Des Monstres attaquent la ville !

Category: Films Comments: No comments

themteaser

Quand vous les voyez, vous les écrasez sans un regard, peut-être même que vous vous amusiez à leur uriner dessus quand vous étiez gosses ! Mais ça, c’était avant, le bon temps, celui où elles ne faisaient pas cinq mètres de haut…

 

On ne le dira jamais assez: les essais nucléaires, c’est pas bien. Le cinéma nous l’a répété encore et encore et tout le monde sait que ça fait grandir les animaux les plus méchants. Car il ne faut pas espérer voir des lapins ou des koalas atteindre la taille de la tour Eiffel, non, les radiations toucheront forcément des gros lézards ou des araignées dégueulasses. Pareil dans Des Monstres attaquent la ville. Les gens sont là, à la cool, dans leur caravane et BOUM!, une fourmi de plus de trois mètres vient frapper à la porte pour demander du sucre. Et évidemment, elle se contente pas d’un cube, elle te démolit la cuisine en passant, sinon ce n’est pas drôle. Sans les essais nucléaires, ça ne serait pas arrivé ! Comme quoi, une bonne morale bien simple sera toujours comprise, même par les plus limités, et celles des fourmis géantes est particulièrement efficace. Et que les américains ne se plaignent pas, quelques temps auparavant, au Japon c’est un lézard géant qui détruisait tout et se battait avec d’autres trucs aussi monstrueux que lui. Les amerloques, au fond, ils ont eu du bol, c’est tombé sur les fourmis, des insectes petits à la base. Mais imaginez les ravages si c’était des putois qui avaient été touchés par les essais nucléaires ! Ah ça oui, ça sentirait la merde, je vous le fais pas dire ! Non, des fourmis, c’est encore cool. Enfin, si l’on peut dire…

 

them1

 

Le film débute avec la découverte d’une jeune fille marchant au milieu de la route, en solitaire. Elle ne dit pas un mot aux flics qui la retrouvent et se comporte comme la choquée de service. Il en faut toujours une. On sait direct qu’il lui est arrivé un sale truc mais on ne sait pas encore lequel. Elle a probablement vu un truc effrayant (c’est pas Paranormal Activity déjà, une piste en moins) et tout ce qu’elle arrive à dire c’est « Them ! Them ! ». « Eux » en français. C’est pas ça qui aide beaucoup les enquêteurs car « eux », ça peut être pas mal de monde. Bon, on rigole, sans se moquer cela dit, mais le film développe tout même un très bon sens du suspens, amené petits à petit, via quelques détails. Les flics inspectent les lieux des mystérieux drames, retrouvent des corps et du sucre sur chaque lieu sinistré. Et puis il y a ce son étrange, que l’on semble entendre au loin et qui n’est pas fait pour rassurer. Non, franchement, c’est presque dommage que l’affiche du film te balance direct les fourmis à la gueule car il y a une montée de tension assez remarquable, surtout pour l’époque. Évidemment, devant tant de phénomènes bizarres, les flics sont vite dépassés et appellent des entomologistes. Et bien sûr, arrivent les fourmis…

 

them2

 

