Metalheads : The Good, The Bad, The Evil

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A force de s’entendre répéter que l’homme sans but est un navire sans gouvernail, Bill Zebub, petit rigolo à la chevelure tombante, s’est probablement retiré quelques années dans une abbaye bénédictine pour y réfléchir sur l’objectif méritant selon lui la longue randonnée de la vie et la tripotée de coups durs qui va avec. Et après méditation, ce grand fana de Cannibal Corpse, de black metal et autres groupes revendiquant leur paganisme a trouvé ce pour quoi il était fait : faire chier le monde. Ou en tout cas tenter de vexer un maximum de personnes pour un prix minimum, la plupart de ses réalisations ne lui coûtant que quelques milliers de dollars – voire quelques centaines à peine – et se hâtent à se foutre à dos les grenouilles de bénitiers (Jesus, The Total Douchebag en 2011), les copains du Père Noël (Santa Claus : Serial Rapist, 2016), les fanas de hip hop (Rap Sucks en 2011) et plus généralement les féministes puisqu’une large partie de sa carrière fut fondée sur le dénudé de ces demoiselles. Surprise, avec Metalheads (2008) le sale gosse du Z le plus misérable qui soit s’essaie à la comédie romantique. A sa manière, bien sûr.

 

 

Présenter Bill Zebub comme l’ennemi de l’humanité toute entière est, il faut l’avouer, très exagéré tant celui-ci tient plus de Cortex, petite souris plus maligne que la moyenne songeant au péril du Monde de sa cage mais ne parvenant jamais à grand-chose, la faute à son adjoint idiot Minus, plutôt qu’à un Fu Manchu ou une quelconque organisation criminelle étendant sa toile sur tous les continents. C’est que 99.9 % de la population ignore et ignorera toujours l’existence du Billou, brocardé ou évité par les amateurs de la Série B dite classique, et forcé de vendre ses DVD, aux pochettes toutes plus moches les unes que les autres et probablement torchées à la va-comme-je-te-pousse, comme votre grand-mère liquidait son chou rouge : derrière une table, sur le marché, en aiguisant son plus beau sourire de vendeur. N’allez donc pas voir à la Fnac si un rayon est dédié au garnement, ni si Netflix lui dédiera une rubrique un beau jour, car tout le monde se fout de l’art du Zebub, qui en est d’ailleurs si conscient qu’il s’est lui-même rendu hommage et a tourné un documentaire à sa gloire (King of the B Movies, titre ne lui allant pas tout à fait comme un gant, mais il faut certainement y voir une énième provocation). Après tout, si les autres ne se décident pas à le célébrer, faut bien que le gaillard s’y mette. Du coup, pour choper son The Worst Movie Ever Made (au moins là, c’est clair) ou Dickshark, dans lequel un zob prend effectivement la forme d’un squale, deux solutions s’offrent à vous. Soit aller faire un tour sur le site officiel à Bill, soit le coincer lors d’une convention où il aurait loué un espace pour répandre sa bonne parole et causer avec vous du plus gros problème du monde nouveau, à savoir l’existence de godemichets si larges que même un costaud du slibard s’en trouverait complexé. Il y a toujours une pensée profonde à attraper au vol avec Zebub. N’empêche qu’après avoir transformé à peu près toutes les figures reconnues en d’immondes violeurs (dont Frankenstein, tant qu’à faire), le réalisateur sembla avoir une soudaine envie d’amour et écrivit, probablement en une moitié de matinée, Metalheads : The Good, The Bad and The Evil, qu’il présente comme une fidèle recréation de la vie d’un amateur de heavy metal. Un sujet maîtrisé par le bonhomme, dont la filmographie contient plusieurs documentaires dédiés aux divers sous-genres de la musique pour brutes. Evidemment, comme tous les égo-trip filmiques, Bill s’octroie le premier rôle, celui de Bill – mais où est-il allé chercher ça ? – inoffensif loser constamment rabroué par Elaine, sa petite copine trop sexy pour lui, fatiguée de passer ses belles années au bras d’un glandeur sans bagnole passant le gros de ses journées à se bourrer la gueule avec Phil, autre métalleux servant de meilleur ami mais aussi de chauffeur aux deux autres.

