Monstroid

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Monstroid, annoncé dès 1975 avec un casting prestigieux rameutant Aldo Ray, Burgess Meredith et Cesar Romero, mais finalement sorti quatre ans plus tard sans tout ce beau monde, c’est un peu le creature feature que personne n’a vu et on comprend vite pourquoi. Car rien ne distingue réellement cet énième barbotage monstrueux des autres pièces d’eau hantées de l’époque, si ce n’est un cousin éloigné et un peu attardé du monstre du Loch Ness, mignon comme tout avec ses moustaches de poisson-chat.

 

 

En cette journée ensoleillée, j’aurais pu profiter de l’air frais et des symphonies des mésanges entourant mon coin de terre en sirotant un bon jus d’ananas bien frais. J’aurais aussi pu utiliser le temps passé les doigts scotchés au clavier pour pondre un article digne d’un prix de la presse, genre reportage inédit sur les marques de PQ préférée de Benyamin Netanyahou ou une enquête sur les soirées pizza-Fortnite de Macron, casque vissé sur la tronche à hurler à Dupont-Moretti et Darmanin de sniper le camp opposé. J’aurais pu me consacrer à une étude de la vie dans les monastères tibétains au XVe siècle ou m’affairer à la traduction des écrits d’un obscur poète Mongol, ça fait toujours bien sur le CV et Bernard Pivot m’aurait fait un amical signe de tête quand on se serait croisé lors d’une soirée couscous de Chalençon. Mais non, et con de moi, je me prive du prix Pulitzer en m’attaquant à Monstroid, alias Monster, ou It Came from the Lake. Des titres d’une originalité tout sauf débordante pour un long-métrage qui ne l’est pas plus inédit, énième retour dans les lacs et mares où flottent une bestiole tantôt à poil long, tantôt à l’écaille dure. Et comme dans toutes les pelloches du même type, les plus héroïques se regroupent le filet de pêche et le harpon à la main pour calmer du reptile mangeur d’hommes ou du bigfoot distributeur de mandale. Bref, nous revoilà dans le giron rarement bandant, mais jamais totalement déplaisant non plus, des Bog, Creature from Black Lake et autres Rana, The Legend of Shadow Lake, bandes d’exploitation interchangeables et de qualité à peu près égale, Creature from Black Lake étant un peu mieux moulé que ses frères crapauds. Par chance, Monstroid est encore un chouia au-dessus niveau qualité, bien qu’il fasse honneur aux siens en perpétuant la tradition du film d’exploitation sous-éclairé et à l’image bien dégueulasse (du moins est-ce le cas tant qu’aucun éditeur ricain spécialisé dans la HD ne lui passe un bon coup de savon). Mais là où notre gloumoute du jour dépasse d’une bonne tête ses concurrents, c’est en faisant preuve d’un peu moins de timidité, l’espèce de gros diplodocus des eaux étant plus que visible à l’écran, là où il fallait plisser les yeux et multiplier les arrêts sur images pour voir Rana ou Bog se faufiler entre deux arbres. Toujours ça de pris.

 

 

En plus, le gros lézard, s’il a une tronche de débile et retrousse ses lèvres pour dévoiler sa belle dentition, comme un gamin faisant sa première photo de classe, est plutôt correctement branlé. Certes, il a toujours ce petit côté craignos, ce caractère de gros tas de caoutchouc, avec ses jolies vibrisses en latex, mais mieux vaut un monstre loupé mais très présent à l’écran qu’une créature taillée par les plus grands artistes mais que l’on ne voit jamais. Un bon point pour les deux réalisateurs, Kenneth Hartford et surtout Herbert L. Strock (Gog, The Crawling Hand), qui a réalisé une bonne partie du film sans même y être crédité. Mais on connaît la chanson : les petits budgets à deux pesos ne peuvent jamais, je dis bien jamais, se permettre de foncer dans le tas et s’offrir un carnage monstrueux ininterrompu. Maquiller le mec planqué sous la carcasse de la chimère du jour prend trop temps, et manipuler un dinosaure mécanique, correctement foutu ou non, est souvent trop complexe pour qu’on se permette de le laisser quitter les coulisses plus d’une demi-minute. Hartford et Strock font de leur mieux, ça se sent, et vont jusqu’à créer une énorme patte, utilisée pour une scène introductive où un pauvre gars dans son hamac se fait piétiner, mais ils n’ont pas les moyens de se la jouer Godzilla ou À des millions de kilomètres de la Terre, bandes où le monstre restent constamment à l’avant-plan. Alors on imagine une petite trame à peu près valable située en Colombie (au moins ça dépayse et nous change des bayous américains), avec une usine de ciment polluant les cours d’eau de la région. Les poissons qui y nagent sont déjà panés, les habitants n’osent plus boire au robinet et il y a donc une grosse bébête qui fait du grabuge aux abords du lac local. En prime, le géant yankee qui a posé son entreprise sur des terres qui ne sont pas les siennes s’est attiré les foudres d’un Colombien jurant leur perte, et pour calmer tout le monde on envoie Jim Mitchum pour tirer le vrai du faux. Rajoutez une petit intrigue d’une soi-disant sorcière lapidée et que les villageois veulent brûler vive (alors que la pauvre n’a rien fait de mal), le triangle amoureux d’un bellâtre avec une secrétaire et une belle brune du coin, et les messes de John Carradine, éternel semi-retraité du fantastique, et vous avez Monstroid. Soit un monster movie moins pénible que la moyenne, rendu charmant par un tournage en Amérique du Sud et sachant ce que l’on attend de lui : la bonne compagnie d’une créature à cou de girafe, que l’on fait exploser dans le dernier acte avant de révéler qu’elle a pondu des dizaines d’oeufs et que le problème sera bientôt multiplié par vingt. Ca, ça sera pour une potentielle suite évidemment. Qui ne viendra jamais. Evidemment.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Kenneth Hartford, Herbert L. Stock
  • Scénario : Kenneth Hartford, Herbert L. Stock, Garland Scott, Walter Roeber Schmidt
  • Production : Garland Scott, Kenneth Hartford
  • Pays : USA
  • Acteurs : James Mitchum, Philip Carey, John Carradine, Tony Eisley
  • Année : 1979

2 comments to Monstroid

  • Denis  says:

    Toujours aussi excellent cher Rigs.

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