The Maze

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En devenant le chef décorateur d’Autant en Emporte le Vent (1939), William Cameron Menzies s’assura que son nom reste inscrit dans toutes les bonnes encyclopédies sur le septième art. Mais en tournant Invaders from Mars (1953), c’est dans les bibles de la science-fiction qu’il grava son nom, sans pour autant être le petit nouveau du quartier du fantastique, puisqu’il lui offrit avant cela quelques magiciens louches et même un Fu Manchu toujours aussi chafouin. C’est néanmoins sur son ultime long-métrage – suivront quelques courts et épisodes de série avant un regrettable décès en 1957 – le tridimensionnel et bien trop méconnu The Maze (1953) dans lequel on se perd avec plaisir aujourd’hui.

 

 

Attention, cela spoile par ici, allez donc voir ce très bon film avant de revenir ici.

 

Alors qu’il profite des meilleurs nectar en bordure de piscine avec sa fiancée Kitty (Veronica Hurst), qu’il doit épouser dans à peine deux semaines, et de la présence la tante de celle-ci, Edith (Katherine Emery), le richissime Gerald (Richard Carlson, L’Etrange Créature du Lac Noir) se voit apporter une missive le sommant de plier bagages et prendre en urgence la direction de son château en Ecosse, dont il n’a plus frôlé les pierres depuis près de quinze ans. Une bise tendre sur la joue de sa bien-aimée, à laquelle on fait la promesse de revenir au plus vite pour l’embrasser tout autrement en temps et en heure devant l’autel, et Gerald s’envole pour ses terres, où l’attendent un oncle qui, jadis, l’empêchait de pénétrer dans le gigantesque labyrinthe bordant leur domaine et fermait à clef toutes les pièces du château une fois la nuit tombée, sans que son neveu ait jamais su pourquoi de telles précautions étaient prises. Reste que six semaines passent et que Kitty n’a toujours pas de nouvelles de son ex-futur époux, et c’est alors que la date du mariage est largement dépassée qu’elle reçoit un courrier de Gerald s’excusant de l’avoir abandonnée de la sorte, expliquant qu’il se doit de rester à son castel et qu’il espère qu’elle retrouvera vite un preux chevalier à même de chasser son souvenir. Incompréhensible pour la jeune femme, pas du genre à se résigner à voir l’amour de sa vie s’évaporer dans la nature. Et c’est tout naturellement qu’elle se rend avec sa tante au Craven Castle pour découvrir quel drame retient son cher et tendre loin d’elle, pas apeurée à l’idée de découvrir un squelette dans un placard ou un fantôme planqué sous le tapis. Il doit forcément y en avoir d’ailleurs, car comment expliquer sinon que leur taxi abandonne leurs bagages sur un sentier et profite que les deux dames soient sorties du véhicule pour filer en douce, s’enfonçant dans l’épais brouillard qui boucle la résidence ? Il suffit d’ailleurs de voir à quel point Gerald a vieilli en quelques semaines, ses tempes virant au poivre et sel alors que son visage pourrait désormais être celui de son père, pour comprendre que quelque-chose cloche. D’ailleurs, comme son oncle, que l’on apprend défunt, le nouveau maître des lieux, délesté de tout sympathie, enferme ses invitées dans leur chambre à la nuit tombée et leur interdit fermement les balades aux alentours du dédale, au centre duquel se trouve un bassin aux allures de pataugeoire antique.

