Les Orgies Macabres

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Ah, Paul Naschy… Dans les seventies, il était pour ainsi dire impossible de trimballer ses guêtres dans une crypte sans tomber à un moment ou un autre sur la truffe de l’Espagnol, toujours dans les bons coups bis. On ne s’étonnera donc pas outre mesure de le retrouver accoudé à une pierre tombale dans le séduisant Les Orgies Macabres (1973, alias Orgy of the Dead, alias The Hanging Woman, alias La orgía de los muertos), mais on se laissera surprendre par son statut de petit rôle, le costaud étant à la même époque fort occupé par un autre tournage et ne pouvant donc pas faire acte de présence bien longtemps au bout de cette corde tressée par José Luis Merino. Pas grave, avec ou sans le loulou préféré des bissophages, la fête funéraire reste mieux que belle.

 

 

Merino, décédé en 2019 dans une relative indifférence, n’a jamais été perçu comme un poids lourd du fantastique, éclipsé qu’il était aux yeux des épris de l’horreur par des Léon Klimovsky ou des Carlos Aured plus volontaires que lui lorsqu’il s’agissait d’empourprer les vieux manoirs et les prés les entourant. Plus un faiseur de cinéma populaire, avec tout ce que cela sous-entend de westerns et d’adaptations de Zorro, que de paniques, le réalisateur ne s’aventura sur les terres que l’on chérit qu’au travers du Monstre du Château (1970) et du présent Les Orgies Macabres, titres méconnus mais que les connaisseurs regardent avec une tendresse bien compréhensible. Comment pourrait-il en être autrement concernant ces partouzes funèbres promises, certes à des années lumières du pornographique tire-zézétte entre ectoplasmes sous-entendu par le titre du film, mais n’en dépassant pas moins d’une tête fière la majorité des troupes castillanes ? Difficile effectivement de ne pas succomber à une entrée en la matière compilant sans honte tout ce que les années 60 avaient de meilleur en matière de lugubre, au point que l’on songe à la superbe introduction du non moins superbe Opération Peur de Mario Bava. Peut-être une inspiration venue de la coproduction avec l’Italie. Le récit débute en tout cas dans le deuil, le comte Chekov, réputé pour ses mauvaises humeur et sa cruauté, rejoignant tout juste son mausolée alors que le regrettent sa jeune épouse Nadia (sublime Maria Pia Conte, qui croise le fer avec Pam Grier dans le guerrier The Arena), son ami le professeur Leon Droila (Gérard Tichy, Le Manoir de la Terreur) et la fille de celui-ci, la jeune Doris (Dyanik Zurakowska, la même année conviée à une autre partouze d’épouvante, celle de The Vampire Night Orgy). Mais plutôt que de suivre le noir cortège, la propre fille du comte profite de l’éloignement des éplorés pour se faufiler jusqu’à la tombe de son père, qu’elle soulève pour récupérer un papier caché dans la veste du mort. A peine a-t-elle pu jeter un bref coup d’oeil à ces secrètes écritures qu’une ombre fond sur elle. En retard pour l’enterrement de son oncle, et convié pour régler quelques menues questions d’héritage, le blanc-bec Serge (Stelvio Rosi, plus tard reconnu comme producteur, notamment d’Anaconda), bellâtre aux faux airs de Chuck Norris quand celui-ci était encore jeune et frais, traverse les chemins terreux bordant le cimetière non sans s’être laissé entendre dire que les lieux devenaient dangereux à la nuit tombée, et finit par s’en convaincre lorsque la grille de la plaine aux morts grince à son approche. Sur ses gardes, le moustachu sort son soufflant, menace qui pourrait lui en vouloir, trottine vaguement dans ce champ du repos attaqué par la mousse olive et un lierre étranglant les sépultures, puis bute sur le corps pendu de la fille du comte… Un crime qui profite en premier lieu à ce Serge choqué, désormais l’unique héritier de la fortune de son oncle.

