Frogs

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Appelez le serveur et annulez votre assiette de cuisses de grenouilles à la crème, il en va désormais de votre intégrité physique. Car la révolte gronde dans Frogs (1972), animal attack sorti du terrarium du professionnel de la petite lucarne George McCowan (Starsky et Hutch, Drôles de Dames, L’Île Fantastique), et crapauds pustuleux, geckos au regard halluciné, crotales venimeux et iguanes perfides s’allient pour le trépas de l’humanité toute entière, symbolisée par un peu aimable Ray Milland (L’Enterré Vivant, L’Horrible Cas du Docteur X) et le plus vaillant Sam Elliott (The Man Who Killed Hitler and Then the Bigfoot, The Big Lebowski), ici changé en une sorte de Nicolas Hulot de la Série B.

 

 

Sous-genre porté par Long Weekend, Wild Beasts et toute autre production où la faune prend sa revanche sur l’humain pollueur et sanguinaire, l’eco-horror pourra faire tout son possible, minces sont les chances qu’il parvienne un jour à approcher ne serait-ce qu’un instant l’horreur véritable que représentent les abattoirs. Seul Okja, bouleversant chef d’oeuvre de l’intouchable Bong Joon-Ho, a su retranscrire le caractère inhumain de l’industrie de la tranche de jambon et de la côte de porc. Du reste, pour avoir une idée précise de ce qu’il se passe dans ces mouroirs pour porcins, il faut bien souvent se rabattre sur ces vomitives séquences volées à la caméra cachée. Hasard du calendrier, quelques heures après avoir visionné le Frogs qui nous occupe aujourd’hui, mon fil d’actualité débordait de posts pointant d’un doigt inquisiteur la piètre prestation de Solveig Halloin, tarée notoire dont les hurlements sont dédiés à la fermeture de tous les élevages, quels qu’il soient, dans l’émission de Cyril Hanouna, où l’amie des animaux aurait dû se sentir fort à son aise puisqu’elle y était entourée d’ânes. Après quelques images proprement scandaleuses sur le destin des porcs et truies dans les abattoirs, séquence suffisamment forte en elle-même sans qu’il soit besoin d’en rajouter une couche par-dessus, la Solveig s’est lancée dans un flot de comparaisons hasardeuses entre les usines Herta et les camps de concentration, et celles-ci lui ont valu une volée de bois vert (normal pour une écolo) de la part des uns, et les rires moqueurs des autres. Le message, tout mal transmis soit-il, se perd dans la rafale de ricanements d’un Hanouna fier de son coup et sachant fort bien qu’il n’allait à aucun moment être question du triste sort du bétail sacrifié, mais bien de la folie d’une activiste que son propre camp ferait bien de mettre sur la touche tant elle dessert sa cause. C’est bien évidemment elle que le nouveau king du PAF invite, à la fois pour s’assurer d’un discours inintelligible et du buzz qui ne manquera pas de suivre. La bataille pour un meilleur encadrement des conditions de mise à mort des bestiaux, elle, n’a pas avancé d’un poil : les animaux seront toujours mal traités, ceux qui les défendent resteront perçus comme des hystériques incapables de débattre dans le calme (ce qu’ils sont trop souvent) et un pourri comme Hanouna reste le seul gagnant de ce pénible jeu de cris et de larmes. Autant dire que tout ce tohu-bohu tombait à pic pour donner encore un peu plus de sens à Frogs, petite production de Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson organisant la revanche de centaines de batraciens – et leurs copains lézards, araignées, tortues, serpents et j’en passe – sur de riches bourgeois installés au milieu de leur bayou, qu’ils aspergent de poison pour se débarrasser des croassements qu’ils considèrent comme une intolérable nuisance.

