The Witchmaker

Category: Fanzines Comments: No comments

Satan peut bien se la couler douce et se laisser masser les doigts de pied par les âmes en peine qui jonchent son petit enfer personnel : vu le nombre de vils dévots peuplant le cinoche d’exploitation et trimant pour lui sans même qu’il le leur demande, Monsieur n’a pour ainsi dire même pas à lever la fourche. Il devrait pourtant mettre en place un petit contrôle qualité, car The Witchmaker (1969), malgré un décorum séduisant et de jolies prémices, ne peut s’empêcher de se prendre les pieds dans le tapis et se péter une corne au sol.

 

 

Il avait pourtant tout pour plaire le film de William O. Brown, encore l’un de ces cinéastes improvisés sorti du circuit aussi vite qu’il y était rentré, et ce après deux tours de piste seulement. Une poignée de théâtreux ne manquant pas de bouteille et apparus dans quelques Séries B et séries télévisées (comme Anthony Eisley de The Wasp Woman), de jolies mamzelles pour embellir les paysages boueux et agréablement brumeux de marécages maudits, une technique plutôt au point pour un faible budget, avec notamment quelques éclairages presque savants. Et puis, le principe de ce faiseur de sorcières a de quoi séduire, et profite en outre d’un climat plutôt bien retranscrit : intrigués par une vague de disparitions et quelques légendes à faire frémir une écolière sous sa couette, une équipe de chercheurs et journalistes louent une cabane dans des marais reculés pour enquêter et tirer de l’affaire un bel article. Pour mettre toutes les chances de leurs côtés, ils ont même embarqué une belle blonde aux dons psychiques, à priori capable de ressentir, et peut-être dénicher, le Mal terré dans le bourbe. Comme souvent, c’est à l’inverse de se produire, Luther The Berserk (ça, c’est pas un blase à être invité à pousser la chansonnette aux Enfoirés), un sataniste portant la peau de bête et que l’on sait dangereux puisque l’introduction nous le montra en train d’égorger une cocotte, récupérer son sang et tracer autour de son nombril des signes pas très catholiques, ce Luther donc trouve tout ce beau monde avant qu’eux ne soupçonnent ne serait-ce que son existence. Avec pour but avoué de faire de la plus cérébrale du lot la pièce manquante au couvent diabolique qu’il tente de monter pour obtenir les grâces de Lucifer. On a connu points de départ moins aguicheurs, et comme déjà dit plus haut, le tout a plutôt de la gueule pour une bande mineure sans doute pensée pour alimenter deux drive-ins et trois salles de quartier. La copie HD passée sur nos écrans enjolive encore le tout sans pour autant abandonner ces rayures sur la pellicule, nous rappelant que l’on navigue dans du grindhouse des sixties (et toutes proportions maintenues, ce bariolage fort terne rappelle par instants celui de la Hammer), certes, mais ayant déjà une boots dans la gadoue collante des années 70.

 

 

Qu’est-ce qui coince, dès lors ? Ben un peu tout le reste, malheureusement, et en premier lieu le rythme, particulièrement mal géré. Ayant décidé d’opter pour un trop long-métrage – 100 minutes, cela fait quelques cuillerées en trop dans la marmite – alors qu’il n’a pas forcément grand-chose à raconter, et se rendant bien compte qu’il ne peut envoyer son belzébuthien sauvage suriner de la biquette toutes les cinq minutes, Brown se rabat sur d’interminables babillages à base de psychologie et d’occultisme, les héros tentant bien évidemment de comprendre ce qui leur arrive. Répétitif, The Witchmaker se verrouille dans une construction en trois étapes, Luther rôdant et se faufilant entre des arbres avachis pour mieux poinçonner une future victime (de temps en temps, il envoie une assistante à sa place), retournant dans sa caverne où il va prier une statuette de son Diable tant aimé et converse avec Jessie, repoussante sorcière désireuse de perdre ses verrues et retrouver sa jeunesse, puis enfin les héros se questionnent sur le pourquoi du comment de tout ce joyeux barnum et enterrent leurs proches tombés au front devant leur cabanette. Répétez ces actions trois à quatre fois, ajoutez un final éventuellement un peu plus mouvementé – Luther sort de son trou pour envoyer des rayons lasers, tout cela en jouant très mal et en riant comme un détraqué – et vous avez votre petit sabbat couché sur pelloche. Autant dire que l’ensemble aura très vite raison de notre patience, et que la tentation d’user de la zappette pour sauter les débats les plus étirés se fait sentir.

 

 

Dommage car le potentiel était bien là, surtout lorsque Luther finit par convier le reste de son couvent en fin de partie, les suppôts de Satan du monde entier (avec même une blonde européenne à gros seins, façon serveuse de l’Oktoberfest) se réunissant dans sa grotte pour une boum du tonnerre, où ils flirtent, se bastonnent, se fouettent, picolent comme des trous et mangent comme des porcs. Bizarre de ne pas avoir utilisé un peu mieux ces personnages certes clichés au possible mais ayant le mérite d’être variés, qui une fois leur nouba terminée disparaissent sans demander leur reste. Regrettable aussi de ne pas avoir été plus franc question érotisme, d’autant que l’on sent que cela démange Brown, qui envoie ses étudiantes bronzer à côté de flaques de boue alors qu’il fait un temps dégueulasse sans oser montrer leurs poitrines, qu’elles cachent lorsqu’elle sprintent à poil dans la forêt. On sent aussi que ça pourrait déraper lorsque la si moche Jessie récupère sa beauté, devenant une sorcière chaudasse et aguicheuse, tout comme on devine que les festivités entre membres de l’église luciférienne pourrait virer à l’orgie lorsque l’une des ensorceleuses monte sur une table pour y aller de sa danse du ventre. Beaucoup de sous-entendu, mais pas grand-chose à l’écran pour combler les nombreux vides d’un scénario tellement préoccupé à l’idée d’avoir l’air intelligent qu’il en oublie qu’il est profondément con. Reste éventuellement un final à la noirceur notable (et attention, ça va spoiler), le preux chevalier du jour allant récupérer sa greluche dans l’antre du démon pour découvrir qu’elle est désormais possédée par celui-ci. Et la vilaine de pousser son sauveur dans la vase, où le pauvre homme se noie. Tout est mal qui finit mal en somme, et c’est d’autant plus vrai pour l’audience, qui ne récupérera jamais l’heure-quarante qu’elle vient de perdre.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : William O. Brown
  • Scénario : William O. Brown
  • Production : William O. Brown
  • Pays : USA
  • Acteurs : Anthony Eysley, Thordis Brandt, Alvy Moore, John Lodge
  • Année : 1969

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>