The Jail

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The Jail, The Women’s Hell (2006) ! Rarement sous-titre aura aussi bien définit film qui le porte, tant les quelques 90 minutes ici amoncelées s’échinent à faire preuve de sadisme envers la gente féminine. Quant à Bruno Mattei, il aurait tout aussi bien pu remplacer son habituel pseudonyme Vincent Dawn par celui de Bis Repetita, vu que l’Italien ne rechigne jamais à faire un rappel et offrir à ses groupies que nous sommes une ration supplémentaire de sordide.

 

 

Et depuis quelques années, le fier papa de L’Autre Enfer était pour ainsi dire engagé dans une tournée greatest hits, les années 2000 lui offrant, après des nineties particulièrement silencieuses, la possibilité de réveiller ses vieux démons pour un ultime tour de piste. Alors on descend dans les ossuaires le pied de biche à la main, pour y faire sauter le couvercle de cercueils attaqués par la moisissure et que les zombies ensommeillés à l’intérieur repartent déjeuner de la bidasse écervelée, comme si les années 80 n’avaient jamais fini de hurler. Et on organise de nouveaux banquets cannibales, alors même que le Nono n’avait jamais franchement cédé aux sirènes anthropophages à l’époque où il était de bon ton de se faire plus carnassier que le voisin. On sort aussi des armoires les sous-vêtements sexy d’antan, car entre deux salves gorasses on se souvient qu’on a fait son beurre sur de fermes fessards. Enfin, et parce que le public le réclame en tapant dans ses mains, on remonte sur scène avec la cravache du maton sévère, et on fait tomber du ciel des murs décrépis et garnis de vieux barreaux d’acier, comme à la grande époque de ces Révoltes au Pénitencier des Filles et Pénitencier de Femmes où la maigrichonne Laura Gemser extrémisait son régime en compagnie des cafards, des rongeurs et d’indélicates camarades de cellule. Bref, un peu comme la tournée Stars 80 où quelques vedettes éclairs venaient siffloter un ou deux hits poussiéreux, Mattei donnait dans la reprise, dans le chant passéiste et ultra-référentiel, à destination d’un petit cheptel de fans fous connaissant leur Virus Cannibale sur le bout des doigts. Par Bruno pour les fans de Mattei, et rien d’autre, aussi dingue que celui puisse paraître au vu de la place qu’avait le cinéaste dans le milieu et des quolibets qu’il subit. Sachant tirer le meilleur même d’une nostalgie un peu rigolarde, le bonhomme reprend donc le veston de son alter égo Vincent Dawn et s’enferme à nouveau derrière les vieilles briques du Women In Prison pour une cover presque punk.

 

 

Alors qu’il lui aurait été facile de reprendre ses trames d’antan – ce qu’il ne s’était pas gêné de faire sur Land of Death, copie carbone d’un Predator qu’il avait déjà plagié sans honte avec Robowar – en faisant de sa nouvelle muse Yvette Yson, au micro depuis que Laura Gemser s’est mise à la retraite, une journaliste de charme infiltrée dans les pénitenciers aux pires réputations, Nono opte plutôt pour la simplicité et le medley brutal. Comme s’il cherchait à compacter 20 ou 30 années de matons pervers et d’incarcérées torturées, sans se soucier ne serait-ce que le quart d’une demi-seconde de l’histoire, griffonnée sur un coin de ticket de bus par un Antonio Tentori ayant aussi épaulé Dario Argento et Lucio Fulci dans leurs années sombres. Pas de récit parfaitement ciselé, pas d’études de personnages, ici des caricatures déjà chanceuses si elles se retrouvent nommées, et pas de retournements de situation incroyables : The Jail, ou Anime Perse, opte pour la stratégie du tabassage intensif. Les filles, des prostituées accusées d’avoir suriné leurs macs, ont à peine le temps d’échanger deux mots qu’elles se font déjà tirer les cheveux par des gardiennes ne desserrant les dents que pour rire du malheur des autres, assistent à la vingtaine de coups de fouet assénée au cadavre d’une désobéissante (et si l’on torture les morts, qu’est-ce que l’on peut bien faire aux vivants?), subissent la trop intime visite médicale d’un docteur obsédé, découvrent que leurs nouvelles colocataires ne sont pas disposées à leur dérouler le tapis rouge, et passent leurs soirées à faire don de leurs corps dans le bordel tenu par le gouverneur local (Jim Gaines, vieux copain du réalisateur), où ça viole et ça attache de la cocotte pour mieux lui glisser un serpent entre les cuisses. Et une fois le tour du sujet carcéral fait, Mattei rebondit sur d’autres thématiques, se souvenant que le plus dangereux des gibiers reste l’être humain, et que lorsque Roger Corman ouvrait la cellule des copines qu’il tenait captives, c’était bien souvent pour verser dans le survival musclé. Alors on fait pareil et on envoie les filles gambader dans la jungle, poursuivies par quelques chasseurs et leurs pisteurs sauvageons sans même pouvoir répliquer, le rustre mâle étant trop doué pour que des mal nourries échappent à sa violence.

