Psycho Sleepover

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Il suffit de jeter un œil aux caméos présents dans Psycho Sleepover (2008) pour savoir où punaiser sur notre carte du monde de l’horreur ce gros Z aux confins de l’amateurisme, dans lequel tournicotent donc l’égérie passée du slasher Felissa Rose, connue pour en avoir une sacrée paire sous sa jupe et avoir salement puni les mauvais bougres dans Massacre au Camp d’été, et le trublion Lloyd Kaufman, patron de ce monolithe du mauvais goût et de la connerie qu’est Troma. C’est mathématique, notre low-budget du week-end, emballé par Eric Gosselin et un Adam Deyoe par la suite amené à tourner Dead Season (2012), rendra donc équitablement hommage aux hécatombes des 80’s et aux bains toxiques montés avec les moyens du bord du père du Toxic Avenger, qui accueille d’ailleurs notre petite pelloche dans son catalogue.

 

 

Qui d’autres d’ailleurs pour faire de la place à pareille production dans ses agendas ? Personne, et seul l’oncle Lloyd, jamais contraire à une bonne glissade sur peau de banane ou à l’idée de laisser s’échapper un prout au jus dans un slip emprunté à un copain, pouvait s’émouvoir devant Psycho Sleepover, que l’on devine imaginé lors d’une soirée entre potes, entre deux parties de Turtles in Time et alors que défile au fin fond de leur cave les images tirées d’une vieille VHS d’Aerobicide, devant laquelle les zouaves révisent leur gymnastique au centre d’un cimetière de canettes de bière bon marché. Car il est peu probable que l’entreprise se soit matérialisée lors d’intenses réunions où l’on porte la cravate, carnet de note sur la table de verre et la banque au téléphone pour tout faire le point sur la santé des comptes, que le maigre budget du film ne dût pas pousser à rougir. Notre premier tableau semble donc on ne peut plus raccord avec les intentions que l’on devine chez Gosselin et Deyoe, à priori soucieux de rendre hommage à ce que la Série B avait de plus festif deux décennies auparavant, lorsqu’il en arrivait de biens bonnes à Linnea, Michelle et Brinke alors que celles-ci n’aspiraient qu’à passer une paisible soirée entre copines. On y pense fatalement aux Nightmare Sisters et Sorority Babes in the Slimeball-O-Rama assemblés par Dave DeCoteau, dont l’esprit volontairement déluré se retrouve capturé par la paire de jeunes cinéastes et finit dans un script trouvant ses bases dans le Alone in the Dark de Jack Sholder, mais infusé au slasher bas de plafond comme Slumber Party Massacre, dont on pastiche le poster tout en reprenant sa typo rouge et jaune. En gros, une douzaine de fous profitent du manque d’attention de leur surveillant/psychiatre pour fuguer de l’asile où ils sont retenus, un piteux sous-sol aux allures de parking et sans gardiennage réel dans lequel on rentre et sort comme dans un hall de gare. C’est ça aussi le monde des micro-budgets, les jeunes. Et où vont-ils, nos affolés de la citrouille pour passer du bon temps et se laisser aller à leurs penchants les plus meurtriers ? A une soirée pyjama bien sûr, où est conviée la malheureuse Debbie, qui souffrit d’avoir été forcée de liquider son propre petit-copain, serial-killer à ses heures perdues. Un hobby que partageait d’ailleurs le propre père de la Debbie, décidément fort mal entourée. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle fut invitée à la nuit blanche, organisée par trois demoiselles (dont une est incarnée par un mec obèse, ce qui en 2021 passe pour moins humoristique qu’en 2008) elles-mêmes meurtrières, et pensant recueillir en Deb’ une dingue de plus pour castrer les mâles aimantés jusqu’à leur antre.

 

 

