Le Créateur de Monstres

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Le monde du cinéma horrifique est surpeuplé de monstres en tout genre mais il faut croire que cela ne suffit pas encore aux yeux de certains. Prenons le Dr. Markoff par exemple, qui en crée de nouveaux pour s’enrichir… Et ajouter un bien piètre film à des années 40 déjà peu généreuses en bonnes séries B horrifiques…

 

Certaines décennies ont été moins bien pourvues que d’autres en matière de cinéma fantastique, c’est un fait. On cite toujours les années 90 en exemple, à raison puisque les grands films du genre sortis à l’époque se comptent sur les doigts d’une main. Mais les années 40 n’étaient pas bien meilleures… Il y a de bonnes choses à déterrer, à sortir de cet âge, comme Le Loup-Garou ou La Féline, ce qui montre que le poil avait la cote, mais dans l’ensemble, le public avait surtout des crossovers à se mettre sous la dent. C’est que les figures emblématiques du genre ont toute été créées dans les glorieuses années 30 et que les studios ne peuvent que les ressortir du tiroir pour leur faire vivre de nouvelles aventures qui, dans la plupart des cas, n’apportaient pas grand-chose à leurs mythologies. Logique dès lors que la Universal décide de les faire se foutre sur la gueule entre eux, enchaînant les Frankenstein Meet the Wolfman, ou autres House of Frankenstein, une maison dans laquelle s’invitent l’homme-loup et Dracula qui, poli, leur fera visiter en retour sa propre demeure dans House of Dracula. Des divertissements amusants, mais certainement pas des chefs-d’œuvre. Reste que ces rencontres au sommet éclipsent un peu les films plus modestes, comme Le Créateur de Monstres. Mais dans ce cas, c’est presque normal, voire justifié, le film de Sam Newfield (The Mad Monster) n’étant guère passionnant.

 

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Il faut croire que tout a été inventé en matière d’horreur dans les années 30 tant les réalisateurs de la décennie suivante peinaient à créer de nouveaux concepts. C’est que les modes des petits hommes verts et des monstres géants n’étaient pas encore prêtes, relançant l’intérêt pour le fantastique et la science-fiction dans les années 50. Du coup, on pioche un peu partout, dans les films plus anciens surtout, des valeurs sûres. Après tout, les gens n’avaient pas l’occasion de revoir des vieux films puisque les VHS et DVD n’existaient même pas dans les rêves les plus fous des plus savants des hommes. Difficile d’avoir une véritable connaissance des films plus anciens si l’on ne les avait pas vus à l’époque, donc… Newfield et ses scénaristes peuvent donc aller piocher dans des valeurs sûres, personne ne le remarquera. C’est les films du pauvre Bela Lugosi qui vont ici être pillés, et deux en particulier: Le Corbeau (version 1935) et Double Assassinats dans la Rue Morgue. Preuve en est l’histoire, celle du Dr. Markoff, un savant (fou, forcément) qui tombe éperdument amoureux d’une jeune fille assise non loin de lui à l’opéra. La raison de cet amour soudain ? Elle ressemble à son ex-femme. Le bon médecin devient dès lors un peu envahissant et met mal à l’aise la jeune fille, qui envoie son père régler le problème. Jusque-là, c’est du Corbeau pur jus, si ce n’est que Lugosi avait sauvé la vie de la fille qu’il aimait, lui. Reste que Markoff n’aime pas trop qu’on se mette en travers de son chemin et le fait savoir en assommant le père Lawrence, un grand pianiste, d’un coup de marteau avant de lui injecter un mystérieux produit.

 

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Car Markoff est un chercheur qui n’hésite pas à tester les maladies qu’il met au point sur des êtres humains. Et tant qu’à faire, autant que ce soit sur ceux qui le gênent ! L’injection qu’il a faite au musicien révèle d’ailleurs très vite ses effets, à savoir modifier les os de la victime, le transformant en un monstre difforme. Si Lawrence veut retrouver son apparence normale, il devra lui donner une fortune et la main de sa fille. Savant fou, oui, mais pas bête et bien conscient du chantage qu’il peut tirer de la situation. Malheureusement pour lui, il a une assistante qui n’apprécie guère les agissements de son patron qui décide donc de se débarrasser d’elle en lui envoyant son gorille dans les pattes. Car oui, Markoff a un gorille, la bestiole étant assez populaire à l’époque, ce qui permet une fois de plus de faire de l’acteur J. Carrol Naish un clone de Béla Lugosi. Après tout, lui aussi est un habitué de l’horreur, que l’on retrouvera notamment dans House of Frankenstein ou, bien plus tard, dans Dracula vs Frankenstein, son dernier film. Mais la comparaison s’arrête là, l’américain n’ayant ni la classe ni le magnétisme du vampirique hongrois. Il semble même s’emmerder, comme le reste des comédiens qui récitent leurs dialogues sans passion, parce qu’il le faut bien si on veut avoir son chèque à la fin du mois… Il faut dire qu’il n’y a pas de quoi rire dans Le Créateur de Monstres, une petite série B sans ambition et sans charme…

 

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Car il ne se passe pas grand-chose dans ce Monster Maker, l’horreur étant réduite à deux pauvres scènes. Celle du singe, tout d’abord, qui ne nous mène pas bien loin puisque le gros macaque ne fera absolument rien à sa potentielle victime, repoussé par un chien avant de commettre le moindre délit. Et puis celle où Lawrence découvre son visage boursouflé, déformé par la concoction de Markoff. Un monstre à cœur humain qui se retournera d’ailleurs contre son cruel géniteur, histoire de renvoyer également à Frankenstein, également cité dans le film. Mais ici sans tension, sans dramaturgie, sans finesse. Les personnages ne sont jamais attachants, ne consistant qu’en de simples ombres d’archétypes, et nous nous foutons dès lors de ce qu’il peut leur arriver. C’est souvent le cas dans les films d’époque, qui misent énormément sur leur méchant, souvent la star du film, mais Markoff n’est pas plus appréciable. Purement mauvais (alors que ses modèles étaient souvent plus ambigus), il lui manque quelque-chose, un soupçon d’âme. Une âme, voilà ce qui fait terriblement défaut au Créateur de Monstres qui se contente d’aligner les poncifs platement, en espérant que la sauce prenne mais sans tenter de l’épicer au passage… Difficile de ne pas s’ennuyer devant ce spectacle vu mille fois, et en mieux, ce qui est tout de même grave lorsque l’on se rend compte que le film ne dure qu’une petite heure… Une petite heure que vous devriez passer à faire autre-chose !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Sam Newfield
  • Scénario: Lawrence Williams, Pierre Gendron, Martin Mooney
  • Production: Sigmund Neufeld
  • Pays: USA
  • Acteurs: J. Carrol Naish, Ralph Morgan, Tala Birell
  • Année: 1944

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