Ritual Of Death

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Le nom Fauzi Mansur, depuis que l’on a dansé la salsa du démon avec celui qui le porte au fil de son perfectible mais attachant Satanic Attraction (1989), résonne plutôt bien à nos oreilles, tant il se fait promesse d’effusions sanguines pas loin d’être volcaniques, d’intrigues vides de sens mais généreuses en sexe déviant et d’atmosphères lucifériennes. Sans surprise, Ritual of Death (1990) garde le cap et s’échine à aller de pair avec son grand frère.

 

 

Il faut d’ailleurs croire que Mansur se sentait fort à son aise lors des messes noires, et qu’après des années passées à scruter des pénétrations et léchouilles interdites pour le bien des nombreux boulards, parfois malsains, dont il se fit l’édificateur, la parenthèse Satanic Attraction fut si belle qu’il ne peut s’empêcher de la reproduire quelques mois plus tard. Et donc d’en récupérer de nombreux éléments. Son précédent film traitait de sacrifices rituels particulièrement salissants, faits dans le but de ramener à la vie un défunt ? Il en sera de même dans Ritual of Death, dont la structure est si proche de celle de son aîné que l’on pourrait jouer au jeu des sept différences une fois les deux mis côte à côte. On ne parlera peut-être pas de style Fauzi, mais le sauvage du Brésil a en tout cas sa façon de faire, avec un premier acte voulu comme explicatif – mais ne parvenant jamais, dans les deux cas, à exposer clairement sa situation de départ – et une dernière partie succombant à la frénésie, jusqu’à roucouler avec le slasher, où le premier rôle masculin dégaine tout son attirail meurtrier et éventre à tour de bras. Le coupable ne sera cette fois pas un frangin faisant couler le gros rouge en vue de ramener à la vie sa soeurette (pour mieux coucher avec elle, Satanic Attraction étant, on le rappelle, un bisserie barjo bien comme il faut), mais le membre d’une troupe de théâtre désireuse de monter une pièce sur les rites égyptiens. Découvrant qu’un vieux libraire dispose de parchemins ancestraux décrivant les us et coutumes d’un peuple vivant à l’ombre des pyramides, il est collectivement décidé de subtiliser ces précieux écrits pour y trouver l’inspiration. Sauf que depuis qu’il a mis la main sur cette espèce de book of the dead dont la couverture semble faite de poils, Brad subit les tourments d’atroces visions, dans lesquels des danseurs en pagne gigotent alors qu’un rituel mortel a lieu, et où il reçoit la visite d’un vieux barbu dont les mains en putréfaction laissent s’échapper un liquide verdâtre. Rarement le signe d’une santé de fer.

 

 

Le moral en berne et le mental fissuré, Brad agit de plus en plus bizarrement, saisissant par exemple une assiette de viande crue qui traînait dans le frigidaire de son alcoolique de mère pour y mordre à pleine dents, et récupérant une tête de bouc noir pour se laisser aller à d’occultes rites dans sa chambre à coucher. Progressivement, des instincts de plus en plus meurtriers font surface tandis que son corps change, la peau de son visage se décollant comme pour dévoiler le démon caché sous lui. Et lorsque le Malin prend le dessus, son esclave se déguise en bourreau et s’en va massacrer ses amis comédiens pour ensuite exposer leurs carcasses dans le sous-sol du théâtre, où trône un autel sacrificiel. Restant un film miroir à Satanic Attraction, Ritual of Death explique ces bien tristes malheurs par les manigances d’un traître. Dans la précédente diablerie de Mansur, on apprenait qu’un personnage très secondaire, à peine montré à l’écran, tirait les ficelles de ces maléfiques résurrections, et il en sera de même ici puisque le producteur de la pièce de théâtre travaille au retour parmi les vivants d’une espèce de gourou méphistophélique d’un culte pas particulièrement en bons termes avec le Nazaréen. Avouons que bien que Ritual of Death soit très décousu et qu’il n’est pas toujours aisé d’y retrouver ses petits, même en lui offrant une pleine attention, il fait preuve de grands efforts de clarté par rapport à insaisissable bordel qu’était Satanic Attraction. Le malheur, c’est que ce que notre rituel de la mort gagne en limpidité, même si toute relative, il le perd en onirisme, le précédent Mansur profitant pour sa part d’une forme de poésie pestilentielle que l’on rapprocha volontiers à celle de Lucio Fulci, le réalisateur se plaisant alors à se perdre à l’intérieur d’un cercueil pour y suivre la renaissance progressive d’un cadavre en putréfaction. En comparaison, le carnage qui nous occupe aujourd’hui se veut plus direct et ne semble avoir été structuré que pour se permettre une tornade de meurtres dégueulasses en fin de parcours.

 

 

On le sent bien que l’auteur n’avait que le goût du sang en bouche et se trouvait pressé de planter fourchettes et couteau dans la bonne chère, pas trop cuite si possible. Au point que c’est à la va-vite qu’il fonde les bases de son intrigue, où les rituels égyptiens sont soudainement garnis de symboles sataniques très hors-contexte et totalement gratuits, comme ce bain de sang que prend une belle brune et son amant, en compagnie d’une caboche de bouc noir, comme si Mansur ne pouvait désormais plus faire sans tout son attirail infernal. Ritual of Death ne s’embarrasse donc guère de plausibilité, trop empressé qu’il est de déchirer un ventre au marteau, d’envoyer un infortuné dans les pâles d’une machine à vent, d’écraser du jeune homme pour que ses boyaux s’échappent de son bide ou noyer un barbu dans une baignoire et lui arracher les yeux. Des effets rudimentaires et sentant fort la blanquette de veau achetée à moitié prix, mais qui s’est déjà agenouillé dans le temple du Diable de Manzur sait que rien ne l’arrête et certainement pas l’absence de véritables effets spéciaux. En l’état, ces gros plans sur de la barbaque trempée dans la sauce tomate font d’ailleurs le boulot, et l’envie carnassière dont fait preuve le metteur en scène, tout sauf gêné de son état d’esprit finalement très proche de celui d’un H.G. Lewis lui-même tout fier de nous mettre la tête dans des abats encore fumants, nous ferait presque oublier que la première demi-heure traîne trop la patte pour ne pas laisser poindre l’ennui. Et que le doublage anglais (la langue d’origine du film étant le portugais) est si pathétique qu’il en rappelle le ton robotique de la madame qui prête sa voix à Google Translate. Mais il en va ainsi de la Série B cheesy et au fond, nous serions bien emmerdés si ça avait plus de gueule.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Fauzi Mansur
  • Scénario : Filipe Grecco, Anthony Roark
  • Production : J. Davila
  • Pays : Brésil
  • Acteurs : Olair Coan, Karina Palatnik, Tião Hoover, Michael Kelly
  • Année : 1990

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