The Gate 2 : Tresspassers

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Tibor Takacs n’est pas du genre à refermer la porte derrière-lui, et à peine le trou menant aux enfers de The Gate (1987) rebouché qu’il songe déjà à le rouvrir. Tourné peu de temps après le premier volet mais rendu disponible au début des années 90, The Gate II : Tresspassers joue donc les prolongations et renvoie le nerd fan de heavy metal Terry dans les griffes du démon.

 

 

A bien y repenser, le plus impressionnant dans The Gate premier du nom était sans doute sa capacité à libérer toute une clique de minuscules diablotins sans jamais donner l’impression de chasser sur les terres du Gremlins de Joe Dante. Takacs, à la faveur d’une stop-motion du tonnerre et d’une noirceur tranchant sacrément avec l’atmosphère de scary movie pour mouflets qu’apportait la présence d’un tout jeune Stephen Dorff, évitait avec habilité d’avoir à s’asseoir sur le banc des remplaçants avec les Critters et autres Hobgoblins. Il n’en est que plus surprenant de le voir s’y installer finalement via Tresspassers, dans lequel un unique Minion – soit l’un de ces petits démons aux yeux globuleux déjà visibles dans le premier volet – fera le show durant une majeure partie de cette infernale récréation, faisant dès lors tomber le film dans le panier du sous-genre « petits mais costauds », la créature griffant, mordant et mettant le souk comme dans les trois-quarts des pelloches du même tabac. Sans doute faut-il y voir le résultat de restrictions budgétaires ne permettant pas tout à fait de réveiller les hordes maléfiques dans leur entièreté… Heureusement, le cinéaste hongrois, auquel on doit aussi Lectures Diaboliques, sait compenser par une belle sinistrose, déjà décelée dans le premier The Gate au détour de la mort du chien de la famille ou du personnage de Terry, weirdo du quartier regardé de travers par tous et toutes, mais en vérité un pauvre gosse ne se remettant pas de la perte de sa mère. C’est lui que l’on suivra dans cette séquelle, son interprète Louis Tripp rempilant dans le rôle du rouquin toujours malheureux, et s’inquiétant des tendances suicidaires de son père, veuf sans emploi et passant ses journées affalé dans son canapé à se bourrer la gueule. Désespéré, Terrence estime qu’il est peut-être temps de mettre à profit son goût pour l’occultisme, et qu’après tout s’il avait dû affronter plusieurs monstres sortis de terre par le passé, c’était parce qu’il n’avait pas su user des bonnes incantations. Cette fois, promis juré, ça ira et le désormais jeune ado saura maîtriser les ténèbres et les commander à son avantage, un vieux grimoire lui ayant appris qu’il était tout à fait possible de se faire exaucer plusieurs vœux à condition de pratiquer les bons rituels.

 

 

Mais parce qu’il faut bien que film se fasse, Terry est stoppé dans son élan par les turbulents John (James Villemaire du rital Killing Birds), Moe (Simon Reynolds, Saw 4) et la mimie Liz (Pamela Adlon, The King of Staten Island), zonards ravis de se mêler de ses affaires lorsqu’ils comprennent qu’il y a possibilité de tirer profit d’un possible pacte infernal. Mais peu préparé à la venue d’un minion, John dégaine immédiatement son arme et fourre la bestiole au plomb, brisant le rituel de Terry, qui n’en repart pas les mains vides pour autant puisqu’il récupère la dépouille du lutin, qu’il place dans une jarre de formol. Ca fera joli entre deux posters de Mötley Crüe. Shout at the devil, Terrence le fera plus ou moins, ou en tout cas tentera-t-il de s’offrir ses services, usant du cadavre maudit pour que son père retrouve un emploi et le goût de l’eau. Et ça marche, le patriarche redevenant un pilote d’avion. Curieuse, et un peu attirée par un Terry chez lequel elle aime la spiritualité, Liz s’invite chez le nerd et souhaite voiture et vêtements de luxe, embarquant son nouvel ami pour une virée nocturne. Pas du goût de John, petit copain officiel de la Liz, jaloux de surcroît et qui s’en va donc piquer le petit démon pour voir ses souhaits se réaliser. Problème : après quelques heures, leurs effets s’estompent, la bagnole demandée par Liz devenant par exemple un tas de merde avec des roues tandis que le père de Terry tombe dans le coma après le crash de son coucou. Pire encore : il semblerait qu’en ayant voulu devenir le roi du monde, John ait autorisé l’incube à se réincarner en lui, et l’instant où le portail menant au Tartare se rapproche dangereusement.

