Hypothermia

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Ah, la pêche… Son calme, ses décors, son air frais, ses hommes-poissons,… Préparez une grosse canne et du fil solide comme de la roche car il y a un gros morceau à remonter… On mouline, on mouline!

 

Rares sont les studios qui peuvent se vanter d’avoir une vraie ligne éditoriale, une identité forte et un monde qui leur est propre. Il y a bien sûr Troma, garantie d’avoir son lot de vomi, de gore et de sexe déjanté, ou Full Moon, l’assurance de se retrouver avec des monstres en latex et de longues plages d’ennui. On peut aussi ajouter les dingues de Sushi Typhoon, les nippons barrés qui s’amusaient à mêler action et gore dans un déluge d’effets cheap mais jouissifs. Mais sinon ? Il y a bien entendu d’autres firmes qui portent l’étendard de l’horreur avec personnalité mais il faut bien avouer qu’elles sont assez peu nombreuses et, qu’en général, on ne les remarque pas vraiment. Mais on peut désormais rajouter une boîte à la liste: Glass Eye Pix. Fondée dans les années 80 par Larry Fessenden pour lui permettre de pouvoir distribuer ses premiers travaux, la firme indépendante commence à se faire remarquer grâce à quelques films qui ont gagné une solide réputation lors des festivals. Des films comme Stake Land ou I Sell the Dead avec Ron Perlman et, bien sûr, les films de Ti West. Nouvelle coqueluche du cinéma horrifique indépendant, le studio a produit son deuxième effort The Roost et a créé une relation de confiance avec le cinéaste, qui le leur a bien rendu en leur offrant le film qui aura tourné tous les projecteurs sur Glass Eye Pix: The House of the Devil.  Et nouvelle preuve de la bonne réputation du studio, Larry Fessenden fut choisi pour réaliser l’un des épisodes de la série horrifique Fear Itself et Guillermo Del Toro voulait lui confier la mise en scène de son L’Orphelinat. Une chance obtenue suite à la bonne tenue de son film The Last Winter, en 2006. L’hiver et la neige porteraient chance à Glass Eye Pix ? Peut-être. Pour s’en assurer, la boite met en branle Hypothermia.

 

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Ray Pelletier est un amoureux de la pêche sur glace. Creuser des trous, y placer sa ligne, ça le botte bien. Comme nous tous, d’ailleurs. Chaque année, lui et ses proches vont donc se les geler sur un lac figé et passent des heures à attendre qu’un poisson vienne mordre à l’hameçon. Mais cette année est différente: d’une part c’est la dernière fois qu’ils seront réunis puisque le fiston se tire en Afrique avec sa nouvelle compagne, d’une autre car un père et son fils viennent pêcher non loin de là, à grand renfort de 4×4 et d’Iron Maiden. Pas l’idéal pour la pêche. Plus problématique encore: le boucan qu’ils font semble avoir réveillé un monstre qui dormait sous la glace. Hypothermia, un Tremors des glaces ? Il y a de ça dans le principe puisque le danger se développe sous les pieds de nos héros, mais oubliez les gentilles vannes échangées entre Kevin Bacon et Fred Ward, ici c’est la déprime qui prime (vous allez voir qu’un rappeur à la con du genre La Fouine va venir me piquer ma rime). Ambiance lourde, froide (bon en même temps, c’était pas difficile vu les décors), teintée de mélancolie et de malaise, on le comprend d’emblée: on ne vient pas pour rigoler. Une habitude avec Glass Eye Pix, le studio appréciant l’horreur premier degré et l’instauration d’une pesanteur certaine, comme on l’a vu avec les films de Ti West. D’ailleurs le film prend le temps de planter son ambiance, l’action ne surgissant véritablement qu’après 40 minutes de film. Jusque là, on aura eu tout le loisir d’apprécier les très beaux décors offerts par un tournage sur un lac des alentours de New-York. Oui, ça semble bizarre quand on voit la gueule des lieux…

 

