Benny t’aime très fort

Category: Films Comments: 4 comments

La bonne nouvelle venue avec le Covid pour les réalisateurs indépendants, c’est que depuis que le géant Hollywood laisse refroidir ses machines par peur de les faire tourner pour rien, les chaînes télévisées s’en remettent à leurs bons services pour livrer du divertissement tout neuf et pas cher à leurs abonnés. Dernièrement, c’est le britannique Karl Holt qui a décroché la timbale avec son Benny Loves You (traduit en Benny t’aime très fort chez nous), oeuvrette de 2019 venue tenter de déloger Chucky la balafre de son trône de plastoc.

 

 

Il est finalement logique de voir le genre horrifique vicier encore et encore les poupées et marionnettes à destination des plus petits, tant les grands que nous sommes n’ont jamais su vraiment couper le cordon avec leurs figurines articulées. Et ces mêmes poilus et poilues ne se retiennent jamais bien longtemps de laisser un peu de caillasse sur un comptoir si c’est pour repartir avec un nouveau produit dérivé aux couleurs de Killer Klown from Outer Space ou Predator. Conscient de l’attachement que gardent les fans du genre à l’enfance, Karl Holt, homme-orchestre enfilant les casquettes de réalisateur, scénariste, monteur, directeur de la photo et même premier rôle masculin, fait donc de ce Jack qu’il incarnera un adulescent entouré de posters de films des années 80, de vieux joujous et de consoles avec lesquelles il pourra oublier tous ses problèmes. Et il en a. Le mauvais sort le frappe tout d’abord lorsque ses parents se tuent accidentellement alors qu’ils organisaient la fête de son 35ème anniversaire – papa se prenant un bibelot bien lourd sur le coin du crâne alors que maman part s’empaler la face sur des cure-dents -, puis le suit jusque sur son lieu de travail, où Jack se trouve rabaissé par un collègue aux dents longues et un patron pas contraire à lui annoncer un petit licenciement des familles. Rien ne va en somme, et comme pour se donner un bon coup de pied au cul, l’Anglais, dessinateur de produits pour marmots, décide de se débarrasser de tout son attirail de grand gamin, y compris de son doudou de toujours, le charmant Benny. Sauf que comme dans les Toy Story de Pixar, quand une poupée se trouve abandonnée et jetée par la porte d’entrée, elle rentre par la fenêtre, Benny comptant bien rappeler à quel point il est indispensable à son Jack en le délestant des fâcheux peuplant sa vie. A coup de couteau dans la glotte, évidemment. Horrifié des actes de sa peluche, et certainement pas ravi d’avoir à faire le ménage derrière elle, Jack pique un stress supplémentaire lorsqu’il se rend compte que Benny risque de se laisser aller à une meurtrière crise de jalousie en découvrant qu’il se rapproche de sa jolie collègue Dawn.

 

 

Le malheur pour Karl Holt c’est que tout solide soit son Benny Loves You, dont la patine cheap est largement compensée par une réelle envie de bien faire et des CGI très corrects pour un petit machin voué à finir encastré entre deux téléfilms, il n’en semble pas moins sortir du même emballage que ses petits copains. D’ailleurs, même si quelques dialogues et des affiches parodiant les grands inexorables du fantastique 80’s (toujours les mêmes d’ailleurs : Retour vers le Futur, Gremlins, Les Goonies, il serait tout de même bon un jour pour la nouvelle garde de revoir ses influences…) tendent à prouver que Holt veut se situer dans le sillage du fun and fears d’antan, sa comédie saignante se fait surtout croisement entre Puppet Master : The Littlest Reich et Bad Milo. Du premier on redécouvre ce goût pour le gore à l’ancienne, Benny, bien que souvent généré par ordinateur, tripotant des entrailles pour la plupart faites en latex, et jonglant avec des caboches décapitées tout ce qu’il y a de moins numériques. Et au second semble empruntée sa trame narrative, au point que l’on pourrait voir en Jack et Benny des versions européennes de Ken Marino et du petit Milo sorti de son anus pour effacer de son existence toutes les sources de son intolérable stress. D’ailleurs, comme dans le trop méconnu film de Jacob Vaughan, l’avorton vivait mal la romance nouvelle vécue par son protégé, et tentait donc de la précipiter six pieds sous terre. A ce stade, difficile de seulement parler de similitudes, le terme jumelage devient plus approprié.

 

 

Un sentiment de redite s’en fait fatalement ressentir, et qui a déjà plongé ses petites mimines dans le coffre à jouets de l’épouvante prévoira aisément chaque coup à l’avance, jusqu’à deviner la fin de la relation tumultueuse entre Jack et son doux Benny. Holt a dans tous les cas tranché et sacrifie l’originalité sur l’autel de l’efficacité, laissant de côté une poignée d’ébauches de bonnes idées (le fait que seule un jouet semble pouvoir tuer Benny, ce qui ne serait pas si illogique que cela) et ne s’embarrassant d’aucun justification sur la naissance soudaine des peluchés pour mieux foncer dans le tas et accumuler quelques poncifs (les flics anglais, éternels pieds nickelés du septième art) mais aussi autant de rires et de phalanges coupées que faire se peut. A ce stade, peu de chances que quiconque en vienne à remplir un cahier de doléances, ni même une feuille de plainte : le contraste entre le mignon Benny criant sur tous les toits qu’il adore tout le monde et ses actes barbares, bien qu’encore une fois tout sauf neuf (remember un certain extra-terrestre chevelu clamant qu’il venait en paix avant de balancer des disques tranchants à la gueule du bon peuple), fonctionne mieux que bien et pousse, si ce n’est à l’hilarité, au sourire fréquent. Ne soyons donc pas trop durs avec le cinéaste, dont Benny Loves You est le premier essai longue durée après seulement un court-métrage, après tout on dit toujours qu’avant de renouveler un art il faut en maîtriser les bases. C’est désormais chose faite, et Karl Holt peut maintenant s’envoler vers des terres moins cultivées.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Karl Holt
  • Scénario : Karl Holt
  • Production : Karl Holt
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Karl Holt, Claire Cartwright, George Collie, James Parson
  • Année : 2019

4 comments to Benny t’aime très fort

  • Pascal G.  says:

    Bien fendard ce Toy Gory. Ne révolutionne rien mais c’est fait avec amour et on ne s’emmerde pas une seconde. Benny loves you et we love Benny 😉

  • Roggy  says:

    Comme vous, j’ai bien aimé ce tout petit film qui évite les écueils du ridicule grâce à sa bonne humeur et pas mal d’ingéniosité, malgré son manque de budget et de technique pour un premier long. Franchement, je ne sais pas si on a fait mieux en France depuis très longtemps
    avec 100 fois plus de budget…

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