 

 

Qu’on se le dise, si le scénario ne manque jamais d’empiler les mystères et de jouer sur un suspense tout policier, et va même chasser dans les bois d’Agatha Christie en estourbissant peu à peu le casting jusqu’à ce qu’il ne reste de cette foule de suspects tous intéressés par le magot que l’affreux coupable, l’intérêt de The Hanging Woman se trouve surtout dans le plaisir pris par Merino à amasser les clichés sinistres. D’ailleurs, si un point faible devait être pointé, ce serait justement cette trop forte allégeance à un mystère pourtant de pacotille, car décelable assez rapidement et ne faisant jamais office d’attraction principale. Pire : les questionnements d’un Serge perdant pied, ses tentatives de tirer les vers du nez des femmes des alentours en se laissant tirer dans leur lit (jamais désagréable de se coucher aux côtés de Maria Pia Conte) et ses investigations, parfois croisées avec celle d’un inspecteur comme de juste à côté de la plaque, forment le ventre mou d’une bisserie qui aurait gagnée à perdre une dizaine de minutes. Le milieu trébuche un peu pour tout dire, car perdant de la générosité visuelle d’un départ et d’une arrivée le prenant dans un puissant étau. Pas facile, il est vrai, de faire suite à ces incroyables prémices au parfum de rosée du matin et de dimanche d’octobre, avec sa campagne austère, ses villages de pierre où se cloîtrent chez eux vieillards acariâtres et leurs épouses inquiètes, que l’on devine derrière des rideaux pas tout à fait tirés. Et où l’on se méfie d’Igor (Naschy, bien sûr), antipathique fossoyeur, puceux de surcroît et fin connaisseur des galeries terreuses creusées sous le cimetière, où il dépose les cadavres tout juste exhumés de ceux qu’il avait enterrés quelques heures auparavant. Pathétique, ce nécrophile rat des charniers se perd en pleurs, cherchant l’étreinte auprès de morts auxquels il demande pardon avant de caresser les ossements ou la peau bleutée et suturée de partout, résultat des autopsies faites par les légistes locaux dans les morgues desquels Merino se faufile. Il se glissera aussi dans la fente de tissus nécrosés que crée un bistouri au milieu du torse de la jeune pendue, comme si le réalisateur, avec ce gros plan boucher, voulait nous faire plonger dans l’enfer de l’anatomie la plus putride.

 

 

Plus loin, et après la petite baisse de régime déjà soulignée, les bourgeoises organisent des soirées spiritisme où elle se font serrer la glotte par les spectres, les morts se redressent et déambulent l’air hagard dans les tunnels de leur nécropole, les savants pas si fous étalent leurs incroyables sciences, les passages secrets se dévoilent dans un creux de cheminée, une tête décapitée rebondit sur le parquet, la flamme purifie les âmes en peine et les corbillards révèlent leurs horribles cargaisons. Toutes les cases du gothique moderne et un peu gore se retrouvent cochées, et ne se plaindront que les plus dévoués à la cause Naschy, ici une pièce rapportée plutôt que la principale, dont l’absence n’aurait finalement eu que peu d’impact sur un scénario déjà fort peuplé. Mais on peut parier gros que l’intéressé était ravi comme un gosse à Noël d’ajouter une nouvelle figure d’épouvante à son C.V., les déterreurs de cadavres manquant alors encore à son registre, même si l’on peut noter quelques similitudes avec son rôle dans Le Bossu de la Morgue. Une bonne chose de faite pour l’acteur, et un bon film tout court pour tous les autres, le fantasticophile de bon goût ne pouvant que se perdre dans ces Orgies Macabres, bandantes façon inattendue.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : José Luis Merino
  • Scénario : Enrico Colombo, José Luis Merino
  • Production : Ramona Plana
  • Titre Original : La orgía de los muertos
  • Pays : Espagne, Italie
  • Acteurs : Stelvio Rosi, Maria Pia Conte, Dyanik Zurakowska, Paul Naschy
  • Année : 1973

2 comments to Les Orgies Macabres

  • Don  says:

    Je ne connaissais pas l’existence de film qui a l’air fort sympathique. Je me le note à visionner bien vite. Merci Herr Mordo pour la découverte. Que les cieux les plus malveillants t’octroient leur gratitude impie

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