Warlords

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Ce n’est pas parce que le troisième Mad Max et son dôme du tonnerre furent un non-évènement que ce vieux briscard de Fred Olen Ray devait pour autant mettre son opportunisme en sourdine. Et le voilà trois ans plus tard fouler des Rangers un monde post-apocalyptique, où les rares survivants se comportent comme des chacals et où les héros sont des loups solitaires en guerre contre les despotes du futur. De là à dire que Warlords (1988) fait un bon palliatif pour cinéphiles en manque de rallye dans un monde balayé par le bolet nucléaire…

 

 

Au moins un qui assume ! Alors que la plupart des post-nuke s’esquintent à remettre la faute de leurs cataclysmes sur de vagues guerres ou de tristes désastres écologiques, Warlords n’hésite pas à pointer du doigt son coupable. Soit une armée que l’on suppose Américaine ici symbolisée par le Colonel Cox (Fox Harris, habitué du cinoche à Fredo puisque présent dans Alienator, L’Invasion des Cocons et Hollywood Chainsaw Hookers), tout fier d’avoir appuyé sur le bouton rouge et avoir soufflé la Terre entière, dès lors devenue un gigantesque bac à sable irradié. Un « reset » qui ne fait pas risette, mais est censé permettre à l’humanité de renaître de belle façon et de mieux évoluer que jadis, sans conflits mondiaux, commerce inéquitable et polémiques sur Pépé le Putois. On peut comprendre la logique, mais celle-ci aboutit surtout à la création de mutants cachés derrière pagnes et masques à gaz qui rétablissent la sauvagerie comme unique mode de vie, la plupart s’agenouillant devant le fameux Warlord du titre, incarné par le regretté Sid Haig. Cox s’en fout, lui, que ce soit le zbeul en haut, puisqu’il s’était réfugié dans un bunker avant le grand flash, et il put profiter dans forteresse cachée des plaisirs d’un micro-ondes et du confort de celui que l’on ne vient pas emmerder. Reste qu’une fois en pénurie de vivres, il doit faire comme tout le monde et adopter le régime alimentaire du vautour et sortir chasser le rat pour perdurer, quitte à faire de mauvaises rencontres. Car les bonnes sont rares en cette période, et seule l’amazone Danny (Dawn Wildsmith, un temps l’épouse de Fred Olen Ray, qu’il embaucha aussi pour Star Slammer et Cyclone) peut se féliciter d’avoir su croiser la route du solitaire Dow (David Carradine), road warrior au rabais traversant la désolation pour retrouver le Warlord, doublement coupable à ses yeux. D’abord d’avoir kidnappé son épouse (Brinke Stevens), ensuite de tenir captif un docteur (Robert Quarry, le fameux Count Yorga) dont il se dit que les découvertes pourraient redonner quelques couleurs à une humanité tombée en désuétude. Aidé de sa Danny un peu folle mais bien brave et d’un Cox dont on ne connaît trop les ambitions, ainsi que d’un ordinateur plein d’humour et très à son aise lorsqu’il s’agit d’insulter autrui (l’intelligence artificielle traite les uns et les autres de fils de pute), Carradine marche d’un pas déterminé vers son ennemi pour vérifier qu’il maîtrise toujours aussi bien son kung-fu.

 

 