 

 

Pas loin d’être un profond puits à bonnes idées, The Gate premier prenait la forme d’un cirque pandémoniaque, où la fin de chaque clownerie macabre signait le début de la suivante dans un ballet ininterrompu de monstruosités se désagrégeant en asticots et où zombies et possédés sortaient des murs. En recentrant ses efforts sur les fuites répétées de son minion pas mignon ou sur la transformation en crottes de chien des effets et liasses de billets quémandés par les ados, Tresspassers fait descendre le niveau de quelques échelons et ne peut de toute évidence plus prétendre au même statut de film-spectacle. Ce n’est d’ailleurs que tardivement que le Tibor se souvient que bon nombre de ses clients furent légitimement impressionnés par la conclusion de The Gate, dans laquelle un garçonnet faisait face à un gigantesque titan sorti de la géhenne, alors que des yeux lui poussaient dans les mains. Il ne faudrait donc pas chagriner ces quelques fidèles, et ne surtout pas oublier de finir en beauté avec un dernier numéro épique. Pas de bol, celui-ci peine à retrouver le charme du précédent. Transformés en gloumoutes, John (devenu un beau démon en stop-motion) et Moe (garni d’un maquillage bien foutu sur le plan technique, mais inintéressant sur le strict plan visuel) tirent donc Liz et Terry jusqu’au portail dont sortiront bientôt les armées du feu éternel, et une bataille s’engage entre les bons et les méchants, Terry devant en outre lutter contre ses démons intérieurs en plus de ceux, bien physiques, qu’il a en face de lui. C’est d’ailleurs là le plus intéressant, ainsi que le make-up le plus marquant du film : ce Terrence au faciès difforme, prêt à poignarder Liz mais retenu dans sa folie par le soupçon d’humanité qu’il lui reste.

 

 

Si The Gate II tient bon et reste une solide Série B, c’est d’ailleurs grâce à son premier rôle. Remplacez Terry par le gringalet jadis joué par Dorff et tout s’effondre, et le désir de revenir à la saga ne tient qu’à celui de retrouver Louis Tripp, pas tout à fait un acteur hors-norme (surtout lorsqu’il doit se pencher sur la post-synchro, catastrophique ici) mais titulaire d’un rôle attachant déjà dans l’original. Difficile de ne pas vouloir le bien de ce p’tit gars, sur lequel le sort s’acharne puisqu’il est malmené du début à la fin, trahit par son savoir occulte, frappé à plusieurs reprises par John et forcé de voir sa famille s’enfoncer encore un peu plus dans la misère. Bonjour la déprime, mais c’est justement là tout le sel de la franchise, capable de divertir en dégainant sa belle plasticine tout en nous mettant la tête dans le cercueil pour qu’on y chiale un grand coup. A ce petit jeu, Takacs fait encore très fort, car en plus des malheurs de Terry, on apprend que le père de Liz a succombé à un cancer, que celui de John est plus ou moins un sale type et que Moe pourrait fort bien mourir dans les mois qui viennent d’un problème cardiaque. The Gate II ne semble donc pas là pour faire de cadeaux et nous prépare à une apocalypse de larmes et d’espoirs brisés (ou changés en fiente, pour rester dans l’univers). Alors pourquoi se reposer sur un happy end parmi les plus forcés qu’il nous ait été donné d’observer, digne du gag de Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black voyant tous les trucidés réapparaître comme par miracle, sans une bosse ou un trou dans le veston ? Une impardonnable faute de goût qui empêche définitivement ce second chapitre de s’élever au niveau de son aîné, même si force est de constater que l’on ne s’y est pas déplu non plus. Mais de là à regretter l’inexistence d’une troisième louchée…

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Tibor Takács
  • Scénario : Michael Nankin
  • Production : Andras Hamori
  • Pays : USA
  • Acteurs : Louis Tripp, Pamela Adlon, James Villemaire, Simon Reynolds
  • Année : 1990

2 comments to The Gate 2 : Tresspassers

  • Roggy  says:

    J’aime beaucoup les deux films, en particulier pour les petites créatures en Stop-motion.

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