Femmes en Cage (Barbed Wire Dolls)

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Plus besoin de présenter Jess Franco, et pas la peine non plus de rappeler que l’Espagnol était à sa façon un vrai cinéaste à femmes, trouvant toujours une excuse, bonne ou mauvaise, qu’importe, pour les effeuiller sans honte. Avec la production suisse Frauengefängnis (1975) et sa prison pour dames pourtant ni vilaines ni revêches, notre érotomane préféré peut enfin s’autoriser tous les gros plans et zooms intempestifs sur ce qui l’intéresse vraiment : l’origine du monde.

 

 

Si la seule vision d’un vagin vous est déplaisante ou vous rend à tout le moins mal assis sur votre fessard, le présent Barbed Wire Dolls (l’un des nombreux titres utilisés pour la bisserie, comme toujours avec Franco garnie d’une demi-douzaine de désignations différentes) a toutes les chances de ne jamais devenir votre film de chevet, tant Jesús y entérine sa passion pour les fentes humides. Cette nouvelle visite d’un pénitencier n’accueillant que des brigandes, ni la première ni la dernière pour le réalisateur du Miroir Obscène, ne se gêne certainement pas en la matière, devenant sans forcer l’un des Women in Prison les plus portés sur la chose et aussi, c’est mathématique, l’un de ceux toujours à un doigt de tomber dans le porno pur jus. Le doigt, on sait d’ailleurs où il est enfoncé puisque les 80 minutes visent sous la ceinture et nous proposent, sous tous les angles mais le plus souvent de manière frontale du chipotage d’intimité féminine, façon « Si vous étiez une petite culotte, voilà ce que vous auriez sous le nez toute la journée ». On se touche donc avec ses propres phalanges, avec celles des autres, à la cigarette, au bâton de bois, et le tout à un point tel qu’il faut près d’une heure à Frauengefängnis pour se rappeler qu’il est censé avoir une histoire. Celle de Maria (Lina Romay, encore et toujours la muse du père Franco), demoiselle timide fraîchement arrivée dans la zonzon tenue par la directrice Zarah (Monica Swinn), sympathisante du régime nazi désireuse de nettoyer les magnifiques paysages alentours de sa racaille féminine, qu’elle enferme derrière les barreaux pour leur apprendre les bonnes manières à la cravache et à l’aide des sauvages tortionnaires embauchés pour les dresser. Les problèmes ne tardent néanmoins pas à venir : l’une des suppliciées, la belle blonde Berta (Martine Stédile), est parvenue avec le concours d’un gardien moins virulent que les autres de faire sortir une lettre expliquant les horribles sévices auxquels elle et ses camarades sont soumises. Si Zarah garde son calme, il n’en va pas de même pour le docteur des lieux, incarné par ce bon vieux Paul Muller, jadis un banal infirmier devenu assassin depuis qu’il surina son supérieur pour prendre son poste et pouvoir palper les petites mignonnes à sa place, désormais paniqué à la seule idée que l’on découvre son identité. Un synopsis suffisant pour remplir une heure vingt, à condition de s’essayer à quelques retournements de situation et ne pas oublier de mettre l’accent sur les envies d’évasion de tout ce beau monde, car telle est la règle du WIP : ces mamzelles prennent cher dans la première partie, mais doivent ensuite se faire déesses de la vengeance et apôtres d’une liberté trouvée d’un coup d’uzi.

 

 

Mais ça, cela aurait été si Roger Corman était aux commandes, avec comme généraux un Jack Hill ou un Eddie Romero, hommes de main connaissant la musique et sachant qu’ils doivent à un moment ou un autre remplacer les gémissements de douleurs de leurs blondes par les éclats de grenades. Un luxe que Franco ne saurait se payer, puisque son Femmes en Cage est une co-production entre Erwin C. Dietrich (qui produira aussi son Jack l’Eventreur et une tripotée de Séries B de prisons de femmes) et les roublards d’Eurociné, en lesquels le Suisse n’offrait qu’une confiance toute relative puisqu’il ne leur refila le produit fini qu’après l’avoir vendu partout ailleurs dans le monde. Des pingres dans les deux cas, ou en tout cas pas de ces bonshommes prêts à signer un gros chèque pour faire sauter des cabanons et s’offrir les services d’un tank et d’une centaine de figurants. Peut-être parce qu’il comprend que sa taule sera fort peu habitée, et on a effectivement souvent l’impression qu’elles ne sont que quatre à y être détenues, et qu’il ne peut s’offrir de véritables coups de sang, Franco raccourcit l’échappée belle de fin de parcours, sans doute aussi parce qu’il est plus préoccupé par son envie envie de laisser sa caméra glisser sur les poils pubiens de ses bonnes amies. Pour une fois, ce n’est d’ailleurs pas sa légitime, Madame Romay, qu’il alite le plus mais Martine Stédile, blonde aux formes généreuses qu’il compte bien exploiter autant que possible. On l’envoie alors rejoindre la directrice après minuit, la maîtresse des lieux étant une masochiste appréciant particulièrement d’inverser les rôles et donc de se faire gifler et insulter par celles dont elle a d’ordinaire la garde. Notre Lina préférée perdra bien sûr ses blouses elle aussi, de toute façon tout le monde se balade cul nu du début à la fin de Barbed Wire Dolls, et elle trouvera le chemin du lit aussi lors du supplice du matelas électrique, pour ainsi dire le seul gimmick de torture auquel Franco a recours avec la privation de nourriture.

