Shock’em Dead

Category: Films Comments: 5 comments

Vous le savez, le headbanging infernal fait quasiment office de discipline olympique dans la crypte toxique, tout comme le perçage de tympan d’un voisinage torturé à longueur de journée par les riffs tronçonneuse d’esthètes comme Cardiac Arrest, Decrepitaph et Pile of Excrements. Et quand on ne se déboîte pas la nuque en rythme, on mate des films plein de chevelus aux futes en cuir, applaudis par des groupies topless et finissant généralement par a) se faire tailler la nuque longue à la débroussailleuse, b) pactiser avec le Malin pour voir leurs ventes de skeuds s’envoler. C’est plutôt vers la seconde option que tend Shock’em Dead (1991), modeste Série B à laquelle on a rendu culte pour la participation de la petite coquine Traci Lords, alors au bout de toutes les lèvres. Et de tous les prépuces.

 

 

On ne va pas aller jusqu’à dire que c’est un peu de sa faute si Mark Freed n’a pas fait carrière, mais il n’empêche que si le gazier avait foutu le nez dehors avant d’écrire en trois semaines, et tourner en autant de temps, son Shock’em Dead, il se serait peut-être rendu compte que le petit monde du hair metal et du glam rock dans lequel il situe son affaire était en train de se prendre un vent contraire et donc de vivre ses dernières heures. C’en était pour ainsi dire terminé du règne de ces guitar heroes mieux toilettés que le berger écossais de la Reine Elisabeth II. Les moumoutes partaient à la déchetterie, les fringues fluos retrouvaient les placards et la jeunesse portée sur les arts alternatifs adoptait la chemise à carreau, le menton mal rasé, les cheveux gras et la dégaine de grand déprimé qui vient à peine de se réveiller dans son propre dégueulis. Mötley Crüe, Poison et autres grands débauchés, dont la vie se résumait au sniffage de kilomètres de coke sur les nibards des gamines du premier rang, étaient bon pour l’hospice, délogés par ces Nirvana et autres apôtres du spleen adolescent et de l’alcool mauvais. Evidemment, en arrivant pile quand la fête se termine, Freed est à peine bon pour passer un coup de balai et ramasser les cadavres. Heureusement d’ailleurs que la Linda Blair, experte en insertion de crucifix dans la sacristie, qu’il voulait d’abord embaucher fut remplacée par Traci Lords, celle par qui le scandale arriva lorsque la coquine mentit sur son âge et se perdit en galipettes interdites au rayon X. Rapidement devenue une Scream Queen, la miss était l’assurance de voir se mettre en file tous les pervers du globe, dont les couilles s’étaient bleutées depuis le retrait des étals de ses culbutes les plus hardcore, désormais pressés de louer Shock’em Dead. On ne peut pas toujours tabler sur la fidélité des fans de rock, surtout s’ils sont jeunes, leurs goûts étant trop variables et changeants pour être attrapés au vol. On peut par contre toujours miser sur la venue, bite en main, des pornocrates du quartier si l’on a quelques mignonnes à leur proposer. Les fans les plus ardents de la Traci en seront cependant pour leur frais : contractuellement, la mamzelle ne dévoilait même plus un téton, et pour justifier un tour de grand huit dans la machine à laver pour vos calbutes, il vous sera nécessaire de vous tourner sur le reste du casting féminin, autrement moins pudique. Il faut d’ailleurs bien toute une armée de mamelons rosis pour nous faire oublier que niveau horreur, le B-Movie de Mark Freed vaut keutchi.

 

 

Ca commence en tout cas comme bon nombre de petits budgets des 80’s, preuve que notre heavy movie du jour a décidément loupé son wagon et reste à quai avec sa dégaine de bichon maltais alors que le reste des troupes est déjà passée à autre-chose. Nous voilà donc collés à Martin (Stephen Quadros), nerd de base avec son rire de porcin et ses culs de bouteilles qui lui servent de lunettes, dont le rêve est de devenir la plus grande rock star que le monde ait jamais connu, un charmeur de serpent dont les doigts de fée, une fois posés sur une six-cordes, feraient s’entrelacer les plus belles filles du pays autour de ses jambes. Problème : en plus d’être un peu con, Martin a autant de talent que les mecs de Pleymo. Autant dire que ça ne pèse pas bien lourd lorsqu’il va auditionner au poste de guitariste pour le groupe Spastique Colon, mené par un efféminé chanteur persuadé d’être sorti de la cuisse de Vénus. Incapable de tenir une note sans la faire ressembler au gargouillement d’un lave-vaisselle à l’agonie – hé, Martin a ptet un avenir dans le grindcore – le bigleux se fait méchamment rembarrer, puis encore humilier sur son lieu de travail, une pizzeria qu’il avait quittée pour tenter sa chance et entrer dans le music business. Autant dire que son patron, le vétéran Aldo Ray, depuis quelques années déjà abonné au low budget et dont c’est ici le dernier film, le corrige sans retenue et l’invite à aller déboucher les chiottes avec une paille ( !!!). Ca ne va d’ailleurs pas mieux de retour dans la minable caravane que loue Martin, et où il semble faire la collection de canettes vides et de boîtes de margaritas, car puisqu’il est incapable de payer son loyer, le gros crado à marcel lui servant de bailleur menace de le foutre à la rue. Désespéré, ne reste plus à l’infortuné qu’à se tourner vers Voodoo Woman (au moins c’est clair), afro-américaine parlant à peine l’anglais, à la gueule peinturlurée, portant des guenilles de toutes les couleurs et ayant reconstitué une petite jungle dans son cabinet vaudou. En 2021 la pauvre se ferait défoncer la gueule sur Twitter, mais en 1991 elle a l’avantage d’être agent de liaison pour Satan, auprès duquel elle envoie Martin, qui se voit offrir tous ses souhaits les plus chers. Soit devenir un zicos ne connaissant pas d’égal, vivant dans une luxueuse maison (avec tronches d’animaux empaillés au mur, matelas à eau et crânes en plastoc postés dans les coins) en colocation avec trois dévergondées bimbos, jamais contraires au lâcher de nichons. Désormais capable de pondre des solos ultra-technique – et ultra-moches aussi, mais votre serviteur avoue n’avoir jamais aimé les Yngwie Malmsteem et autres branleurs de manches, alors… – et renommé Ange Martin, nom allant de pair avec la crinière d’un autre monde qu’il se traîne désormais, le virtuose est bien sûr accepté au sein des Spastique Colon, dont il vire le chanteur maniéré d’un croche-pied en plein concert, et dont il ferait bien de leur manager Lindsay (Traci Lords) sa petite-copine.

