Easter Bunny Bloodbath

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Ce week-end, si tout se passe bien, les enfants sages devraient découvrir dans leur jardin ou dans la chambre à coucher une flopée d’oeufs multicolores qui feront autant leur bonheur que celui du compte en banque de leur dentiste. Quant aux garnements coupables d’avoir tiré sur les couettes de leur petite sœur, les cloches et petit lapinous les corrigeront en leur glissant sous l’oreiller le DVD de Easter Bunny Bloodbath (2010), source de cauchemars aussi bien pour les jeunes têtes blondes que pour qui ne verse pas dans le slasher disetteux.

 

Sa pauvreté, non seulement le réalisateur/scénariste/producteur/monteur/acteur/preneur de son/directeur de la photo (pour un Canadien, le zigue fait un sacré couteau suisse) Richard Mogg l’assume, mais en plus il la porte en bandoulière. Voire comment débute son premier effort, par extension la première sortie de sa boîte RickMoe Productions, avec moult logos d’introduction nous ramenant tout droit en 1985, alors que le bon peuple n’avait que le magnétoscope aux lèvres et que la VHS se faisait summum de technologie. Fameusement nostalgique, et sans doute très conscient que son bain de sang du lapin de Pâques aura la gueule en vrac parce qu’il devra tout faire tout seul, et qu’un homme isolé ne saurait construire Rome même avec les plus belles briques de la botte, Richard hurle donc d’entrée de jeu son amour envers le shot-on-video, et place son film sur la même étagère que celle où gisent Blood Lake et Night Ripper ! plutôt que sur celle où étincellent Carnage et The House on Sorority Row. Une posture ? Pas du tout, le bonhomme étant au contraire l’un des plus fervents défenseurs du SOV, au point d’avoir rédigé la bible sur le sujet, le gros pavé Analog Nightmares : The Shot On Video Horror Films of 1982 – 1995 sorti voilà quelques années contenant tout ce qu’un furieux de la K7 peut bien vouloir savoir sur le sujet, avec à la clé interviews des principaux réalisateurs dont la camcorder est vissée à la main. Vous voilà donc prévenus : si votre truc c’est le psychothriller bien fait, avec son tueur au look du tonnerre et ses effets gorasses tripatouillés par des pros du boyau, il est toujours temps de changer de chocolaterie, car Easter Bunny Bloodbath, c’est pas du Galler. Mogg connaît pourtant ses classiques et débute son affaire comme tout bon slash’ respectueux de lui-même : par un trauma vécu dans l’enfance.

 

 

1967, Peter, petit garçon de huit ou neuf ans, blanc (ça aura son importance dans la suite), s’occupe avec sa sœur aînée à trier ses fèves de cacao emballées aux couleurs de l’arc-en-ciel (du moins les suppose-t-on variés dans leurs coloris, car pour bien souligner que l’action se déroule alors dans les sixties, la pelloche opte pour le noir et blanc) lorsque son regard croise celui d’un type déguisé en lapin, traversant la rue et lui faisant de grands signes. Emerveillé, le gamin va bien sûr lui ouvrir la porte, avec pour tout résultat la décapitation au hachoir de la soeurette, dont la caboche tombe dans le panier à confiseries de son frangin hurlant. Vingt années passent, le film retrouve des couleurs, tout comme notre Peter désormais incarné par un Shayan Bayat aux origines indiennes – un panneau apparaît même à l’écran pour se moquer de ce changement soudain de couleur de peau. Avec sa fiancée Lisa, enceinte de leur premier enfant, et quelques amis glanés lors de ses études, le bonhomme revient à la maison de son enfance pour y passer quelques jours au vert et se relaxer en bordure de lac. A noter que si Peter change du tout au tout, il en va de même pour sa bicoque, jadis une classique baraque de banlieue, maintenant une cabane perdue au milieu des bois. On veut bien que le monde est en constante évolution, mais tout de même… De sa rencontre passée avec le lièvre assassin, Peter est ressorti avec le gros lot question problèmes psychiques, ceux-ci étant encore aggravés par un père semble-t-il bien dingo lui aussi, auquel on reprocha d’avoir tenté renfoncer les pommettes de sa femme au marteau. Du coup, et alors qu’il devrait passer du bon temps près du barbecue en fumant un gros buzz, notre héros s’inquiète de visions cauchemardesques de plus en plus tenaces, le lapin de son enfance revenant le hanter. Vous connaissez le reste : après avoir raconté des légendes flippantes (montrées à l’écran par des dessins faits avec Paint absolument risibles) les amis du gaillard commencent à se faire éparpiller de-ci de-là, les voisins voyeurs se font trucider eux aussi, et à l’arrivée on nous apprend ce que l’on soupçonnait depuis le départ (et attention spoiler, mais qui se soucie sérieusement de se faire gâcher la fin de Easter Bunny Bloodbath?), soit que sous les larges oreilles tachées de sang se planque bel et bien Peter, cinglé au point d’essayer de butersa pauvre Lisa. Que du classique pour le genre, et sous la coque de la zéderie de Mogg se cache la non-surprise habituelle. Les meurtres s’en tiennent donc à la thématique de Pâques (fausse paille enfoncée dans la gorge, étranglement à la corde à sauter dont les poignées ont la forme de carotte, que l’on enfoncera dans les globes oculaires, noyade dans une eau bouillante servant à cuir des œufs) ou s’essaient au gore trashos (castration sauvage, démembrement, tronche éclatée à la papatte). Une hécatombe qui se fait surtout remarquer parce qu’elle souffre de la petite monnaie avec laquelle la petite équipe doit composer, les têtes écrasées n’étant jamais que des melons tandis que les organes tranchés sont de toute évidence des morceaux de plastique récupérés dans une boutique de farces et attrapes. Difficile dès lors de ressentir le frémissement voulu par Mogg lorsque l’on découvre que Peter a fait une césarienne à sa copine et retiré le fœtus dont il devait devenir le père du ventre de sa mère pour le foutre dans un panier à bonbons, tant on voit que le petit être n’est qu’un jouet bon marché. A priori conscient que sa boucherie n’a pas fière allure, le cinéaste rajoute d’ailleurs des tâches de sang au format PNG sur l’écran, histoire de cacher le peu qu’il y avait à voir.