 

 

On ne peut d’ailleurs pas dire que le metteur en scène mette beaucoup de coeur à l’ouvrage lorsqu’il s’agit de verser dans le crapoteux. La faute probablement à un tournage sur la côte d’Azurs, et profitant d’un magnifique fort dont l’intérieur ressemble plus volontiers aux charmants villages en pierre d’antan plutôt qu’à un gigantesque clapier dégueulasse où les malheureuse doivent se faire les colocataires des cancrelats. Frauengefängnis, même s’il scrute la folie de ses captives et traite de viols en série, semble presque trop léger pour son sujet et évoque plutôt ces BD pulp vaguement scandaleuses ne se séparant pas d’un certain second degré, façon Elvifrance. Tout cela n’est de toute façon qu’un prétexte pour coller des sexes poilus à l’écran, et il semble clair que Franco ne s’est souvenu qu’à vingt minutes de la fin qu’il doit tout de même échafauder un soupçon d’intrigue. Alors on se figure que la pauvre Lina a accidentellement tué son oncle (incarné par Jess himself) parce que celui-ci voulait profiter d’elle, même si elle regrette désormais de ne pas avoir succombé à ses charmes (!). Et même si cela sort de nulle-part, on nous annonce que Tonton Franco était aussi le seul amour véritable de la sévère Zarah, qui pour se venger de la Romay l’a enfermée et compte la torturer jusqu’à la mort. On n’y croit pas un traître instant, mais il serait mentir de prétendre que l’on espérait que ce bagne soit autre-chose qu’un petit bis érotique ni déplaisant ni passionnant. Pas franchement recommandable, mais pas la plus pénible des productions du lot non plus, Barbed Wire Dolls s’adressera comme toujours aux irréductibles de l’Espagnol. Et peut-être à ceux qui ont raté leurs études de gynécologie.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénario : Jess Franco
  • Production : Erwin C. Dietrich
  • Titre Original : Frauengefängnis
  • Pays : Suisse
  • Acteurs : Martine Stédile, Lina Romay, Monica Swinn, Paul Muller
  • Année : 1976

5 comments to Femmes en Cage (Barbed Wire Dolls)

  • Don  says:

    Pertinente critique comme toujours Herr Mordo. J’ai pour ce film une sorte d’aversion/tolérance, amour/haine, sucré/salé. Evidemment c’est pas bien bon mais la Eurociné’s touch rajoute ce petit plaisir coupable au goût de rance. Un peu comme boire une Jupiler tiède dans un PMU qui sent la gitane, bcp plus de saveur que chez soi en canette.
    Pour l’anecdote il me semble que Christophe Bier avait classé cette prod dans le top 3 des films Eurociné les plus multi-titrés. Tu m’étonnes c’est pas avec le contenu qu’il allait en vendre bcp le père Lesoeur !

  • Grreg  says:

    Tout à fait d’accord pour le rapprochement avec le pmu; bien vu Mr Don!
    Et concernant les multiples versions et titres,mieux vaut se référer à l’inusable amoureux de l’oncle Jess,Alain Petit;tout est bien plus clair grace à son bouquin sur Franco.
    Merci pour la chro(kro),toujours agréable à lire Rigs.

  • Don  says:

    Merci pour ton mot Sir Grreg ! En ces temps troubles, le symbole du PMU peut pourtant rapprocher des hommes, ça me donne un peu d’espoir. Tu as raison pour le livre d’Alain Petit, il doit y avoir les bonnes références.

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