Maniac Mansion

Category: Films Comments: 2 comments

Quand l’Espagne s’associe à l’Italie pour rebâtir, brique usée par brique usée, ces vieux manoirs fondus dans la brume, c’est pas pour donner dans le lumineux. Maniac Mansion (La mansión de la niebla, 1972) se veut donc poisseux, fiévreux et évidemment cauchemardesque dans sa tentative de reprendre le genre du Old Dark House là où on l’avait laissé. Qu’il tienne parole et parvienne à nous pousser aux tourments est par contre une toute autre histoire…

 

Attention, Spoiler Alert ! Je raconte la fin ci-dessous , z’êtes prévenus!

 

 

Certaines choses ne sont pas faciles à expliquer, c’est comme ça. Et la non-réussite de Maniac Mansion à mes yeux en fait partie, en dépit du fait que le film de Francisco Lara Polop a quelques bonnes balles enfoncées dans son barillet. Pas grand-chose à y redire techniquement parlant, en effet. La mise-en-scène est efficace et aligne quelques plans forts, les comédiens sont des gens de métier et font profiter de leur expérience, les décors bien que parfois un peu toc valent le coup d’oeil et la bande originale fait de l’effet, dans ses envolées furieuses typiques de l’épouvante old-school comme dans ses bœufs jazzy où l’on ne retient plus une basse vrombissante. Difficile donc de déclarer le manoir maniaque comme insalubre, tant aucun clou ne dépasse, tant aucune mèche rebelle ne se dresse pour venir ridiculiser le spectacle. Et pourtant la déception pointe, peut-être parce qu’il faut ici avaler un script médiocre, trop proche de celui d’un Contronatura devant lequel on ne s’était déjà pas agenouillés par chez nous, aux bases saines mais malheureusement mal développées. Grosso-modo, Polop pratique la nécromancie et invoque l’esprit des vieux films de bicoques inquiétantes à la The Old Dark House avec Karloff, et enfourne dans une cambuse avalée par le brouillard une petite troupe d’égarés, dont la nuit sera faite de découvertes toutes plus macabres les unes que les autres. Il se dit en effet que la maîtresse des lieux, décédée voilà fort longtemps, pratiquait la sorcellerie, ce que quelques peintures satanistes tend à prouver, et que son fantôme ainsi que celui de son chauffeur, mort à ses côtés lors d’un accident de la route, rôdent toujours. Et pour en rajouter une couche lugubre, on ajoute même qu’un vampire errerait dans le coin à l’occasion. Pourquoi pas, après tout, et bien des perles du cinéma gothique ont des points de départ similaires. Sauf que Maniac Mansion perd très vite les bons sentiments que l’on avait par avance à son encontre, la faute à une exposition trop étirée, une revue des troupes longue de près de 25 minutes nous empêchant d’entrer dans le vif du sujet sans forcément que les personnages y gagnent en profondeur, ceux-ci étant pour la plupart de vilains clichés, vides d’âme comme de caractère. Jolie auto-stoppeuse que se dispute un casanova motorisé et un vieux beau en bagnole de sport, riche héritière dont le mariage prend l’eau, époux infidèle comme le bis européen en déborde, spectrale demoiselle coincée dans le manoir isolé… Près d’un tiers du récit dédié à qui ils sont, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils pensent, à leur inventer des rivalités inutiles (la course entre le king de la moto et le roi de la bagnole de sport, qui ne mène nulle part dans le récit), pour découvrir que la réponse à toutes ces questions est souvent la même : rien.

 

 

J’exagère, car s’il y en a une qui a droit à un peu plus de soin que les autres, c’est la belle Analia Gadé, cible privilégiée des terreurs à venir, et raison même de l’horreur puisque, dans la grande tradition du thriller au final pas si fantastique que cela, la dame est victime d’une odieuse machination. Déjà fragile des nerfs depuis la mort de son millionnaire de père, avec lequel elle entretenait des rapports ambigus, sa rage de le voir séduire des jeunes filles sous-entendant une incestueuse jalousie, la Miss Gadé doit désormais affronter, sans même le savoir, son propre époux et quelques complices de celui-ci, grimés en fantômes ancestraux pour lui coller la frousse. La manœuvre est des plus classiques, et en confine même au cliché : le but est de rendre folle à lier la fortunée, l’enfermer dans une cellule capitonnée et se partager le magot avec les copains… que l’on abattra d’un tir bien placé une fois le plan exécuté. Le Spectre du Professeur Hichcock en moins bien pour aller vite, avec en bonus une cuillerée de malheurs bourgeois, avec flashbacks de reproches lancés lors des plus belles soirées mondaines. On connaît tout ça, et peut-être un peu trop bien pour encore s’en satisfaire lorsque la générosité fait défaut. Maniac Mansion contient bien quelques sinistres trouvailles, et il suffit d’ouvrir une porte pour que le chauffeur pas si mort soit derrière, de se retourner dans son lit pour tomber nez à nez avec une sorcière hilare, ou de s’enfoncer dans un tunnel menant à l’indispensable crypte pour y croiser le cadavre d’une femme pendue. Le tout-venant du genre que l’on retrouve toujours avec plaisir, mais ici encerclé par de la déprime aristocratique assez peu intéressante. On s’ennuie pas mal, et on regrette que finalement tout était « pour de faux », car s’il s’en était tenu à ses légendes et au goût luciférien de sa déco, peut-être aurions nous gardé une chambre dans La mansión de la niebla. Question de goût, probablement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Francisco Lara Polop
  • Scénario : Luis G. de Blain, Antonio Troiso
  • Titre Original : La mansión de la niebla
  • Pays : Espagne, Italie
  • Acteurs : Analia Gadé, Evelyn Stewart, Lisa Leonardi, Franco Fantasia
  • Année : 1972

 

 

 

2 comments to Maniac Mansion

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Le sous-sous genre du faux film fantastique où tout n’est que conspiration, je trouve ça plus souvent raté que réussi. A l’occasion ça peut être bien maitrisé mais majoritairement ça donne juste des films d’un ennui incroyable en plus de toujours provoquer un peu. Ce côté « notre film est meilleru que le vulgaire truc de maison hanté ».

    C’est pas moi qui en prendrait la défense pour le coup.

Leave a reply Cancel reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>