 

 

D’une simplicité effarante, et plus qu’il réalise Mattei joue, comme certains jouaient au gendarme et au voleur après la classe. Lui remplace le bon flic par le violeur à la langue pendue, et le malfrat par de belles Asiatiques en guenilles. On l’entendrait presque dire d’une voix enfantine « Toi seras la directrice pas gentille, qui fait rien que cabosser les gentilles ! Et toi tu seras le mec riche et ripou, tu cours après les filles avec un fusil parce que ça t’amuse de les faire souffrir ! Et toi, t’es la gentille badass qui dit des trucs cools avec un regard d’aigle ! » C’est aussi simple, et on a souvent la sensation de se caler devant un fan-film ou une fausse bande-annonce, avec ces personnages jamais vraiment décrits (« C’est quelqu’un de très important » pour définir un vil canaillou), ces dialogues clichés et, surtout, une technique pour le coup très au rabais, sentant fort le tournage digital à une époque où celui-ci manquait douloureusement de la chaleur de la pellicule. D’ailleurs, sur un strict point technique, The Jail est peut-être le pire film de Mattei, qui n’a certes jamais été à la pointe en la matière et a eu son lot d’acteurs mauvais comme des cochons, mais ne s’est jamais entouré d’incapables comme ici. Les « comédiennes » (les guillemets ne sont pas importants ici, ils sont capitaux) rameutées dans cette forêt boueuse n’étant bonnes qu’à faire les gros yeux et déclamer de travers des sentences pourtant fort peu lyriques. Quant aux gros dégueulasses à leur poursuite, ils sont encore pires. Malin, le vieux matou du bis cradingue s’assure que tout ce beau monde n’ait rien, ou si peu, à dire, faisant d’Anime Perse le WIP le plus direct trouvable sur le marché, complètement dégraissé de ces séquences souvent considérées comme obligatoires des filles qui se lient d’amitié, du plan pour une évasion réussie et des regrets quant à une vie passée forcément plus confortable. Bruno Mattei ne signe pas un film, il organise un sprint, comme s’il était pressé d’en arriver au clou du spectacle, une très méchante scène de découpage de seins et de langue, véritable chemin de croix pour une pauvre demoiselle qui aurait mieux fait de rester sagement assise à la cantine ce jour-là. The Jail file tellement vite que l’on n’a bien souvent même pas le temps de pointer du doigt à quel point il est cheap ou mal joué qu’il est déjà passé à la scène suivante, dans une frénésie telle qu’elle parvient à nous faire oublier que son auteur nous avait parfois sacrément emmerdé avec ses Rats de Manhattan ou son Robowar, certes cultes comme pas deux, mais aussi bien longuets par instants. Ce retour dans des goulags crasseux que l’on pensait condamnés nous confirme donc ce que l’on soupçonnait déjà après la vision des incroyables La Tombe, Cannibal World ou La Création : à la recherche d’un baroud d’honneur à même de clouer au sol une audience pourtant habituée à ses délires, Mattei, à l’époque souffreteux et bientôt décédé, animé par l’énergie du désespoir, se lançait dans la bataille avec l’intention de tout donner, et s’offrait une deuxième carrière supérieure à la première en bien des points.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Bruno Mattei
  • Scénario : Bruno Mattei, Antonio Tentori, Giovanni Paolucci
  • Production : Giovanni Paolucci
  • Pays : Italie, Philippines
  • Acteurs : Yvette Yzon, Jim Gaines, Dyane Craystan, Amelie Pontailler
  • Année : 2006

 

 

 

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