 

 

En route pour un triangle amoureux des familles, Zebub a visiblement révisé la technique Kevin Smith, celle consistant à asseoir des acteur en roue libre sur un canapé ou sur la banquette arrière et les laisser improviser à leur aise sur des sujets vaguement décidés à l’avance. Difficile d’ailleurs de délier le mauvais jeu d’acteur du naturel dans Metalheads, gros fourre-tout thématique où cela débat du thon en boîte comme des ruptures difficiles, et où on ne se prive pas de longues plages musicales, insérées dans le récit via les trips au LSD que fait Elaine, forcée de se bourrer la gueule ou se shooter les neurones pour oublier l’atonie d’un Bill dont elle ne sait même plus pourquoi elle s’est entichée. Bref, on le sent bien que le principe est ici de retranscrire plus ou moins scrupuleusement le caractère anodin de discussions entre jeunes gens un peu paumés, et on s’étonne d’ailleurs que pour un film nommé Metalheads le sujet de la musique ne soit pas plus avancé. On a droit à une bonne B.O. piochant un peu dans tous les styles (du heavy avec les frenchies de High Power, du death avec Immolation, du black avec Gloomy Grim, du thrash avec Raise Hell), ces messieurs portent bien des t-shirts de Cannibal Corpse ou Celtic Frost et il est effectivement question de former un groupe à moment, mais Bill, Elaine et Phil seraient portés sur le jazz que cela ne changerait pas grand-chose. L’important ici, c’est le fil rouge, soit la relation effritée entre les tourtereaux, Elaine finissant par rompre avec Bill et tombant subitement sous le charme de Phil, qu’elle embrasse sans crier gare. Le soir même, elle se décide à lui passer un coup de téléphone pour prendre la température de ses sentiments, mais Phil est bien trop occupé à se masturber sur la vidéo que lui a remis l’un de ses potes, qui filma son ex en train de batifoler à poil (et en full frontal, avec vue sur l’abricot et tout, des scènes à priori absentes de certaines versions du film, comme celle trouvable sur le site de Zebub). A noter que Phil, plutôt qu’un grand romantique se sentant trop seul, est un gentil demeuré, constamment sous l’emprise de la beuh et n’aspirant qu’à s’affaler dans un sofa pour s’y caresser, et qu’à chaque fois qu’il le fait son père rentre dans la pièce.

 

 

En plus de s’être fait larguer, Bill apprend le rapprochement entre Elaine et son best friend forever de la bouche d’Evil Metalhead (oui, le mec est ainsi crédité), un type too dark et bien brutal aux entournures, manipulateur à ses heures qui aimerait prendre Bill sous son aile pour le rendre plus viril. Pour l’heure, l’intéressé préfère opter pour une autre tactique pour retrouver une concubine : zoner dans la bibliothèque, selon lui le lieu idéal pour y débusquer de la chaudasse, les intellectuelles qui y passent leurs journées étant prétendument des assoiffées de sexe incapables de trouver l’orgasme chez les premiers de classe avec lesquels elles fricotent d’ordinaire. C’est là que Bill entrerait en scène et ferait montre de ses talents de casanova et d’amant, histoire de se dénicher une cocotte plus intelligente que la moyenne. Sauf qu’une fois dans le temple du savoir et du silence, tout ce qu’il trouve est un type obèse venu se foutre à côté de lui pour manger des gâteaux au chocolat. Fâcheux, pour le moins. Evil Metalhead revient d’ailleurs à la charge au bon moment, et assure à Bill que s’il veut remettre les compteurs à zéro avec Elaine, il doit la tromper à son tour, sinon elle croira qu’elle peut en faire n’importe quoi sans conséquence. Et le vilain de tirer son ami pas très convaincu dans la maison d’un jeune bourgeois, qu’il passe à tabac, vole – pas si méchant, Bill ne prendra pour sa part qu’un billet de loterie – et dont il tripote la trop jeune sœur de seize ans (qui, à l’écran, doit bien en avoir trente). Refus de la part de Bill de participer, et petite colère de Monsieur Evil, qui niquera sans son concours. Il a de toute façon un nouveau plan en tête. Puisque l’une de ses connaissances à une dette envers lui, il fut décidé que Evil pourrait baiser la femme de l’endetté, sans qu’elle s’en rende compte puisqu’elle sera menottée, aura un bandeau sur les mirettes et croira que c’est là un jeu de rôle avec son époux. Partageur, Evil propose donc à Bill de s’y mettre, et pas très à l’aise, il décide de doigter le nombril de la victime en pensant que cela suffira à satisfaire la perversité d’un Evil qu’il craint de plus en plus. C’est mal le connaître, et celui-ci insiste et menace Bill de représailles en cas de désobéissance, et pour ce sortir de ce mauvais pas ce dernier opte pour la fuite en appelant son vieil ami Phil, avec lequel il se réconcilie.

