Le Retour de la Mouche

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Coriace la mouche, insecte dont le grand talent se trouve dans son art d’éviter la tape, et dont on sait qu’une fois effacée d’un bon coup du plat de la main elle sera remplacée par dix camarades bourdonnantes. A peine écrasée à la fin du fabuleux La Mouche Noire (1958), la revoilà à tourner autour d’un Vincent Price de retour dans la franchise, séduit par un script dont il apprécie tout particulièrement la première moitié. Malheureusement pour lui, à l’heure des coupes budgétaires faites par des producteurs à priori pas trop sûrs des qualités du moucheron nouveau, c’est justement sa partie favorite du scénar’ qui saute. Qu’il repose néanmoins en paix : sans atteindre le niveau bien trop élevé de son aîné, Le Retour de la Mouche (1959), pour de la Série B sortie des fours à la hâte, se grignote sans difficultés.

 

 

La mouche survit, ou tout du moins se reproduit-elle, mais son auteur se meurt. En 1958, soit la même année que la sortie du The Fly originel, son réalisateur Kurt Neumann décède effectivement, sans que cela semble émouvoir réellement la 20th Century Fox, décidée à laisser le diptère tournoyer avec ou sans son concours. Selon son remplaçant Edward Bernds (World without End), les producteurs ne songeaient d’ailleurs déjà plus à Neumann avant même qu’il s’éteigne. Vrai que vu de loin, il semblerait que la Fox avait de nouveaux plans pour son monstre amateur de sucrettes, rétrogradé au statut de figure de la Série B forcée de partager une moitié de chemise avec d’autres créatures démunies lors de double-programmes, dans le cas présent les hommes-sauriens de The Alligator People. Est-ce à dire que du coup on se fout de tout et que l’on jette à la corbeille l’héritage du premier volet ? Heureusement non, et Bernds se chargeant également de l’écriture, il s’assure que le lien de parenté entre les deux films soit parfaitement visible. Parce qu’il était encouragé par ses patrons à reprendre les décors utilisés quelques mois plus tôt par Neumann, mais aussi sans doute par soucis de bien faire. On retrouve donc la famille Delambre, cette fois réunie autour de la dépouille de la pauvre Hélène, en route pour la fosse lui servant d’ultime lieu de repos et que l’on nous dit devenue folle suite à la découverte, quelques années plus tôt, de la transformation de son savant de mari en mouche à merde. Vrai que ça fait toujours un choc. Accusée de son meurtre, alors que c’était lui-même qui choisit la solution suicide en écrasant sa tête noirâtre, poilue et aux énormes yeux verts sous une presse, Hélène devint donc la cible de reporters curieux, et ne dût sa relative tranquillité qu’à un inspecteur plus malin que la moyenne et particulièrement conciliant. Reste que des questions, son fils Philippe (Brett Halsey) s’en pose toujours, son oncle François (Price) se refusant à lui révéler les secrets entourant la disparition de son pauvre père. Mais comment expliquer l’inexplicable ? François s’y essaie néanmoins, et plutôt que d’affoler son neveu, il plante bien malgré lui dans le jeune homme la graine de la revanche, Philippe décidant de reprendre les recherches de son père sur le transfert de molécules. Avec les résultats que l’on soupçonne…

 

 

Pas facile de faire basculer vers le pur creature feature un vrai bon film de science-fiction, dont tout le sel se trouvait justement dans sa capacité à ne jamais dévoiler, ou alors tardivement, en guise de récompense, le faciès remodelé de son héros, forcé de s’en remettre au courage de son épouse partie traquer la mouchette dans sa maison et son jardinet. Délicat aussi de reproposer la même intrigue, d’autant que l’on sent que derrière se tient une file de producteurs désireux de mettre la bestiole en vitrine sans trop tarder, mais pas évident non plus de ne pas s’aliéner les amoureux du premier opus, qui pourraient fort légitimement s’outrer de tomber sur les bêtes déambulations d’un type à tronche de bourdon. Le juste équilibre entre tradition et progrès, Bernds le trouve heureusement, reprenant les images les plus marquantes du film de Neumann (le monstre en lui-même évidemment, ainsi que ces boîtes de verre permettant la téléportation, et les dérangeantes découvertes d’animaux avec des membres humains, la course contre la montre pour redonner au protagoniste ses traits d’origine) pour les ajouter à une intrigue lorgnant sans s’en cacher vers le film noir. Philippe s’entoure ainsi d’un certain Alan Hinds (David Frankham), plus connu dans les milieux mafieux sous le nom de Ronnie, technicien mettant ses grands talents à son propre service plutôt qu’à celui de l’avancée scientifique. Et lorsqu’il prend conscience de l’incroyable découverte sur laquelle planche le pauvre Phil, Ron le fourbe entreprend de lui piquer ses plans pour les refiler à un gérant de funérarium magouilleur, qui se chargera de les revendre à quelques intéressés prêts à y mettre le prix. Mais prit la main dans le sac par Philippe, Ronnie ne trouve rien de mieux à faire que d’enfermer son supérieur dans son invention pour se sortir de l’impasse dans laquelle il vient de se perdre. Cruel, il y ajoute même une mouche, sachant fort bien que Philippe a la phobie de l’animal et qu’il lui sera insupportable de devenir, comme son père, une véritable monstruosité.

 

 

Plus que la bête elle-même, c’est à Ronnie de mener la danse, ses complots et manigances permettant à l’intrigue d’avancer, au récit de passer chacune de ses étapes. Le méchant, ce sera lui, pas un potentiel Philippe que l’on aurait pu faire dégringoler jusqu’à la folie furieuse, et qu’à la place on fait monter jusqu’à un statut de vengeur traquant la source de tous ses malheurs pour mieux lui serrer le cou de sa grosse pince. Intéressant mélange que voilà, car si Le Retour de la Mouche ne saurait bien sûr jamais prétendre aux délices dispensés par le premier film, qui avait il faut le reconnaître l’avantage de la surprise, l’ensemble n’en prend pas moins son envol, car sachant reprendre ce qui fonctionne chez les autres tout en développant ses propres idées, comme ici une atmosphère héritée du polar. Dommage d’ailleurs de ne pas avoir poussé l’idée plus loin et de ne pas avoir suivi Ronnie du début à la fin, sans trop en dévoiler sur le passif des Delambre – après tout, le spectateur ne sait que trop bien ce qui leur est arrivé pour avoir vu La Mouche Noire – et faire du criminel une sorte de demoiselle en détresse, pourchassé par un laborantin à la forme insectoïde et ivre de revanche. A la place, Bernds multiplie les points de vue, rendant son métrage plus classique qu’il n’aurait dû l’être, mais lui permettant aussi de garder un joli rythme de croisière. Au chapitre des mauvais points, certains regretteront peut-être un Vincent Price accessoire, seulement là pour tracer un chemin du premier film au deuxième. Mais au premier comme au second plan, le charme de l’acteur opère toujours et aide l’ensemble à s’élever à un niveau plus haut que celui qu’on lui prêtait avant la séance.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Edward Bernds
  • Scénario : Edward Bernds
  • Production : Bernard Glasser
  • Titre original : Return of the Fly
  • Pays : USA
  • Acteurs : Brett Halsey, David Frankham, Vincent Price, John Sutton
  • Année : 1959

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