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Réalisé par James Felix McKenney, Hypothermia ne brille pas particulièrement par sa réalisation, un brin télévisuelle. Il faut bien avouer que c’est ici les décors qui sauvent l’aspect visuel du film, acceptable mais certainement pas incroyable. Par chance, le réalisateur s’octroie les services de deux habitués des seconds rôles qui peuvent lui fournir un savoir-faire certain. Ainsi le héros, Ray, est interprété par Michael Rooker, popularisé par son rôle de Merle (c’est le nom du perso, hein, il ne joue pas un oiseau) dans Walking Dead. Un vieux routard, connu pour le rôle titre dans Henry: portrait of a serial killer mais qui a également roulé sa bosse dans des films de gros bras comme Replicant (l’un des meilleurs Van Damme!), Cliffhanger (l’un des meilleurs Stallone!), A l’Aube du Sixième Jour (l’un des meilleurs Schwarzenegger!… Bon ok, je m’emporte, celui-là n’est pas terrible…). Il est même devenu l’un des acteurs phares de James Gunn, qui l’a employé dans les excellents Horribilis (peut-être plus connu sous le nom de Slither) et Super et fera encore appel à lui dans Guardians of the Galaxy. Un très bon acteur qui mérite la reconnaissance qui commence à lui tomber sur la gueule et qui donne encore ici une très bonne interprétation. Pour jouer sa femme Helen, c’est à Blanche Baker que le réalisateur a fait appel, là encore une petite valeur sûre bien que peu connue, qui aura prêté ses traits à des films comme Le Contrat avec Schwarzy ou The Girl Next Door, tiré de l’œuvre de Jack Ketchum. Une femme d’expérience qui tient la comparaison face à un Rooker bouffant l’écran. Les autres acteurs, moins expérimentés, peinent à exister à coté d’eux et ne seront d’ailleurs guère aidés par une version française bien entendu pourrie. Mais bon, qui espère encore avoir un doublage convenable pour ce genre de série B ?

 

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Si vous regardez un peu sur le web les avis émanant d’illustres internautes sur des sites de cotation, vous remarquerez qu’Hypothermia se fait enculer par tous les trous et n’obtient pas beaucoup de bonnes notes. Si vous avez entamé la vision du film, vous vous demandez sans doute pourquoi. Certes, cela fait 30 minutes que ça a commencé et tout ce que vous avez vu du monstre c’est des plans en vue subjective qui semblent avoir été tournés dans du coca-cola. Mais pour autant, on ne s’emmerde pas spécialement, même si le rythme du film est lent comme une course en déambulateur. Mais c’est un genre, des films très lents on en a vu des tonnes et on en a apprécié certains et Hypothermia ne semble pas pire qu’un autre. Mais c’est là qu’intervient celui qui a fait basculer le film…

 

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Et ouais, le monstre, c’est ça. Un homme-poisson. Oui, un homme-poisson. On s’attendait à un truc plus proche du poisson que de l’homme, un gloumoute à la Lovecraft, genre Dagon, mais on se retrouve avec ce cousin débile de la créature du lac noir, sorte de martien hilare avec un trou du cul en guise d’oreille. Attention, j’ai rien contre les hommes-poissons. Dans la crypte, on kiffe le look du Gillman et même celui des habitants aquatiques du Continent des Hommes-poissons, on déplore même que ces braves hommes-poissons ne soient pas plus souvent présents sur nos écrans. Mais quand on voit celui d’Hypothermia, on comprend pourquoi. Un mec dans une combinaison en latex pour sado-maso avec un vieux masque sur la gueule. A ce stade, on s’attend à voir débarquer Scooby-Doo et retirer le casque de la bête pour nous apprendre que c’est le maire du coin qui causait tout ce remue-ménage pour pouvoir construire un Burger King à la place du lac. Inutile de dire qu’on a bien envie de se marrer à chaque apparition de ce monstre, qui aurait mieux fait de rester au fond de l’eau et y bouffer des algues. On peut difficilement imaginer que l’équipe du film à réellement pensé qu’il allait faire sensation. Si j’étais un réalisateur et qu’on me présentait ça comme costume, je m’arrangerais pour le montrer aussi peu que possible. Mais ce n’est pas ce que s’est dit James Felix McKenney, qui a le chic de le filmer de face, en pleine lumière. Le pauvre monstre s’en tirait mieux auparavant, lorsqu’il n’était encore qu’une ombre qui apparaissait sous la glace lors de quelques plans furtifs.

 

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Du coup, le film qui était jusqu’ici assez honnête sans être fabuleux tombe fortement dans le ridicule. On imagine sans mal la mine déconfite de Michael Rooker et des autres acteurs lorsqu’ils ont découvert que tous leurs efforts sont réduis en charpie par cette bestiole. Car il devient dès lors impossible de prendre le film au sérieux… Le ratage n’est pas total, le film reste regardable, surtout pour les curieux qui veulent se marrer devant cette sardine haineuse. C’est dommage car la volonté de ressortir un monstre assez peu populaire à coté des vampires et loups-garous était on ne peut plus louable, mais son look ne rend service à personne. Il y a de grandes chances que le film attirera surtout les curieux qui auront envie de se payer une bonne tranche lors des apparitions de la créature, les autres seront déçus de voir que cette série B assez ennuyeuse tombe dans le ridicule des pires séries Z… Franchement, les hommes-poissons méritent mieux et l’on espère qu’ils auront un jour droit à un vrai retour… Mais ça ne sera pas chez Glass Eye Pix, visiblement.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: James Felix McKenney
  • Scénario: James Felix McKenney
  • Production: Glass Eye Pix, Darksky Films
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Rooker, Blanche Baker, Greg Finley
  • Année: 2010

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