Demon Queen

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L’avantage avec Donald Farmer, c’est qu’il avait donné le ton dès son premier film Demon Queen (1987), que le zig tourna le caméscope au poing après une becquée de courts-métrages shootés en Super 8 dans les années 70. Et ce qui compte avant tout à ses yeux dans la vie, c’est le gore et les nichons. Son premier méfait sur une belle quarantaine ne comporte dès lors que ça et absolument rien d’autre. Vous voilà prévenus : niveau subtilité, nous voilà attablés dans un vieux bar à marins.

 

 

Il ne s’en cache d’ailleurs pas, notre Dodo la Saumure du Z au téton pointu et aux requins possédés par le Malin. « Avec Demon Queen, j’ai essayé de faire le film que je voulais voir, avec les éléments qui me plaisent. C’est à dire beaucoup de sang et de la nudité. » Au moins ça se planque pas derrière une bombinette ninja pour enfumer son monde, à grands renforts d’excuses artistico-sociologiques pour justifier la location d’une chambre de motel, où l’on renverse trois tubes de sauces aux myrtilles dans la raie d’une experte du bronzage du périnée. Dans le cas présent Mary Farano, depuis devenue une grande copine de Courtney Cox, avec laquelle elle gère plusieurs association caritatives. C’est tout de suite plus sérieux que d’aller déballer du boobs en Floride dans la casa Farmer pour une boîte de biscuits, et pas sûr que la demoiselle rêve en secret de croiser un fan de ses années cinéma, VHS de Demon Queen en pogne. Faut dire que la jaquette américaine est des plus voyantes puisqu’elle reprend l’artwork de L’Avion de l’Apocalypse, avec son visage hurlant en pleine décomposition, la gorge à l’air. Pas la faute de Farmer, qui jure à la barre que c’est là le choix de son distributeur, auquel il a juste pointé du doigt la peinture du film de Lenzi dans un catalogue, dans l’espoir que les designers de VHS s’en inspirent. Pris d’une flemme violente, ceux-ci se sont contentés de la reprendre telle quelle, des fois que le fan un peu bigleux du gros Umberto oublie de lire les titres, et passe à la caisse avec le shot-on-video du Donald à la place de l’invasion d’infectés à l’italienne. Est-ce que la surprise sera d’ailleurs si mauvaise que ça pour le malvoyant ? Visuellement ça piquera fatalement un peu, car le tournage sur pellicule et celui directos sur cassette c’est pas la même tambouille, et chez Farmer c’est parfois un peu flou et le son semble fréquemment sortir d’une boîte à chaussures. Niveau BO c’est pas la botte non plus. Ni Frizzi ni les Goblins ne sont de l’aventure évidemment, même si on peut remarquer une petite tentative de sortir des notes de synthé qu’un gros bouchon de cérumen pourrait vaguement aider à faire passer comme européennes. Mais si vous avez les oreilles propres, alors le score balancera pour vous entre une chanson pop étonnamment agréable (Farmer s’en est rendu compte car il nous la recolle dans Scream Dream et Cannibal Hookers) et un assemblage de percussions évoquant moins le tam-tam que l’ouverture de dizaines de couvercles de pots de compote.

 

 

En même temps on le savait. Le SOV c’est toujours un peu la dèche, donc pas la peine d’espérer trouver la pétoche du siècle dans Demon Queen, moyen-métrage (58 minutes, la séance saute la pause pipi) appelant à vos instincts les plus primaires, à vos sentiments d’hommes des cavernes ne désirant que peloter votre voisine de grotte et enfoncer votre massue sur le crâne de votre rival en amour. L’histoire ? Mais quelle histoire, ma bonne dame ? Farmer n’est pas là pour s’aligner sur les fables de Lafontaine, pour trouver un sens à son déshabillé de brunettes et à son arrachage de glotte. Il a déjà de la chance d’avoir réussi à convaincre quelques copines de se compromettre dans son gros Z, en plus du bol d’avoir dans ses rangs Rick Gonzalez, maquilleur spécialisé dans la chair arrachée ayant officié sur Le Jour des Morts-Vivants de Romero, et qui vient donc lui offrir un gore de qualité supérieure, auquel une bande aussi pingre que la sienne ne devrait normalement pas avoir accès. Alors pourquoi s’embarrasser d’un récit lorsque l’on a des culs et des lambeaux de chair ? Le signataire de Shark Exorcist griffonne bien une trame squelettique sur un coin de table, et invente la rencontre entre un dealer à la petite semaine et une succube (Farano) arpentant les bas quartiers pour y séduire, puis croquer, ses futurs amants. C’est pas grand-chose mais ça occupe une petite heure, entièrement consacrée à la navette entre des scènes de fesse et des morsures tragiques, avec ça et là le réveil des victimes précédentes, de retour pour mordiller de la barbaque. Répétitif ? Assurément, mais bizarrement l’ensemble se tient plus ou moins, la très mince amourette, vouée à mal se finir, entre le revendeur de coke et la démone occupe l’espace juste ce qu’il faut pour un film amateur.

 

 

Après, on n’aurait pas boudé le père Farmer s’il avait pris la décision d’apporter un peu de caractère à ses féroces copulations. On le sent d’ailleurs qu’en certains instants Demon Queen pourrait être plus qu’une bande démo où ça arrache des palpitants pour se frotter les seins avec, et qu’il ne faudrait qu’un petit « pas grand-chose » pour que l’on tombe dans le caniveau de Street Trash. Lorsqu’une cocotte est coursée par un possédé, on peut la voir zigzaguer entre les nombreuses merdes de chien jonchant le trottoir. Quand le héros va revendre sa came, c’est près de vieux entrepôts, où il sera d’ailleurs passé à tabac par des voyous plus aguerris que lui. Lorsqu’une demoiselle rentre dans un vidéoclub, c’est pour s’attirer les regards incrédules de weirdos ne semblant avoir jamais croisé de femme dans leur pauvre vie. Malheureusement, soit Donald Farmer ne se rend pas compte du potentiel crasseux de son univers, soit il ne veut pas faire d’efforts pour apporter ce « pas grand-chose » qui aurait fait basculer Demon Queen dans des égouts qui lui auraient sied.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Donald Farmer
  • Scénario : Donald Farmer
  • Producteur : David Reed, Donald Farmer, Sterling Bingham
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mary Farano, Dennis Stewart, Patti Valliere, Clifton Dance
  • Année : 1987

3 comments to Demon Queen

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Sous le coude depuis des années sans l’avoir encore regardé, même si c’est pas l’envie qui m’en manque. Dans le genre SOV de 50min tendance « bande démo » comme tu dis, ça à quand même l’air d’éclater la rondelle à pas mal de ses concurrents visiblement, et puis le réal a l’air d’avoir le sens des priorités, ce que je respecte.

    En revanche commencer comme ça pour finir sur Shark Exorcist… Ouch, c’est moche de vieillir quoi.

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