En gros, y a pas un protagoniste de net dans l’affaire, les trois-quarts du casting se remplissant de mabouls optant pour le rire dément lorsqu’ils se douchent dans le sang d’autrui, ou de dégénérés arpentant les rues le sabre à la main pour raccourcir le premier venu d’une bonne tête. Les plus normaux du lot ? Debbie tout d’abord, brave final girl amenée à dépasser ses traumas pour trouver une combativité de lionne ; et deux nerds puceaux ensuite, venus jouer les voyeurs et se masturber dans les buissons en pensant assister à une banale soirée polochon, et impliqués malgré eux dans un carnage grandeur nature lorsque le quartier tout entier se trouve envahi par les barjos. Et lorsque les persos les plus sympathiques du bidule sont deux bigleux, branleur intempestif pour l’un, ringard n’ayant jamais connu d’érection pour l’autre, vous savez que vous n’êtes pas en route pour votre massacre routinier. D’ailleurs, même si ça slashe plus que bien et que le score de Psycho Sleepover affiche tout de même 33 morts non-naturelles, chiffre rendu élevé de par le grand nombre de zigouilleurs en activité dans ces parages, c’est la rigolade que l’on vise, sans avoir à choisir entre rire fou et fou rire. Des comédies horrifiques sans le sou, on en a croisé plus qu’on aurait voulu, et on sait par avance que dans le tas, rarissimes sont les élus capables de faire tomber nos moues de déçus. Et on a encore vu il y a peu avec The Sins of Dracula que l’art de l’humour, soit on l’a dans le sang et tout ira pour le mieux, soit on ne l’a pas et l’on se retrouve comme deux ronds de flan à subir des tunnels de dialogues dans lesquels on se promet de ne plus jamais s’engouffrer. Il était d’ailleurs légitime de craindre pour notre après-dîner : en prenant pour exemple évident l’ambiance des retrouvailles so girly entre Quigley, Bauer et Stevens, l’ensemble aurait fort bien pu reproduire les longues plages de bavardages que DeCoteau arbitrait pour meubler ses productions. Heureusement pour nous, Deyoe et Gosselin sont plus malins que ça et profitent de l’occasion donnée de s’attaquer à leurs modèles pour en gommer les défauts.

 

 

Zéro temps mort ou presque ici-bas, le duo misant sur l’énergie et un script certes réduit à sa plus simple expression mais ayant le bon goût d’aller constamment de l’avant, refusant vaille que vaille de s’encroûter en redéfinissant des protagonistes qui passent selon les besoins du statut de victime à celui de tourmenteur. Et alors qu’il aurait été si simple pour Psycho Sleepover de s’épuiser à force de frénésie, la deuxième moitié tenant de l’abattage ininterrompu, le miracle se produit et le tout tient droit sur des gambettes que l’on aurait imaginées plus frêles. Bien que fauché et que cela se voit, le film reste étonnamment solide techniquement parlant, car éclairé de manière à rester visible et garni d’une bande-son oscillant entre pop rock pas trop mal et sons 8bits sortis de la première Nintendo. Ce n’est pas précis comme du Fincher ou pensé comme du Villeneuve, mais aucun être vivant normalement constitué ne se lançant dans un slasher tourné entre amis à temps perdu dans l’espoir d’y trouver une suite de Zodiac ou Prisoners, on peut apprécier la tornade pour ce qu’elle est : un vent affranchissant ne se refusant aucune idée, et rendant hommage au genre en créant une armada de tueurs masqués, pour certains des réminiscences des années K7. Chirurgien révisant ses cours d’anatomie sur des patients non-consentants, diablotin aux griffes d’acier, rôdeur portant le masque de hockey, homme d’affaire asiatique (!), gros ourson avec un godemichet vissé au slip, une soi-disant maman se baladant avec un bébé en plastoc sous le bras et tentant d’étouffer ses victimes sous ses gros seins laiteux, Charles Manson du pauvre, ventriloque étrangleur, crash dummies sodomite… Une sacrée galerie guillotinant (et se faisant guillotiner puisque le gros des pertes est à dénombrer dans leurs rangs) à tour de bras, tronçonnant, arrachant des visages, enfonçant des bâtons dans des culs pour les faire ressortir par le pubis et arracher un pénis au passage, tabassant à la barre de fer, fracassant des crânes au maillet ou enfonçant des machettes dans des poitrines (parfois révélées dans une gratuité typique du genre), le tout dans un bordel inimaginable. Pas foncièrement gore, la faute à un budget riquiqui empêchant l’utilisation d’effets spéciaux et de tripailles même factices, le carnage n’empêche en tout cas pas la bêtise et l’insouciance de gagner des parts de marché chez les héros, qui bien que menacés de partout, ne pensent qu’à une chose : se faire sucer la bite. Tellement con que ça en devient à peine croyable, mais ça n’en fonctionne pas moins. On s’amuse, on s’attache aux personnages, même quand ils ne sont que des gros lards au regard livide n’aspirant qu’à manger des chips (et à se faire pomper, évidemment), et on se dit que pour un glaviot craché à la va-vite, Psycho Sleepover colle bien aux murs.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Adam Deyoe, Eric Gosselin
  • Scénario : Kurt Kroeber, Adam Deyoe
  • Production : Adam Deyoe, Eric Gosselin
  • Pays : USA
  • Acteurs : Rachel Castillo, Emilia Richeson, Ariel Teal Toombs, Ryan Martin, Frankie Frain, Paul Rust
  • Année : 2008

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