Goblin

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Lorsque Todd Sheets balance sur le marché Goblin en 1993, le zigomar n’en est pas à son premier plat de charcuterie, et cela fait quelques années déjà qu’il s’est payé une caméra bon marché pour planter son objectif dans de la barbaque encore dégoulinante de sa sauce au vin rouge. Convivial comme une soirée raclette, Goblin reste aussi dans le sujet en refilant un vilain mal de ventre à l’assistance, bonne pour finir la fête la tête dans le lavabo.

 

 

Quelle loterie que celle du shot-on-video, systématiquement incapable de nous présenter le nouveau Dario Argento ou même le prochain Frank Henenlotter, mais dans ses bons jours en mesure de faire partager la passion de jeunes gars – et jeunes garces, même si elles se faisaient rares – ayant un beau matin décidé de sauter le brossage de dents et le petit déjeuner, chiper quelques chipolatas dans le frigidaire de leur pauvre môman et aller les jeter à la tronche de leurs meilleurs potes, avec trois tonnes de sauce tomate en bonus, pour créer leur petit splatter bas de plafond rien qu’à eux. Mais comme on l’a dit, ça c’est dans les bons jours, ceux de Killing Spree, Death Metal Zombie ou Video Violence. Les mauvais, nous voilà en tête-à-tête avec des cassettes comme l’hypnotique mais pas réussi pour autant Heavy Metal Massacre, les si fauchées qu’elles en font peine à voir productions de W.A.V.E. ou le présent Goblin, pourtant emballé par un Todd Sheets qui, arrivé à son vingt-quatrième essai, devrait être en mesure de proposer plus qu’une brouillon de film. Raté, et plutôt deux fois qu’une, sa collection 93 (trois autres SOV s’extirperont de son caméscope la même année) ne semblant pas plus mature que ses maladresses de jeunesse, et ne peut certainement pas se targuer d’avoir essayé de donner vie à un véritable récit. C’est d’ailleurs le point faible habituel de tous ces très jeunes cinéastes débordant d’énergie et désireux d’avoir une filmo longue comme la liste d’ex-femmes d’Eddie Barclay : trop hâtés de passer au film suivant dont ils ont déjà l’idée avant même que celui sur lequel ils bossent en ce moment même ne soit commencé, ils bâclent et filent au plus pressé, songeant, quelquefois à raison il est vrai, que leur belle énergie suffira à faire de leur gros Z plus qu’un essai amateur que l’on zappe après vingt minutes. Certains peuvent effectivement s’en sortir malgré leur fainéantise et leur empressement, à condition de compenser par un rythme, une ambiance, des idées et même, pourquoi pas, un peu d’humour. Le Goblin sorti de sa grotte par Todd n’a rien de tout ça pour lui.

 

 

Même un borgne dont le seul œil valide se trouve attaqué par une violente conjonctivite notera du premier coup de mirettes que Sheet n’a pas dû réfléchir à son script plus de trois secondes, sans doute le temps nécessaire pour en écrire l’entièreté sur une croûte de pizza trop sèche retrouvée sous son canapé, mais tout de même capable de contenir à elle seule la suite dialoguée dans son entièreté. L’histoire, et il est osé de lâcher le mot concernant Goblin, est celle d’un groupe de hardos (ils ont tous des nuques longues, nous les soupçonnerons donc de braquer plus naturellement vers la sauvagerie de Dark Angel et la pestilence de Celtic Frost plutôt qu’en direction de la barbe à papa de Madonna ou des sucettes à la framboise de Cindy Lauper) nouvellement installé dans une baraque où gisent toujours quelques valises des anciens occupants. Et comme dans un cabanon loué par les deadites de Sam Raimi, la découverte d’un journal de bord leur apprend que le précédent occupant récita les incantations qu’il ne fallait pas et invoqua un démon enfiellé, définit comme un gobelin mais ressemblant surtout à un homme des cavernes sur la gueule duquel on aurait collé des restes de scarole. Ca sera tout pour le récit, conté par une bien pratique voisine qui passait par là et vient partager ses lumières avec des chevelus plus intéressées à l’idée de draguer leurs meufs, s’envoyer une quatre-fromage sèche comme un pied corné et faire les cons en petit comité. Normal que la bestiole infernale désire s’inviter à la nouba, équipée de tout ce qui ferait, deux rayons DVD ou VHS plus loin, la joie des slasherophiles. Car malgré sa nature de gloumoute que l’on imaginerait éventrer et transpercer des torses à la force des griffes, le diablotin use de tout un outillage à rendre pâle un Jason Voorhees ou un Harry Warden. Et cette utilisation d’ustensiles de mort ne tient pas au fait que Todd Sheets n’a pas les moyens de créer une paire de fausses mains monstrueuses pour son monstre : c’est bel et bien le cas, mais ça ne l’empêche jamais de montrer les mimines poilues, mais pas franchement infernales, de l’acteur flanqué sous le costume. On mettra donc l’usage de tout ce matériel piquant sur le compte d’une envie de varier les plaisirs, même si la diversité des meurtres accouche toujours des exacts mêmes plans.

 

 

Que l’on enfonce une serpe dans un vagin (aie!) pour ensuite y aller d’un fist-fucking permettant de faire tomber les organes du sexe ainsi assassiné, que l’on plonge une foreuse dans un œil pour imiter grand-papa Fulci, ou même que l’on loge un tisonnier dans un anus pour le faire ressortir par le bide du pauvre gars embroché comme un cochon, le résultat reste peu ou prou le même sous la caméra de Sheets. Soit à un amas d’abats récupéré chez le boucher local, que l’on arrose le plus souvent de ketchup, parfois d’eau quand on se rend compte que les tubes Heinz sont vides, et même de moutarde, peut-être parce qu’on envoya un daltonien au rayon sauces ce jour-là. Présenté ainsi, le spectateur le plus carnivore doit penser qu’il pourra trouver en Goblin suffisamment de bidoche pour avoir à se curer les dents pour le restant de la semaine, voire être obligé de balancer son dentier dans le lave-vaisselle pour lui retirer ses tâches de jus de rôti. Et il est vrai que sur le plan du gore, ça y va sans regarder à la dépense de Sopalin et qu’une femme de ménage commencerait à s’inquiéter pour l’intégrité physique de sa serpillière, promise à un tirage de langue après deux minutes. Sheets, s’il devait être rapproché d’une mouvance, grossirait les rangs des artisans Allemands, ces gros dégueulasses pour qui ne semble compter que le besoin de repousser les limites de l’innommable et la joie de se laisser flotter dans une mer de viscères. Bouée et flotteurs obligatoires, et ceux qui ne sont pas pressés de se baigner regarderont du bord en se disant que ces gros plans sur des filets mignons ou ces colliers d’agneau que l’on triture ou presse à la force des doigts sont trop insistants pour ne pas nous donner envie de nous rabattre sur une salade césar. Nous voyant peut-être venir avec nos accusations de répétitions, Todd donne un coup de pied dans la carcasse de ses morts en fin de parcours, pour qu’ils se redressent, adoptent le look du zombie cheap et prennent le relais du gobelin, épuisé d’avoir à vider tout le cast de ses entrailles. Mais franchement, pour ce que ça change…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Todd Sheets
  • Scénario : Jerry Angell, Todd Sheets
  • Production : Todd Sheets
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mike Hellman, Kim Alber, Jenny Admire, Bobby Westrick
  • Année : 1993

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