 

 

Faut dire que Phil, Elaine, il s’en fout un peu, et ce n’est certainement pas à lui que l’on devait le baiser humide sur le pas de sa porte : le gentil neuneu avait tellement besoin de pisser qu’il n’a pas su repousser la copine de son pote. Compréhensif, et pas loin de penser que les copains passent avant les meufs, Bill pardonne son vieux Phil. Pendant ce temps-là, Elaine se rend compte de son erreur : alors qu’elle pensait avoir un rendez-vous avec un beau millionnaire, la blonde reçoit la visite d’un type obèse qui se cure le nez et colle sa morve sur la porte d’entrée, et prenant un peu trop au pied de la lettre ces sempiternelles invitations à faire comme chez lui puisqu’il se met en caleçon dans le salon et commence à se tirer la nouille. En comparaison, même un Bill sans emploi y gagne des traits de prince charmant. En outre, par on ne sait trop quel moyen, Zebub n’étant pas tout à fait un grand conteur d’histoires, elle apprend que le ticket de loterie récupéré par son ex est gagnant, et que le glandu est désormais millionnaire. Evidemment, dans ces cas-là, les erreurs passées sont vite pardonnées, et Elaine file vers Bill et Phil, en train de fumer… le fameux billet gagnant ! C’en est trop pour elle, la demoiselle s’en va pour de bon cette fois, alors que Bill et Phil se félicitent d’être les meilleurs amis du monde, et qu’au fond leur petite vie tranquille passée à écouter du gros son et à mater du porno leur convient bien. Rideau ? Cela devrait si le Zebub avait pour objectif avec Metalheads de développer un discours renvoyant à la simplicité d’une existence, en totale opposition avec le matérialisme et l’agenouillement face aux dogmes de la société qu’incarne Elaine. Mais Zebub ne faisant rien comme tout le monde, et peut-être désireux de faire virer le tout au drame, il décide que le Bill qu’il incarne doit mourir renversé par une voiture et que Elaine, en train de pleurer la disparition de celui qu’elle aimait bien quand même, doit recevoir la visite d’un Evil Metalhead plus agressif que jamais, et qui la viole bien évidemment. Et tout cela pendant que Phil s’installe chez Bill, dont il a hérité de tous les biens, et se masturbe sur la photo d’Elaine… tandis que le père du même Phil profite que son fils ne soit plus sous sa bicoque pour aller se branler dans son lit ! Il aurait tout de même été triste que The Good, The Bad and The Evil se termine avec un message, si peu subtil soit-il ; il faut bien sûr que cela vire au sordide et à l’astiquage de poireau…

 

 

C’est d’ailleurs bien dommage qu’il opte pour une telle douche froide en guise de ligne d’arrivée, car tout mal foutu soit Metalheads, il ne fonctionnait pas trop mal comme une comédie. Pas hilarante, mal jouée de surcroît et dont le niveau est si bas qu’il se trouve dans la croûte granitique, mais pas déplaisant dans sa volonté de naturalisme (en même temps, Zebub voudrait tourner autre-chose qu’il ne le pourrait pas). On rit parfois de honte lorsque l’ami Bill s’excite tout seul et se met à hurler en imitant Santa Claus, mais on ressort de l’expérience – car à sa façon c’en est une – avec au moins l’impression que Zebub avait réfléchi ses gags (les branlettes de Phil et son père, intégrées très en amont du script, Elaine complétement stone qui ne veut pas se faire remarquer mais se balade avec du shampoing dans les cheveux). C’est toujours plus qu’un film d’Adam Sandler ou le Ghostbusters de 2016.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Bill Zebub
  • Scénario : Bill Zebub
  • Production : Bill Zebub
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Zebub, Emily Thomas, Tom Goodwin, Carl Williamson
  • Année : 2008

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