 

 

Pour que le public ne prenne pas totalement parti pour les bêtes et éprouve ne serait-ce qu’une légère dose de stress, le scénario imagine les déboires de Picket Smith (Sam Elliot), photographe engagé par une revue écologique et travaillant sur un article sur la pollution des cours d’eau. Son kayak renversé par le bateau à moteur de l’ancien sportif brutal et bas de plafond Clint Crockett, Smith est invité à se sécher dans la vaste demeure des Crockett, riche famille du Mississippi, à l’ancienne, avec ses serviteurs de couleur, et dont est fêté en ce mois de juillet l’anniversaire du vieux Jason Crockett (Milland). Et on ne badine pas avec la birthday party dans cette famille de prétentieux et de râleurs, tant et si bien que lorsque la ménagerie viendra frapper à la porte de tout ce beau monde pour leur rappeler que la chaîne alimentaire peut encore se renverser, le patriarche interdira à sa famille de mettre les voiles avant que le gâteau ne soit coupé et les feux d’artifices lancés. Alors qu’il y a déjà deux ou trois morts parmi les siens et que tous sont au courant ! Si on nous avait dit que l’illustre Ray Milland allait un jour tourner un épisode de My Super Sweet 16, télé-réalité montrant les fêtes ubuesques dédiées à des petites connes persuadées d’être tombées de la cuise de Vénus, on n’y aurait pas cru. D’ailleurs, si l’acteur ayant déjà croisé le fer avec Columbo joue si bien les grands-pères contrariés, c’est parce qu’il l’était réellement sur le tournage, qu’il détesta copieusement, au point de le quitter trois jours avant la fin, forçant une doublure à finir son taf’. Pas très grave puisque les stars, c’est les grenouilles et autres reptiles fomentant la fin du règne humain, et redoublant d’efforts pour nous faire chuter de notre piédestal. De gros lézards pousseront un fainéant à l’asphyxie en faisant tomber des produits toxiques à deux mètres de lui, la vieille bique passionnée par les papillons chutera dans une mare de merde et finira couverte de sangsues, un tueur de volatiles sera prisonnier d’une sorte de lierre et finira bouffé par les mygales, les serpents d’eau s’assureront de la noyade d’un malotru, les alligators font du catch dans la gadoue avec un chauve et même les tortues sont de la partie pour claquer du bec sur la chair d’une épouse malheureuse. Pour un film titré Frogs, celui de McCowan manque un peu de rainettes, mais à moins d’être une blondasse de Beverly Hills ou une caricature de femme au foyer des années 50, celles montant sur une chaise en relevant leur jupe à la vue d’une souris grise, les crapauds n’ont jamais fait peur à personne et il était effectivement indiqué de grossir une armée de bébêtes plus létales.

 

 

On évite d’ailleurs, et malheureusement, la frousse du siècle, et le grand bouleversement du film de genre animalier n’a pas lieu non plus, mais Frogs a pour lui une grande générosité et un côté crotteux. Il est plaisant de voir tous ces personnages, pour la plupart antipathiques ou en tout cas jamais écrits comme aimables, trébucher à un rythme métronomique dans un bourbe transformé en tombeau brunâtre. La grenouillère ne se distingue donc pas par sa prétendue virulence, même si elle est bien présente tout au long de cette cascade de reptiles, mais bien par son caractère terreux, sa teinte vert pâle tirant vers le gris et l’univers crédible qu’il met en place, l’île où sont faits prisonniers les protagonistes étant envahie à un point tel que le moindre pas dans le jardin soulève des dizaines de crapauds. Les amoureux de la nature prêts à voir plus de gros plans sur des tétrapodes que ce qu’une journée entière devant Ushuaia TV ne saurait proposer seront donc à la fête, et devraient logiquement considérer cette bonne surprise 70’s comme étant toadally awesome.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : George McCowan
  • Scénario : Robert Blees, Robert Hutchison
  • Production : Peter Thomas, George Edwards
  • Pays : USA
  • Acteurs : Sam Elliott, Ray Milland, Joan Van Ark, Judy Pace
  • Année : 1972

5 comments to Frogs

  • Denis  says:

    Ah quelqu’un qui aime autant Hanouna que moi ; )

  • Denis  says:

    🙂

  • Roggy  says:

    Superbe texte l’ami. ta plume était en feu, ça fait du bien.

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