Les Envahisseurs de l’Espace

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Ils sont des Envahisseurs de l’Espace (1970), ils sont Japonais et ils ne viennent pas pour déposer un ballotin de pralines sur le pas de la porte. Logique qu’ils ne soient pas du genre à le dire avec des fleurs puisqu’ils sont tirés du vivier de sales bêtes du grand Ishirō Honda, celui qui dompta la premier le roi des monstres, j’ai nommé Godzilla, et ce dès 1954. Fidèle à son style, le voilà associé une ultime fois à la Toho pour sortir des eaux un calmar, un crabe et une tortue comme de coutume pris de gigantisme.

 

 

Les Envahisseurs de l’Espace, Yog : Monster from Space, Space Amoeba, Yog : The Space Amoeba, Pentaculus… Autant de blases venus de contrées différentes ne parvenant pas à résumer aussi parfaitement l’affaire que le japonais Gezora, Ganime, Kamēba: Kessen! Nankai no Daikaijū, qui signifie plus ou moins « Gezora, Ganime, Kameba : la bataille décisive entre les monstres géants des mers du sud ! ». On ne chipote pas aux pays des cerisiers : ton titre fera aussi office de synopsis et de fiche technique, et se devra de présenter tous les monstres à l’affiche, histoire que le propos destructeur soit clair, net, précis et souligné quinze fois. De la Toho pur jus, et du Honda comme on l’a toujours connu au fond. Pour la dernière fois cependant : quelques temps avant la sortie du film, le spécialiste des effets spéciaux maison qu’était Eiji Tsuburaya ne trouva rien de mieux à faire que de décéder, et désireux de lui rendre hommage le loyal Ishirō désirait placer un carton « à la mémoire de… » en entame de Space Amoeba. Refus de la part des dirigeants de la Toho, et colère du réalisateur, que l’on ne reprendra plus à offrir ses services à la baraque des monstres nippons. Lui, ainsi que quelques ouvriers des ombres, s’en iront vers d’autres cieux, souvent ceux de la télévision, laissant donc à leurs fans ces Envahisseurs de l’Espace comme ultimes compagnons. Le genre ne s’arrêtera bien évidemment pas là, et le vieux Godzi et tous ses cousins et cousines reviendront piétiner des gares et se gratter le cul sur la tour de Tokyo à intervalles réguliers avec d’autres cinéastes, mais le départ d’un Honda par qui tout commença n’en reste pas moins une date, le symbole d’un passage d’une ère à une autre.

 

 

Notez bien que cela ne change pas grand-chose une fois le bouton « play » enfoncé : toujours aussi peu décidé à quitter les rivages des continents perdus et des îlots abandonnés par le temps, Yog : Monster from Space (nom choisi par les Américains de AIP pour la distributions dans leur secteur) ponctionne encore et toujours ses idées dans ce bon vieux King Kong, avec sa péninsule méconnue, sa tribu menée par un shaman priant des divinités aquatiques craintes comme une hausse du prix de l’essence et ses bonnes âmes aventurières prises au centre d’un terrible conflit entre giant monsters. Pour être bien de son temps, il est décidé d’avoirs recours aux services d’une entité extra-terrestre, sujet en vogue depuis une quinzaine d’années déjà qui devrait permettre à l’ensemble de ne pas trop ressembler à une énième copie du Monde Perdu. Ainsi, alors qu’une fusée spatiale envoyée par l’homme traverse le cosmos pour aller analyser Jupiter, elle entre dans une sorte de champ magnétique, en fait un être vivant désireux de prendre le contrôle de notre Terre (pour ne pas changer) et redirigeant la navette vers son point de départ pour mieux atterrir sur la planète bleue. Une fois dans nos océans, cette si diabolique poussière de diamants s’infiltre dans plusieurs animaux auxquels elle fait gagner quelques pointures, et se sert de leur animosité pour terroriser les habitants d’une petite île que plusieurs entrepreneurs aimeraient transformer en lieu de plaisance. Entre les pattes, pinces et tentacules de nos bestioles s’agiteront donc un photographe, un agent immobilier, son assistante, quelques sauvages portant le pagne et un espion industriel, dont le brouillard conquérant finira par prendre le contrôle, jugeant qu’une enveloppe charnelle toute humaine pourra lui être utile. De l’aventure, des mecs en costumes qui se mettent sur la truffe, des bons sentiments, de la chevalerie, des décors exotiques, mais surtout rien de bien nouveau.

 

 

Mais était-il permis d’attendre autre-chose que l’habituel combat de catch d’un énième kaiju flick ? Bien sûr que non, et Honda fait de son mieux pour satisfaire les attentes d’un public bien précis et toujours heureux de retrouver les mêmes figures, le même décorum et les mêmes colosses prêts à monter sur le ring. Ceux qui étaient fans avant le seront toujours après Space Amoeba, et ceux que le genre ne fait pas vibrer se diront que ce barnum monstrueux ressemble fort au Godzilla vs Ebirah sorti en 66, la présence dans les deux bandes d’un pagure aux allures titanesques facilitant encore le rapprochement. Mais vu que rien ne ressemble plus à un film de monstre géant japonais qu’un autre film de monstre géant japonais, et qu’au fond on a pas forcément envie de voir l’ADN du genre muter trop franchement, on étouffe nos petites plaintes et on profite d’un spectacle allant droit au but, ainsi que de ses petites originalités. Comme le fait que c’est à l’aide d’ultrasons de chauve-souris que l’ordre sera rétabli, les capacités des pipistrelles libérant les animaux du contrôle cérébral de l’entité spatiale, leur permettant de redevenir de simples bêtes sanguinaires s’entre-tuant en se jetant dans un volcan. Pas mal non plus cette idée de faire du personnage le plus vil de la bande, faux anthropologue mais vrai espion industriel, le sauveur de notre monde : lui aussi contrôlé par l’alien, la bonne âme qu’il cachait en lui finit par prendre le dessus sur le diable qui s’invita dans ses méninges, et celui dont tout le monde se méfiait à juste titre décide de se jeter dans la lave en fusion pour emporter avec lui le Mal menaçant l’humanité toute entière. Un sacrifice typiquement japonais, et une petite note dramatique bienvenue dans un film du reste très solaire et presque gai. Voir ce mariage improvisé dans le dernier acte entre deux amoureux, alors que tout le monde sait que l’heure est grave et que les pieuvres taille XXL et autres langoustines de quarante tonnes risquent de s’inviter à la fête. Comme quoi, quand certains veulent se passer la corde au cou, rien ne peut les en empêcher.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Ishirô Honda
  • Scénario : Ei Ogawa
  • Production : Fumio Tanaka, Tomoyuki Tanaka
  • Titre Original : Gezora, Ganime, Kameba: Kessen! Nankai no daikaijû
  • Pays : Japon
  • Acteurs : Akira Kubo, Atsuko Takahashi, Kenji Sahara, Yoshio Tsuchiya
  • Année : 1970

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