Snoop Dogg’s Hood of Horror

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Si le toutou enfumé du hip hop américain Snoop est surtout connu pour son flow, ses polémiques ou ses nombreuses participations à des comédies tous publics – ah l’Amérique, cette terre où n’existe plus le mot « impossible », et où il est tout à fait normal de participer à un film Bob l’Eponge alors que l’on fut accusé de meurtre dans ses belles années! – le Dogg fut aussi brièvement une petite vedette de l’horreur. On se souvient de sa dégaine de lévrier à moitié stone dans le très correct Bones (2001), mais on se remémore moins souvent Snoop Dogg’s Hood of Horror (2006), film à sketchs sur lequel le doggfather enfilait le costume du crypt keeper.

 

 

 

Le plus malheureux, ou le plus drôle selon où l’on se place, c’est qu’il y a 99.9 % de chances qu’à sa sortie cette hydre à plusieurs têtes domptée par la réalisatrice Stacy Title (The Bye Bye Man en 2017) attira principalement jusqu’à elle une audience n’en ayant absolument rien à cirer du cinoche flippos et ne payant le prix de l’entrée que pour y secouer le baggy au rythme des tubes du roquet rappeur, alors que les vieux de la vieille ne jurant que par un gâteau de fête de père sur lequel fut posé la caboche d’une vieille emmerdeuse ont certainement rejeté le projet en bloc sur base de la seule présence du chanteur. Et peut-être aussi sur base de cette affreuse jaquette le mettant évidemment très en avant, montage photoshopé si laid qu’il pourrait en refiler un haut-le-cœur à un Charles Band pourtant pas en reste question pochettes moches. C’est pourtant ces connaisseurs n’ayant que les mots « Creepshow » ou « Les Contes de la Crypte » au bec que l’on tente de rameuter dans cette banlieue des horreurs, certes fort généreuse en imagerie gangsta et en rimes (le Doggy Dogg a même droit à un simili clip vidéo de trois minutes en fin de parcours, histoire de rappeler qui est le chef) mais dont l’influence semble surtout à aller chercher dans le caniveau Street Trash. Gore très franc du croc de la tronçonneuse télescopique, obsession pour la saleté et les ruelles malfamées, protagonistes allant du zonard meurtrier au clodo adepte du vaudou, second degré perpétuel, dialogues imbéciles (« Pour que je mette mon pied dans tes couilles, il faudrait que ma pompe soit équipée d’un GPS ! ») et la juste dose de cul pour compléter un tableau finalement guère surprenant lorsque l’on apprend que la majorité du film fut écrit par Tim Sullivan. Soit le petit saligaud derrière les remakes/suites cheesy as fuck du classique de H. G. Lewis, 2001 Maniacs et Field of Screams. Sa seule présence au générique assure d’ailleurs un spectacle dénué de la plus petite étincelle de subtilité, et devrait convaincre les quelques sceptiques que Hood of Horror tient moins du clip MTV toute à la gloire de sa star canine que de l’hommage sincère à ce que les années 80 avaient de plus crade et désordonné.

 

 

Ne pas s’y laisser prendre, d’ailleurs, par l’introduction en dessin très mal animé, gimmick particulièrement à la mode en ce milieu des 2000’s mais fort peu représentatif de l’affaire, ici utilisé pour présenter le personnage de Devon (Snoop Dogg), truand vidant des chargeurs entier pour se débarrasser d’un trafiquant ennemi mais ne parvenant qu’à loger une bastos dans le front de sa petite sœur. Désespéré par cette perte familiale, il pactise finalement avec son ennemi, en vérité un increvable démon lui promettant de redonner vie à la gosse si Devon parvient à traîner quelques âmes viles en enfer. A chaque segment, au nombre de trois, sa nouvelle victime de Devon, observateur silencieux des drames humains se déroulant dans le ghetto, et commentateur sarcastique plutôt que véritable activiste du malheur des autres, n’intervenant que dans les derniers sursauts de vie de sa cible pour l’entraîner avec lui dans l’éternelle damnation. En somme Snoop se plante dans un coin du cadre, lâche un ou deux bons mots dans son costume de pimp des années 70, encaisse son chèque et s’en va le dépenser en coke et putes de luxe dans sa caravane, sa participation à Hood of Horror étant bien moindre que ce que l’affiche suggère. Tant pis pour ceux qui feront le déplacement pour ses beaux yeux mi-clos, et tant mieux pour ses détracteurs (dont je ne fais pas spécialement partie), forcés de se rendre compte que le bonhomme n’est qu’une devanture, un argument commercial pour rendre un peu plus mainstream un petit budget surtout pressé de malaxer de la tripaille et imaginer les mises à mort les plus improbables. Au point que les récits en eux-mêmes s’en tiennent au strict minimum, banales histoires de vengeances d’outre-tombe et règlements de comptes entre pros des platines jamais à court de trahisons, et simples vecteurs d’un gore régnant en maître. Sullivan et Title traquent la belle image, le visuel inventif plutôt qu’un fond moralisateur sur la difficulté de la vie en banlieue, de toute façon déjà traité à la perfection dans les excellents Menace II Society et Boyz N the Hood.

 

 

Du premier sketch on ne retiendra donc pas spécialement cette histoire de revanche que s’offre la belle Daniella Alonso (The Collector, La Colline à des Yeux 2 version 2007), taggeuse dotée d’un pouvoir de mort depuis qu’un witch doctor SDF l’a kidnappée et dont le passe-temps est désormais de liquider tous ses rivaux en rayant leurs graffitis. Mais on gardera en mémoire que cette superbe idée de la fresque murale devant laquelle s’ébahit une audience si impressionnée qu’elle n’en remarque pas que sont en fait plaqués au mur des restes de chair humaine. Quant au second chapitre, le plus étiré du lot, on sent bien que c’est moins le respect dû aux vétérans du Vietnam qui poussa Sullivan à l’imaginer, mais bien l’envie de mettre au point une petite comédie morbide où un sudiste meurtrier et raciste ainsi que sa blondasse de petite copine (de toute évidence calquée sur le modèle Paris Hilton) doivent cohabiter avec trois anciens combattants noirs. A la rigueur, on peut concéder sa petite profondeur à l’ultime sketch, le seul à ne pas avoir été gribouillé par le réalisateur de Chillerama mais par Jonathan McHugh, d’ordinaire compilateurs de tubes musicaux pour des productions comme Mortal Kombat : Annihilation ou Saw 2, et critique à peine voilée du manque de loyauté entre artistes dans le milieu du hip hop, une star montante organisant le meurtre de son meilleur ami et comparse pour faire la une des journaux et lancer sa carrière solo. D’ailleurs très concentrée sur son sermon, cette dernière historiette en oublie presque de faire couler la sève cramoisie et se contente d’une paire d’yeux crevés et de quelques balles dans la caboche, là où l’on avait auparavant droit à un bide explosant pour cause d’ingurgitation massive de caviar, à un chihuahua éclaté au magnum ou à un crâne empalé sur une bouteille de bière. Que des effets à l’ancienne évidemment, là encore proches dans l’esprit du tout en dégueuli Street Trash de Jim Muro, auquel hommage est justement rendu. Et sont conviés à la fête suffisamment de trognes du genre pour remplir une convention toute entière, Danny Trejo, Dallas Page, Lin Shaye, