Danse Macabre

Category: Films Comments: 5 comments

Des nuits de tous les mystères, le cinéma gothique en suinte plus qu’on ne saurait les compter, et s’il n’a pas toujours convaincu dans la crypte toxique (son Contronatura, pas terrible du tout), Antonio Margheriti a plus que joliment illuminé plusieurs de ces sorgues. Avec Danse Macabre (1964), on tient l’une de ses plus réputées, et ce n’est pas pour rien.

 

 

Il n’est jamais trop tard pour bien faire, et donc d’aller chalouper dans les ténèbres avec l’une de ses plus illustres habitantes, j’ai nommé Barbara Steele, dont la singulière beauté se retrouve à nouveau cloîtrée dans un château. De sang le château, si l’on se réfère aux titres américains, et à la peu enviable réputation comme le découvrira le journaliste londonien Alan Foster (George Rivière) alors qu’il boit un verre avec Edgar Allan Poe, rien que ça, et Lord Thomas Blackwood, notable prêt à lui verser un gros sou si le reporter accepte de passer cette nuit, connue comme étant celle des morts, dans sa demeure qu’il annonce comme vide. Moins par appât du gain que pour prouver à Poe que l’outre-tombe n’est guère qu’une affaire de jolis mots et de poèmes morbides, Alan le cartésien accepte le défi et s’engouffre dans les pénombres de la noire citadelle. Pour y découvrir qu’il y sera moins seul que ce qu’on lui avait dit puisque la fantomatique Elisabeth (notre Barbara d’acier), sœur de Thomas le cachottier, vit toujours sur les lieux avec Julia (Margrete Robsahm), blonde désagréable dont le hobby est d’écouter aux portes. Une compagnie loin de déplaire à Alan, très vite épris d’Elisabeth, qui le lui rend bien puisque les deux consomment leur amour nouveau dans l’heure même. Les sentiments éclosent sans tarder dans le cinéma italien, même d’horreur. Mais après avoir croisé un colosse torse nu venu malmener Elisabeth, puis le Dr. Carmus, deux des multiples occupants de ce castel au final bien peuplé, Alan découvre l’impensable : ces résidents sont des spectres, et pour perdurer ils ont besoin du sang d’une victime que Lord Thomas leur abandonne une fois l’an. Et Monsieur Foster de comprendre que s’il ne veut pas grandir les rangs de ces goules sanguinaires, il va lui falloir survivre jusqu’au petit jour…

 

 

Débuté par Sergio Corbucci, remplacé après une semaine de tournage par Margheriti, Danse Macabre mérite sa collection de plaques tant il se place, avec Le Masque du Démon et quelques autres, comme l’un des plus solides piliers de son genre, comme une inspiration après laquelle tous les cinéastes de la botte ne cesseront de courir pour les quelques six ou sept années à venir. Même Margheriti ne se remettra pas totalement de l’expérience, et il s’évertuera à la recréer par la suite, Les Fantômes de Hurlevents (1971) étant une reprise bariolée de son classique de l’effroi. On peut d’ailleurs comprendre qu’ils lui manquaient, ces chandeliers attaqués par d’épaisses toiles d’araignées, ces antiques horloges sonnant lorsque l’on passe à côté d’elle, ces passages secrets cachés dans les pierres maudites d’un manoir qui l’est tout autant, et bien sûr cette crypte au milieu de laquelle trône un sarcophage, dans lequel est allongé un être putréfié mais encore vivace. A moins de s’appeler George Rivière et de craindre pour sa sève de vie, comment vouloir quitter pareil univers ? A plus forte raison lorsque Margheriti y fait tant de merveilles, ne trébuchant, et ce sans jamais s’aplatir le nez au tapis, que lorsqu’il s’élance dans des explications passant trop par la voie orale. Tout sauf dérangeant lorsque c’est pour partager une cruche de vin avec un Poe toujours maître de ses verbes. Plus problématique lorsque cela vient couper le meilleur du film : les déambulations de personnages esseulés, perdus dans une bastille où les morts courent encore. En ces instants, Danse Macabre rayonne, les ombres deviennent des toiles de maître, les échos des pas contre les dalles gelées des symphonies, et on ne regretterait pas que le film passe au muet, la bande-son de Riz Ortolani, qui abat son coude le plus lourd sur les touches de son piano pour souligner les instants de peur et malmène ses violons en introduction, faisant plus que le travail pour remplir l’espace sonore.

 

 

Certains pourront sourire à la vitesse à laquelle les sentiments de Barbara Steele et George Rivière explosent, l’un comme l’autre s’avouant un amour infini alors qu’ils ne se connaissent que depuis quelques minutes. Mais ce romantisme façon Collection Harlequin paie en fin de parcours, alors que Margheriti embrasse la noirceur de son sujet dans une conclusion sucrée-salée du plus bel effet, de celles dont la tristesse nous accompagne lorsque l’on va se coucher. Si Danza Macabra ne touche pas à la perfection, il s’en rapproche en tout cas grandement, et il est fortement recommandé aux quelques retardataires d’entrer dans la danse à leur tour.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Antonio Margheriti, Sergio Corbucci
  • Scénario : Giovanni Grimaldi, Bruno Corbucci
  • Producteur : Giovanni Addesi, Franco Belotti, Walter Zarghetta
  • Pays : Italie
  • Acteurs : George Rivière, Barbara Steele, Margrete Robsahm, Arturo Dominici
  • Année : 1964

5 comments to Danse Macabre

  • Grreg  says:

    Merci d’avoir chroniqué ce bijou du gothique rital,à l’évidence un de ces plus beaux représentant!

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:
  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Bien d’accord. Vu sur Canal + y a quasi 20 ans maintenant et j’ai encore la fin en tête, c’est dire si ça marque et si l’ambiance est bonne. Honnêtement le seul défaut que je pourrais lui trouver c’est que leur Edgar Poe ressemble à tout sauf à Edgar Poe, mais who gives a shit ?

    (et pardon pour la répétition de message encore, mais y a visiblement un bug que je tente de publier)

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