 

 

Sauf que pour un mec soi-disant très en phase avec les musiques énervées, Martin semble ignorer que le diable (ici un metalhead avec une double guitare et des putes démoniaques accrochées à ses genoux) ne fait jamais rien gratis, et qu’il faut généralement laisser un peu de son âme pour qu’il vous refile ne serait-ce qu’une cuillerée de couscous. Martin découvre le pots au roses en regardant le reflet de ses concubines de peu de vertu dans un miroir, désormais brûlées ou difformes, Satan leur ayant offert la beauté à condition que la glace continue de les révéler telles qu’elles sont vraiment. Martin s’en tire encore plus mal : il est désormais privé de nourriture, son estomac ne pouvant digérer que les âmes des personnes qu’il poignardera. La belle excuse pour se débarrasser de quelques gêneurs et se venger des emmerdeurs des temps passés. Si Shock’em Dead séduit d’abord de par son caractère cheesy, avec tout ce que cela implique de surjeu et de nudité gratuite, il perd aussi très vite de son énergie et mute en un épisode de sitcom étiré, où l’on se séduit, se jalouse et se dispute entre deux claquements de portes. Les Filles d’à Côté ne sont pas toujours très loin, sans Gérard et ses serviettes, mais avec un trio de filles légères constamment à oilpé et trucidant agents du FBI trop curieux ou groupies venues profiter de leur jacuzzi. Vite répétitif, et quasiment exsangue, comme si Freed n’avait pas envie de faire un film d’horreur ; à part des yeux lumineux, une gelée verdâtre qui sort de la bouche de Martin (et qu’il vomit parfois sur le décolleté d’une fan. La classe) et le retour à leur conditions d’êtres difformes des filles, rien de spécial à se caler sous la molaire à ce niveau. Du coup nous voilà bons pour un triangle amoureux liant la star, sa manager ne sachant trop si elle doit succomber à ses lourdes avances et Greg, le petit copain sympa de celle-ci doutant de plus en plus de la bonne foi de son nouveau chanteur. Ca se regarde, et le défilé de gourgandines en petite tenue fait que le mâle alpha gardera l’oeil ouvert (le spectacle sera plus difficile pour qui n’est pas porté sur la chose, force est de l’admettre). Et Freed, s’il le pouvait, nous dirait sans doute qu’il y a un sens caché à Shock’em Dead, une critique voilée de ces fortunés à qui rien ne manque mais trouvant toujours de nouvelles choses à convoiter, de nouvelles minettes à faire rentrer dans leurs rangs jamais assez larges pour leurs égos surdimensionnés. On lui répondrait que tout cela est bien joli mais qu’à l’écran il ne se passe pas grand-chose, et que du coup on se fout un peu de ce que son film raconte. Dommage pour Stephen Quadros, acteur plus capable qu’il en a l’air, et rockeur véritable puisqu’il tenta de devenir le batteur de KISS. Encore un peu et le bonhomme vivait pour de vrai la fiesta sans fin de son propre personnage…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mark Freed
  • Scénario : Dave Tedder, Mark Freed, Andrew Cross
  • Production : Eric Louzil
  • Pays : USA
  • Acteurs : Stephen Quadros, Traci Lords, Karen Russell, Tim Moffett
  • Année : 1991

5 comments to Shock’em Dead

  • Denis  says:

    Merci pour cette crise de rire, Mordor.
    Quelle plume, quelle classe, un grand plaisir.
    Par contre tu est dur avec Pleymo et le père Malmsteen,(maltraitance envers personne âgée?).

  • Roggy  says:

    Pas certain que le film me plaise (j’ai pas la chevelure adaptée) mais chro vraiment très sympa à lire notamment l’intro. Et cette guitare quoi !

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>