasser des plantes vertes : même si elles ne sont pas terribles en elles-mêmes, en tout cas trop sèches pour caraméliser un slibard à leur seule vue, les deux metteurs en scène parviennent à les mettre en valeur, les noyant dans une brouillard pour n’en faire que de vagues silhouettes, jouant avec leurs ombres chinoises… Du bon boulot, car il n’était pas aisé à la base de créer la tension avec des plantains à peine animés, dont on filme surtout les racines en marche et fort peu les brindilles lancées à des hommes bientôt empoisonnés. Qu’importe, leur seule présence, perpétuelle, suffit à inquiéter, fut-ce gentiment. Il aurait sans doute été possible d’en faire un peu plus dans le glauque, surtout lorsque des évadés d’une prison profitent du micmac pour devenir les maîtres d’un manoir, qu’ils transforment en maison close. Une scène trop courte pour imposer sa noire humeur à La Révolte des Triffides tout entier, que l’on aurait aimé encore plus ténébreux, mais nous en étions encore à l’orée des sixties et il n’était pas permis d’attendre trop de venin d’une petite production anglaise. Mais ne crachons pas sur cette belle dose de désespérance, d’autant que l’horreur végétale est encore trop rare pour être snobée, à plus forte raison lorsque l’on croise l’un de ses plus dignes représentants.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steve Sekely, Freddie Francis
  • Scénario : Bernard Gordon
  • Production : George Pitcher
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Titre Original : Day of the Triffids
  • Acteurs : Howard Keel, Nicole Maurey, Janette Scott, Kieron Moore
  • Année : 1962

2 comments to La Révolte des Triffides

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Y a tellement d’adaptation de cette histoire que j’ai toujours eu la flemme de m’y intéresser et de savoir par quoi commencer. Je devrais sérieusement m’y mettre visiblement, et ta chro me relance pas mal sur la SF horrifique anglaise des 60/70. L’air de rien entre ça, les aventures de Quatermass ou celle de Doctor Who (euh, les anciennes), ils avaient le chic pour faire de l’angoissant et du gothique avec des sujets plutôt porté sur les fusées et les étoiles.

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