 

 

 

 

Que cette satanée Histoire sait être ingrate. Alors que The Maze avait tout de son côté pour devenir un classique, certes mineur mais tout de même, le voilà parce que l’on n’en a pas assez vanté les mérites forcé de se contenter d’un statut de secret bien gardé, apprécié de ceux qui savent mais insoupçonné de tous les autres. Et alors que tout low budget monstrueux de l’époque finit un jour ou l’autre par poser ses griffes dans nos petits patelins, ce labyrinthe peine à étendre ses parois jusqu’à nous. Son tort est d’ailleurs peut-être de ne justement jamais se donner des airs de creature feature bête et méchant, son affiche gardant le mystère quant aux démentielles découvertes que Kitty et sa tata feront dans la forteresse où s’est retranché le pauvre Gerald, malheureux comme un Noël sans sapin. Pour sûr que si le poster avait mis en avant une énorme gloumoute occupée à baver dans le décolleté d’une Veronica Hurst hurlant à la mort, le film de Menzies aurait trouvé notre chemin, que les distributeurs français auraient tracés pour lui. Mais comme les bons petits films à suspense, finalement plus attachés à leurs mystères et cachotteries de vieilles familles qu’aux sursaut facile et à l’horreur brute, ça ne vend guère de rêve au monster maniac de base, on fait l’impasse. Alors qu’on ne devrait pas. The Maze, c’est le bon produit dans toute sa splendeur, celui qui n’essaie jamais de casser le moule mais a à coeur d’affiner ses formes, tant formelles que scénaristiques, se faisant union parfaite entre une mise en scène qui ne donne certes pas le vertige mais délivre les plans qu’il faut pile quand il le faut, et un script dont les recoins sont d’emblée connus du baroudeur du cinéma gothique mais font aussi le meilleur usage possible des conventions du genre. Non, il n’y a rien de nouveau dans ces énièmes nuits de tous les mystères, où les ombres rampantes sont visibles sous la porte, où l’on découvre des passages secrets derrière de vielles tentures et où les valets et majordomes profitent du silence de minuit pour faire on ne sait trop quoi dans le labyrinthe interdit. Mais Menzies fait du si bon boulot qu’il en remonterait à l’âge d’or de la Universal, dont il a pris bonne note des forces, souvent situées non loin du coeur battant dans les carcasses de ses héros, tout monstrueux soient-ils.

 

 

 

Audacieux, le réalisateur et son scénariste Daniel B. Ullman, qui adaptent une nouvelle de Maurice Sandoz, poussent la logique encore plus loin et imaginent un monstre plus victime que jamais de sa condition. Un homme vieux de 200 ans né difforme et n’ayant jamais dépassé le stade de l’amphibien, devenu une grenouille errant de nuit dans les couloirs déserts de son château, aidé d’une descendance à la conscience alourdie par le secret et des domestiques voyant dans leur antipathie le meilleur moyen de repousser les regards indiscrets. Non pas pour protéger d’éventuels visiteurs d’un ancêtre meurtrier, mais justement pour le protéger lui des rires extérieurs, ce « sir » qui ne tolère pas sa propre enveloppe charnelle n’ayant visiblement pas le coeur suffisamment bien accroché pour soutenir le regard d’un monde généralement en manque de bienveillance pour les curiosités de sa sorte. Triste conclusion d’ailleurs que celle de The Maze, où perdu dans le labyrinthe Kitty rencontre le crapaud et se met à hurler, paniquant la rainette au point que celle-ci prend la fuite et, ses sens troublés par l’agitation, se défenestre, comme si le suicide était sa seule réponse face à la terreur qu’il inspire à autrui. Bien malheureuse conclusion à la vie de paria d’un homme-bête par ailleurs très réussi sur le plan technique, ce qui ne sert néanmoins jamais d’excuse à Menzies pour le traîner devant l’écran toutes les cinq minutes, gardant pour la toute fin l’effet qu’il ne manquera pas de produire sur l’audience. Un choix judicieux, et la récompense attendue d’un film lent mais gérant son suspense à la perfection, apportant les réponses aux nombreuses questions de Kitty avec une minutie impeccablement dosée. Alors si l’on rajoute par-dessus cette science de l’énigme un final amer et désespéré dont on se souviendra longtemps, c’est forcément le carton plein.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : William Cameron Menzies
  • Scénario : Daniel Ullman
  • Production : Richard Heermance
  • Pays : USA
  • Acteurs : Veronica Hurst, Richard Carlson, Katherine Emery, Michael Pate
  • Année : 1953

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