On est dans un film de 1954, en noir et blanc, on ne va donc pas se mentir, on ne s’attend pas à voir des fourmis super impressionnantes. On ne sait pas encore trop si elles seront en mousse ou en carton, mais on se dit qu’elles vont craindre un max, et c’est à peu près la seule chose dont on est sûr. Et on se goure ! Car les bestioles ne sont pas ridicules du tout ! Évidemment, elles accusent un peu leur âge, mais elles ont un charme indéniable. Créées à l’échelle, animées avec des câbles et des poulies, elles rendent beaucoup mieux que la plupart des insectes que l’on pourra voir dans les films suivants qui misent sur les attaques d’insectes énervés. D’ailleurs, leur concepteur, Ralph Hayers, a été nominé aux Oscars pour son travail sur Them!, preuve que les bestioles firent sensation à l’époque. Mais l’Oscar lui échappera, la statuette revenant à l’équipe de 20.000 Lieues sous les Mers. Mais à presque cinquante ans, son travail vieillit bien et les scènes où apparaissent les monstres sont toutes très réussies et prenantes. Leur cri si significatif fait effet et le spectateur ressent le même trouble que les pauvres scientifiques et agents du FBI qui l’entendent. On n’attend qu’une chose: que les héros s’aventurent dans le nid des fourmis, ce qui ne manque pas d’arriver. Découverte d’œufs, fourmis qui jaillissent d’une paroi rocheuse, éradication des insectes au lance-flammes,… De quoi terroriser les cinéphiles des années 50, qui ne devaient pas rire non plus lors de la scène où une horrible fourmi sort d’un trou avec une cage thoracique dans ses mandibules.

 

them3

 

Le problème du film, car il y en a toujours un, c’est que les scènes où n’apparaissent pas les fourmis sont moins prenantes. Elles ne sont pas nazes, même pas ennuyeuse, mais nous sommes surtout là pour voir les bêtes noires. Alors les plans des scientifiques et des politiciens… Ils s’inquiètent parce que dans quelques jours il y aura des milliers, que dis-je, des millions de fourmis et elles vont remplacer l’être humain sur Terre. Et l’être humain n’aime pas ça. Il envisage donc toutes les possibilités pour détruire ces encombrants insectes. Je serais eux, je construirais des bottes géantes. Ou alors je foutrai des radiations atomico-nucléaires-bidules dans le cul de types qui deviendraient géants et écraseraient les fourmis. Bon après on se retrouverait avec des types de quarante mètres mais ça… On ne peut pas tout avoir.

 

them4

 

On ressent bien le message du film, qui nous fait comprendre que les essais nucléaires risquent d’apporter plus de mal que de bien. Le péril atomique, Des Monstres attaquent la ville est l’un des premiers films à le mettre en scène, en tout cas avec des insectes qui grossissent et dépassent les humains. Le film sera souvent copié (Tarantula, La chose surgit des ténèbres, Beginning of the End,…) mais rarement égalé. Il faut dire que les fourmis, en plus d’être bien foutues, sont aussi assez sympathiques. D’une part parce que, comme le précise l’un des scientifiques, c’est la seule race avec l’homme à organiser des guerres, ce qui rend leur menace largement plus tangible, laissant penser que derrière l’animal peut se terrer un sens de l’organisation redoutable. Mais si elles sont  dangereuses, elles ont aussi un certain capital sympathie. Après tout, elles sont aussi victimes des expérimentations humaines et n’avaient finalement pas demandé à devenir maousses. Ainsi, les voir se faire cramer au lance-flamme ou se ramasser des explosifs sur le coin de la tronche, ce n’est pas très drôle. En plus, on sait que les fourmis c’est gentil depuis Chérie j’ai rétréci les gosses. Les insectes ne sont donc pas seulement une menace, elles sont aussi la forme prise par la culpabilité de l’homme… Un aspect que l’on ne retrouve pas nécessairement dans d’autres films d’invasion de bêbêtes géantes, souvent plus axée sur le plaisir immédiat que sur le message. C’est ce qui distingue Them! du reste du genre et lui fait mériter son statut de classique des années 50 (Joe Dante le vénère et lui rend d’ailleurs hommage dans son Panic sur Florida Beach), lui permettant de survivre au passage des années. Et ça, peu de films d’insectes géants peuvent s’en vanter…

Rigs Mordo

 

themposter

 

  • Titre original : Them!
  • Réalisation : Gordon Douglas
  • Scénario : Russell Hughes, Ted Sherdeman
  • Production : David Weisbart
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Whitmore, Edmund Gwenn, Joan Weldon, James Arness
  • Année: 1954

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>