The Sins of Dracula

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Dans sa longue carrière de prince des ténèbres, Dracula aura tout vu, tout connu, tout incarné, s’alliant par ici avec de sautillants revenants adeptes du kung-fu, se la jouant rockstar à minettes par là, posant ses valises au Pakistan pour retrouver des couleurs ou devenant à temps perdu le directeur d’une prison pour femmes de petite vertu. Par contre, autant que l’on s’en souvienne, et sauf à considérer Nosferatu comme un Dracula pur jus, et cela se défendrait, il n’a jamais été chauve et dût attendre 2014 et le The Sins of Dracula du stakhanoviste de Rhode Island Richard Griffin pour perdre son pelage de barbastelle. Enter the bald prince of darkness !

 

 

D’entrée de jeu, et quoi que vaillent ses talents de cinéaste, Richard Griffin a déjà gagné notre sympathie de par l’imprudence de ses décisions passées, cet évident fanatique de tout ce que le cinéma d’horreur a pu sécréter de poisseux tournant alors le dos à un confortable taf dans une chaîne de télévision pour mieux enserrer ses rêves de faiseur de frousse. Et depuis c’est la marée avec quelques quarante films, dont la majorité épousent le format long, pour la plupart shootés pour quelques 20 000 malheureux dollars et s’échinant dans tous les cas à retrouver la sève d’un fantastique à l’ancienne, au carrefour des malédiction fulciennes, du cinéma grindhouse des 70’s à base de nonnes n’ayant jamais raté un cours de tir et des bonnes vieilles légendes sur lesquelles ne finissaient plus de se retourner la Universal, la Hammer Films et leurs hordes de suiveurs. Pas un choix de carrière fait pour redonner le sourire à son banquier, ni pour rassurer des parents sans doute inquiets de voir le fiston retourner jouer avec des bidons de ketchup comme en 82, mais le plaisir enfin trouvé d’être libre de faire ce que l’on veut. Comme par exemple mettre la boule à zéro à Vlad Tepes, à nouveau dans l’attente d’une résurrection et pouvant, comme d’ordinaire, compter sur les bons soins d’un dévoué à sa cause, tenancier d’un petit théâtre particulièrement pratique lorsqu’il s’agit d’attirer de jeunes originaux en coulisses pour mieux récolter leur précieuse vinasse, que l’on ira vider dans le tombeau du vieux Dracula. Redressé, le Comte peut enfin reprendre ses projets trop longtemps abandonnés, comme la création d’une armée de goules qu’il commandera pour mieux prendre le contrôle du monde. Mais si le vampire a toujours la dent dure, il en va de même pour les habitudes et un jeune catholique et son pasteur, descendant direct des Van Helsing, se mettront sur son chemin, crucifix en avant et gousses d’ail autour du cou, pour empêcher son influence de s’étendre sur leur quartier.

 

 

Griffin est un homme de traditions, et un fin connaisseur des genres auxquels il s’attaque. C’est-à-dire tous ou presque, The Sins of Dracula servant de reliure pour souder différentes époques, différentes saveurs du cinoche d’horreur, et tel un globe-trotter des donjons du monde entier, Richard a visité les gift shops de toutes les geôles où il s’est arrêté et en est revenu avec des portes-clés souvenirs plein les poches. Des vieux manoirs écossais, il est reparti avec une intrigue toute hammerienne, avec son commandant des vampires que tente de réanimer un aristocratique scélérat, tandis qu’un enfant de chœur et le curé de la paroisse taillent leurs pieux pour mieux débuter la révolte. Du Colisée romain, il a récupéré les éclairages les plus bruts utilisés par Saint Dario, laissant le bleu vif, le rouge incandescent ou le vert le plus frappant déborder de son cadre et gifler ses comédiens comme dans un bon Inferno. Et de son road-trip à travers l’Amérique, il a gardé le côté pop et campy des plus modestes auteurs des années 70 et 80, avec en bandoulière la conscience que ses timides coulures sanguines et ses trop sommaires arrachages de palpitant trahiront à chaque instant l’atrophie de son budget, et qu’il vaut mieux donc en rire le premier avant que les spectateurs s’y mettent dans la section commentaire d’Imdb. C’est d’ailleurs là le problème de Griffin sur ce coup-ci : trop raisonnable pour se frotter sérieusement à ses modèles, il souligne ses défauts pour les rendre plus apparents et en faire des parties intégrantes de son art, alors qu’on ne se serait pas fâchés de le voir mettre en sourdine un second degré portant peu de fruits. C’est bien simple, si ce n’est un exorciste groovy échappé de laet un ultime gag nous faisant découvrir que tous les personnages, au demeurant sympathiques pour la plupart, sont désormais coincés en enfer pour y souffrir de l’éternelle damnation, aucun running gag, aucun coup de coude ni clin d’oeil ne nous délivre de la moue, le réalisateur étant de toute évidence plus à son aise avec la technique (les éclairages sont superbes pour un produit de ce type, et la bande-son frôle l’excellence dans son mélange entre new-wave et sonorités bis à l’italienne) qu’avec son scénario, dont il abandonne la rédaction au très actif Michael Varrati.