 

 

Du coup on compense avec la rigolade ? On essaie en tout cas, même si la sauce peine à prendre, la faute à des gags assez lourds (les filles, sans le savoir, montrent leur cul au ranger venu engueuler Peter, les phantasmes sexuels de l’un des conviés s’imaginant avec un zgeg d’un mètre de long), et si le rire doit s’inviter, ce sera suite au manque de crédibilité de l’ensemble, dont certains éléments posent sérieusement question. Prenons le personnage de Steve : copain de Peter et du reste de la clique, il ne semble avoir que douze ou treize ans, mais certains dialogues laissent supposer qu’il serait en vérité plus âgé et aurait lui aussi dépassé la vingtaine. Après tout, il se roule des joints, prend en charge la cuisson des steaks pour la soirée BBQ, semble sortir avec la punkette Justine, qui semble avoir soufflé au moins ses dix-huit bougies, et peut parfois se montrer protecteur envers les autres. On peut supposer que Mogg, dans son entourage, n’avait personne pour incarner le rôle du gaillard et a donc pris ce qu’il avait sous la main, c’est-à-dire un pré pubère. Après tout, si Peter était un rondouillard tout ce qu’il y a de plus blancos au départ, puis muta en un indien avec les cheveux teints en orange, pourquoi Steve ne pourrait pas être un jeune adulte de 25 ans incarné par un môme avec une voix de fillette ? Seulement voilà, alors que Justine laisse entendre que ce soir sera le grand soir et que la chaude lapine se sent prête à accueillir son boyfriend dans son terrier, Steve se confie à Peter et lui lance « Cela fait un an que j’attends ça ! ». Réponse de l’autre côté : « Oh, tu veux dire que tu attends ça depuis que tu as 11 ans ? » Soit c’est là une blague du héros pour ramener son pote à sa carrure de gringalet, soit Steve sort effectivement tout juste de la garderie et on peut se poser des questions sur le fait qu’il soit déjà en train fumer de la clope rigolote et s’apprête à aller culbuter une Justine à priori beaucoup plus âgée. Pas des questionnements primordiaux – et l’un dans l’autre, tant mieux si le gaillard mène déjà la grande vie – mais le genre de détails qui viennent rendre l’aventure entière incertaine et nous empêchent de saisir réellement quels liens relient des persos dont nous sommes censés nous enticher. Volonté d’en revenir à des années 80 où les rides des acteurs ne correspondaient pas à celles de leurs personnages ? Peut-être bien.

 

 

Etonnament, les meilleurs moments de Easter Bunny Bloodbath sont ces quelques passages atmosphériques montrant les protagonistes assis en silence, fixant un point dans l’horizon lointaine, et pensant peut-être à leur carrière, qu’ils viennent d’enterrer sous un amas de poussins au goût de cacao bon marché. Dans ces instants, une âme s’échappe de l’ensemble, un petit soupçon de personnalité malheureusement très vite balayée par les va-et-vient sanguinaires d’un mad bunny que l’on n’a même pas pris la peine de looker correctement : Mogg a commandé le premier costume trouvé sur eBay et s’est contenté de lui filer un coupe-jarret dans les mimines et de l’asperger d’un peu de ketchup. A condition de revoir ses exigences et de rentrer dans le délire, et donc d’accepter que l’ensemble retourne volontairement à ce que les eighties ont pu produire de plus mal fichu, la balade se vit néanmoins sans trop de déplaisir. De là à refaire une chasse aux œufs à la faveur de la suite sortie l’année passée…

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Richard Mogg
  • Scénario : Richard Mogg
  • Production : Richard Mogg, A.M. Hunter
  • Pays : Canada
  • Acteurs : Shayan Bayat, Meghan Kinsley, Travis Turner, Adrian Daniels
  • Année : 2010

 

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