Le constat est dur pour ces Américains s’étant un jour pris pour Mad Mel et partis, le fusil à canon scié à la main, faire sauter le caisson de vagues cousins du grand Humungus, mais il ne saurait être ignoré : le post-apo a bien sûr éclot en Australie dans le jardinet du grand George Miller, mais la présence des Romains sur le terrain en a surtout, aux yeux de la majorité, fait un sous-genre très italien. Warlords nous rappelle pourquoi à chaque instant. Tout vaillant soit-il, Fred Olen Ray, comme bon nombre des artisans de la Série B yankee de l’époque, semble peiner à enclencher la seconde, comme si la maigreur du son budget et la lucidité qu’il a à l’égard de son travail l’empêchaient de se frotter sérieusement à Mad Max 2, éternel modèle que ni lui ni ses camarades de chambrée ne sont parvenus à approcher. La faute justement à cette retenue qu’ils transforment en second degré campy, à cette conscience qu’ils ne sont là que pour alimenter les étagères des vidéoclubs le temps d’un mois avant de les remplir avec autre-chose, généralement un sous-Alien tourné dans un hangar ou du sous-Rambo aux grenades en plastique, là où les Italiens essayaient vraiment de déloger le roi Miller et s’en remettaient à des trouvailles toujours plus folles. Résulte de la frilosité de Ray une toute petite épopée où l’on ne se foule pas, tout comme ne se foule pas un David Carradine sans entrain, qui devait probablement avoir oublié l’existence même du film trois jours après le clap de fin. Ca déambule donc sans suer autour des trois mêmes rochers de Vasquez Rocks, dont l’aridité lui permit d’accueillir toute une série de petits budgets cherchant un décorum sablonneux, comme le Mutant scénarisé par Jim Wynorski ou le Biohazard de Fredo Ray, justement. Et cela cogne mollement quelques sbires casqués, dont il suffit de retirer le masque à gaz pour qu’ils s’éteignent dans la seconde, mise à mort pratique pour un Carradine peu disposé à lever la jambe ou distribuer de la manchette. Quant aux courses-poursuites, inutile de préciser que l’on ne roule pas sur la Fury Road, et que ce n’est pas le Paris-Dakkar non plus : quelques carlingues sont renversées ou prennent feu, mais ça ne sent jamais le kérosène ni la tôle froissée. Cheap, non pas parce que le compte en banque du copain Fred était effectivement dans le rouge, mais de part son statisme et son second degré cachant mal un manque de volonté qui parvient en comparaison à faire passer Le Gladiateur du Futur de Joe d’Amato, excellente bisserie mais pas tout à fait la définition même du blockbuster, pour Ben-Hur.

 

 

Très mauvais film d’action, Warlords se rattrape heureusement grâce à des personnages un peu plus recherchés que la moyenne et bénéficiant d’un réel background. Le chevalier Dow doit ainsi vivre avec le triste statut de clone d’un soldat de légende, que l’armée a multiplié pour pouvoir répandre ses bons services, tandis que le soi-disant ordinateur qu’il traîne avec lui et lui sert de GPS est en vérité un petit être irradié, une sorte de Ghoulies ou de Boglins (pour qui se souvient de ces jouets populaires dans les années 80), également proche dans l’esprit de l’ami Belial de Basket Case. Même Danny, qui écope du rôle habituel de la demoiselle en détresse, se distingue de par sa dinguerie, dont elle écopa après avoir vu toute sa famille se faire assassiner sous ses yeux par des hordes violentes. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà beaucoup dans pareil registre, où il est fréquent de se contenter de vagues silhouettes ou de mannequins vides pour tout personnage. Merci au scénariste Scott Andrew Ressler, dont la carrière se fera comme cameraman sur Dexter ou quelques gros films, visiblement soucieux de livrer un récit à peu près construit et dont l’imagination limitée commande tout de même un twist bienvenu, puisque celui-ci rajoute encore un peu de malheur sur le dos du pauvre Dow. Sa femme n’a ainsi pas été subtilisée et mise à l’esclavage par le vil Sid Haig, elle l’a suivie parce qu’elle était son amante depuis un bout de temps déjà. Et celui-ci n’est pas l’homme à abattre, mais en fait le véritable chimiste potentiellement capable de ramener notre race sur des meilleurs rails. Un bel effort de scénarisation, et avec un ton général moins gai et un premier rôle un peu plus impliqué, il y avait moyen de fournir un petit drame futuriste suffisamment noirâtre pour marquer quelques esprits. Warlords n’en reste pas moins un brouillon de bonne idée, et ne peut finalement compter que sur l’indulgence d’une audience plus acquise à la cause de son casting – on retrouve aussi dans ces dunes Cleve Hall, Debra Lamb et Michelle Bauer, ainsi qu’un très drôle Ross Hagen en vendeur d’armes pervers, passant le minou de ses esclaves sexuelles au compteur Geiger pour s’assurer que son zgeg ne fondra par dans leur fente atomique ! – qu’à celle du film en lui-même.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Fred Olen Ray
  • Scénario : Scott Andrew Ressler
  • Production : Harel Goldstein, Fred Olen Ray
  • Pays : USA
  • Acteurs : David Carradine, Dawn Wildsmith, Sid Haig, Ross Hagen
  • Année : 1988

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