 

 

 

L’ennui, c’est qu’en se reposant sur le gros bidon de sa comédie pas drôle plutôt que sur les canines crochues de son groupe de vampires toujours plus grandissant, Griffin cadenasse The Sins of Dracula derrière un flot ininterrompus de dialogues, comme si notre bonhomme, pourtant pas un caneton d’hier question septième art terrifiant, avait oublié que les classiques qu’il désire approcher frappaient par leurs silences plutôt que par leur verbe. La Hammer, c’était Christopher Lee flottant sur ses brumes plus que les politesses en coin de cheminée, le brandy à la main. Fulci, c’était la chair déchirée par des mains putréfiées sorties de l’ombre d’une cave où il n’est pas bon s’installer, pas les explications de toute façon expédiées sur les origines des maux du monde. Ici, cela bavasse comme chez Bernard Pivot au fil d’un talk-show ininterrompu, où le jeune chrétien se demande s’il est bien judicieux de rejoindre sa copine au lit avant le mariage, tandis que les âmes viles mettent en rimes leur noirceur, plus contée que démontrée. On ne s’ennuie pas réellement car on le répète, tout cela est fort joli pour une Série Z et la présence d’un Drac’ sans moumoute intrigue suffisamment pour que l’on reste assis du début à la fin d’un film par ailleurs fort court (80 minutes, générique compris). Mais on regrettera cette tendance à la déconne perpétuelle, comme si Griffin n’avait retenu de Vampire, vous avez dit Vampire ?, autre influence évidente, que ses aspects les plus plaisantins, alors que Tom Holland avait justement créé le film multi-facettes parfait, tantôt flippant, tantôt triste, tantôt strictement divertissant. Et alors que Griffin avait rassemblé une troupe de personnages tous unis par leur aspect décalé au regard de la société (le catho naïf, la nerd fana de jeux de rôles, le snob un peu goth sur les bords, le gentil gay et le drogué), il ne profite jamais du mal-être que l’on devine parfois en eux pour en faire des figures tragiques légitimement tentées à l’idée de se trouver une famille dans la crypte de Dracula. A la place, comme dans une comédie de boulevard, où les vas-et-viens de chacun finissent par leur faire ouvrir une porte derrière laquelle se cache soit le vampire en chef, soit son bras droit tout en surjeu (au point qu’il en devient douloureux à regarder), soit l’un de leurs amis déjà passé mort-vivant. Par manque d’ambition, The Sins of Dracula passe donc à côté de son sujet et déforce des séquences qui, prises avec un peu plus de sérieux, auraient pu devenir cultes, comme cette sodomie débouchant sur le suçon vampirisateur. Reste un petit film amusant et aimable, mais bien trop moelleux pour marquer les esprits.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Richard Griffin
  • Scénario : Michael Varrati
  • Production : Ted Marr, Stacey St. Edmunds
  • Pays : USA
  • Acteurs : Johnny Sederquist, Carmine Capobianco, Steven O’Broin, Samantha Acampora, Sarah Nicklin, Jesse Dufault
  • Année : 2014

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