Vampz

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On le sait, dans le royaume crochu du Z vampirique, on passe plus souvent qu’à notre tour du bécotage au becquetage, l’érotisme sanglant étant pour ainsi dire devenu la norme depuis que Misty Mundae, Tina Krause et leurs copines pas frileuses ont fait s’écouler quelques stocks de DVD. Pas le plus torride du lot, mais certainement pas le plus timide non plus, Vampz (2004) prend exemple sur le pas si pourri Cryptz (2002) de Danny Draven en mêlant blaxploitation et léchouilles gore. Vampires in da hood, dude !

 

 

Etrange carrière tout de même que celle de Steve Lustgarten, méconnu bonhomme ne sortant de sa torpeur que de loin en loin, et signant un film tous les dix ou quinze ans avant de s’en retourner à sa léthargie, même s’il lui est arrivé de toucher à la production entre les coups (Creepozoids, Stripped To Kill). Quant à ses œuvres, elles ont le mérite de la variété, son American Taboo de 83 misant sur la romance à tendance dramatique alors que Power Slider (1990) pose un doigt ferme sur la gâchette de la Série B d’action. Autant dire qu’on imaginait mal le gaillard revenir à la moitié des années 2000 avec un very low budget, à tous les coups tourné sans permis et en mode guerilla filmmaking, et prenant pour sujet une petite société de femmes vampires afro-américaines, pour certaines assez vieilles pour avoir pompé du pharaon. Leur passe-temps ? Attirer dans leur antre de riches maris infidèles, qu’elles videront autant de leur sang que de leur jus de roupettes. Lustgarten doit d’ailleurs se plaire dans la terreur bon marché puisqu’il a signé l’an passé un American Scarecrow comme de juste fauché comme les blés (rires hystériques de l’assemblée). Mais que l’on tenterait volontiers puisque son Vampz, malgré sa patine digitale du début des 2000’s dégueulasse – mais qui bizarrement gagne du charisme avec les années – et sa batterie de carences inhérente à toute production budgétée à deux roupies (prise de son semblant sortir d’un vieux berlingot, interprétation inégale, interminables arrêts sur image et tout le toutim), est un petit film tout ce qu’il y a de plaisant. Pour qui les aime sans moyens, c’est entendu. Et surtout pour qui ne se vexe pas d’être à nouveau traîné sur l’habituel terrain de la pipistrelle nymphomane, le script de Lustgarten n’étant pas un monstre d’originalité. En constante envie d’un gros braquemart à se caler entre les cuisses, l’hypersexuelle Lilith désobéit aux règles de sa communauté de vampires (seulement constituée de trois demoiselles et d’un homme à tout faire) et s’aventure dans ce dédale de ciment qu’est Los Angeles pour y trouver un homme en bonne santé, qu’elle pourra chevaucher et priver de ses globules rouges. Mais à trop batifoler, la belle finit par s’attirer l’attention d’un flic et de sa coéquipière, le premier étant à une gorgée de sombrer dans l’alcoolisme le plus pur. La faute à Eve, son infidèle épouse qui ne trouve rien de mieux à faire que se faire prendre par derrière par un blanc qui parvient à la fois à être le sosie d’Edward Norton et celui de Nicolas Cage. Lorsque l’inspecteur les surprend en pleine levrette à côté du frigo, Eve n’a plus qu’à quitter le domicile conjugal, et pour éviter une vie de SDF elle s’en va demander le gîte et le couvert aux mortelles traînées. Une course contre la montre se lance, le flic cocu devant absolument retrouver sa chère et tendre avant qu’elle ne devienne à son tour une version black de Vampira.

 

 

Vampz est donc bien un film de son époque : en attendant que les ados blafards ne se disputent la main de Kristen Stewart avant l’arrivée du petit jour, ça se pétait la rondelle dans tous les sens dès les douze coups (de hanche?) de minuit. Et ce de la chambre d’amis de Don Dohler pour son Vampire Sisters aux donjons en papier kraft de Don Glut (citons The Erotic Rites of Countess Dracula), sans oublier les toujours accueillants canapés sur lesquels Misty Mundae y posait son petit popotin (Vampire Vixens et bien d’autres). Reste que face à ces multiples exemples de suçons obscènes, le Direct-to-Video de Lustgarten semble presque pudique : aucune nana n’y abandonne son corset en cuir, et plutôt que d’attaquer frontalement son sujet, le réalisateur préfère le sous-entendu. On ne voit rien, mais on nous fait par exemple comprendre que les incubes ont la capacité de téléporter leurs dents crochues dans leur vagin (!) pour mieux piéger du mâle. En voilà une drôle d’idée, mais celle-ci se greffe plutôt bien à un ensemble coquin de loin mais dégueulasse de près, Vampz étant moins intéressé par ses liqueurs d’amour que ses coulures sanguines. Car si nos triplées démoniaques ne dévoilent pas grand-chose de leur anatomie, elles ont le don d’éplucher les autres, leurs amants se retrouvant décapités, la gorge entrouverte ou le visage carrément arraché, les perverses restant ensuite allongées au lit avec les abats et ossements, qu’elles caressent ou tripotent plus ou moins langoureusement. Et lorsqu’un Van Helsing du pauvre fait le voyage de Viennes, c’est pour voir son propre pieu se planter dans son œil. Lustgarten n’avait probablement pas beaucoup de liasses à dépenser dans son troisième film mais au moins a-t-il bien placé sa petite monnaie, les différents effets, signés par le maestro du gore cheap Joe Castro (par ailleurs réalisateur de Terror Toons et ses suites), ayant tous de quoi contenter la bête féroce qui roucoule en vous. Mention spéciale aux trépas des vampirettes, qui une fois leur bain de soleil pris perdent leur chair et dévoilent des squelettes en pleine souffrance.

 

 

L’autre vrai bon point de Vampz, c’est son cadre urbain rendu possible par un tournage à l’arrache, Lustgarten ayant probablement trimballé son équipement dans tous les coins les plus isolés de la cité des anges pour y shooter des plans renforçant la street credibility de sa bande. Cela ne semble pas grand-chose de voir des gaillards jouer au foot sur le parking d’une supérette ou les vampires se faufiler dans des tunnels pour éviter le soleil naissant. Mais il aurait été si facile de coincer le casting entier dans une chambre à coucher et de ne jamais quitter les draps de satin, et certains producteurs donnant dans le no budget ne s’en sont pas privé. Saluons donc les efforts ici consentis. Vampz n’est certainement pas le petit budget du siècle, ni même une gemme bien enfouie du Z contemporain, mais il a bénéficié d’un soin plus qu’appréciable. On ne vous fera pas le coup de l’indépendant qui fait « beaucoup avec pas grand-chose », mais Lustgarden fait définitivement « pas mal avec rien ». Et c’est déjà plus que ce qu’il était permis d’espérer de lui.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steve Lustgarten
  • Scénario : Steve Lustgarten
  • Producteur : Steve Lustgarten
  • Pays : USA
  • Acteurs : Serria Tawan, Terrance Atkins, Raymond Parker, Erin Frigo
  • Année : 2004

7 comments to Vampz

  • Denis  says:

    Assez vieilles pour avoir pompé du pharaon.
    Sur le coup, tu m’as tué.

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Aaah, Cryptz et Vampz… Loué soit Blade pour avoir lancé la mode du vampire de ghetto ! Celui-ci est de souvenir meilleur que son prédecesseur, plus fou et fun (faut dire hein, avec Danny « léthargie » Draven), et effectivement la vieille période hoodsploitation de la fin 90s / début 00s commence à avoir son charme. J’aurai jamais cru dire ça un jour.

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