Le Cri des Ténèbres (Funeral Home)

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Si le Canadien William Fruet a passé une bonne partie des années 90 à secouer les plus petits avec la série Chair de Poule, il n’en essayait pas moins d’aussi faire frémir les poilus. Voir son rape and revenge Death Weekend (1976) pour s’en assurer. Mais plutôt que de se faire un billet facile en s’acharnant dans le sordide, Fruet opte en 1980 pour un retour aux fondamentaux avec Le Cri des Ténèbres (aka Funeral Home), sur lequel plane l’ombre d’un certain Alfred H.

 

Attention, gros gros spoilers inside !

 

On le jure sur notre bible dans laquelle on a dessiné des bites partout, on le promet sur un honneur que l’on n’a de toute façon pas et nous sommes même prêts à cracher dans le pampers du petit dernier pour prouver notre bonne foi : si Funeral Home (parfois appelé Cries in the Night, peut-être pour attirer dans ses filets un public plus littéraire) réplique à peine modernisée de Psychose, tombe dans notre crypte aux effluves putrides peu de temps après The Unseen, autre production tentant de piquer un cigarillo au vieux Hitchcock, c’est par pur hasard. On ne planifie jamais grand-chose dans cette caverne, d’autant que pour tout dire, on pensait s’enfiler un petit films de bourreaux psychopathes de base, quelque-part entre Motel Hell et La Nuit des Morts-Vivants puisque la jaquette du film, avec sa main nécrosée sortant de terre pour prendre appui sur sa pierre tombale laisse supposer la compagnie de quelques revenants traînards. Rien de tout cela dans le funérarium de Fruet, changé en maison d’hôtes perdue dans la broussaille par sa gérante Maude Chalmers (la très juste Kay Hawtrey, aussi de la partie dans Videodrome) depuis la mort de son si gentil époux. Pour l’aider à accueillir la clientèle de passage, cette forte femme reçoit le soutien de sa petite-fille Heather (Lesleh Donaldson, coutumière du genre puisqu’elle est aussi à l’affiche de Curtains et Happy Birthday To Me), jolie brune doutant de plus en plus du portrait flatteur que la Maude dresse de son défunt mari, les ragots des petits jeunes de la région prêtant au décédé un caractère tout sauf aimable. Il se dit même que le bonhomme ne serait pas mort et aurait en vérité filé en douce avec sa maîtresse. Déjà perturbée par ces drôles de nouvelle, Heather commence également à s’inquiéter de voir disparaître plusieurs clients de leur petite auberge, et surprend même son aïeule à discuter avec quelqu’un dans la cave à la nuit tombée…

 

 

Si The Unseen (mais aussi le très bon Silent Scream) avait réservé une chambre au Bates Motel et tentait à sa façon de retrouver le sel de ces films à suspense d’antan, où les old dark houses cachaient en leurs murs de sinistres rôdeurs et d’illégitimes enfants violents, Funeral Home, lui, renifle et enfile carrément les sous-vêtements du vieux Norman Bates avant d’aller parader devant la glace. Au point qu’il en ressemble à un négatif de Psychose, reprenant jusqu’à l’idée de la meurtrière schizo portant les habits d’un mort dont elle conserve la carcasse au sous-sol. Difficile pour Fruet de nier l’évidence de son inspiration, d’autant qu’il ne profite pas de l’avancée des mœurs en matière de cinoche de flippe pour pimenter la méthode Hitchcock. Ne pas trop se fier aux tentatives de cramponner Le Cri des Ténèbres au stalk and slash alors en pleine ascension, les rares homicides portés à l’écran concurrencent de pudeur et il n’y a guère que quelques plans volés d’une main tenant un objet contondant (ici ces énormes seringues utilisées pour vider un corps de ses fluides dans les funérariums) pour jouer le jeu de l’époque. Les sac à dégueulis peuvent donc rester au tiroir, tant ici on ne pratique pas l’avortement à la débroussailleuse et on ne fait pas de massage des lombaires au boulet de démolition. On pousse plutôt une voiture dans le vide ou on calme un pépé trop curieux à coups de pelle dans le nez, sans qu’il soit jamais nécessaire de lancer une lessive avant d’aller se coucher. Pas particulièrement fougueux notre Funeral Home, et pas porté sur l’excentrique non plus puisque la plupart des scènes et retournements de situations nous sont connus d’avance. On ne tombera en effet pas de notre chaise en découvrant la Maude porter la chemise à carreaux de son jules et imiter sa voix, alors qu’il est en train de pourrir dans la pièce d’à côté. Mais on ne se déplaît pas non plus, d’autant que même s’il abuse un peu de la pénombre et nous pousserait presque à porter des lunettes infra-rouge, Fruet signe d’efficaces séquences, comme celle voyant Heather se réveiller de nuit pour découvrir d’où proviennent d’étranges murmures, saisis au travers d’une grille posée au sol (tiens, encore un point de beauté en commun avec The Unseen), se relève et part enquêter, comme dans un bon vieux film gothique des sixties.

 

 

Le petit avantage qu’à Funeral Home sur son concurrent direct, globalement meilleur, c’est aussi les partitions de Jerry Fielding, compositeur respecté, passé sur Les Chiens de Paille et L’Evadé d’Alcatraz, ici signataire d’un score habile, dont les plages commencent généralement dans la quiétude pour s’enliser progressivement vers quelque-chose de plus sombre et grondant. Un score approprié au personnage de Maude, véritable attraction du film bien que suspecte trompant assez peu son monde – un spectateur avec un peu de bouteille aura très vite deviné ce qu’il en est de ses occupations nocturnes -, tout sourire la journée et femme de plus en plus ferme à l’approche de la nuitée. Ses victimes ? Ces clients ayant l’audace de poser leurs valises dans sa noble maison avec leur maîtresse sous le bras, et faisant de l’adultère, celui-là même dont elle a tant souffert, un véritable mode de vie. Alors on poignarde et on assomme l’inacceptable, avant de l’enterrer au cimetière local, désormais rempli d’époux indélicats et de leurs greluches, mal élevées au point de draguer l’homme à tout faire simplet de la maison pour mieux lui rire au nez. Fruet aurait voulu donner raison à sa maniaque qu’il ne s’y serait pas mieux pris. De quoi faire oublier que le Canadien a un train de retard sur la production horrifique, et démodé selon les standards de 1980, en 2021 Funeral Home profite d’un agréable fumet que seul l’âge peut apporter. Evidemment, encore faut-il avoir envie d’une grande bouffée de renfermé…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Fruet
  • Scénario : Ida Nelson
  • Production : William Fruet
  • Pays : Canada
  • Acteurs : Kay Hawtrey, Lesleh Donaldson, Barry Morse, Dean Garbett
  • Année : 1980

2 comments to Le Cri des Ténèbres (Funeral Home)

  • Pascal G  says:

    Vu cette nuit sur tes conseils (anticipant ta chro donc) et bien foutu. Bon j’aurais apprécié que tu ne citasses pas Psychose en me le vendant en mp, ça m’aurait permis de garder le suspens au moins 5 minutes de plus, mais même si on sent venir le machin quasi dès le départ, c’est suffisamment bien fait pour qu’on reste jusqu’au bout sans s’emmerder et sans jouer de la zapette même à 3h du mat. Et pourtant la copie dénichée était limite regardable. Donc c’était un bon conseil, merci 🙂

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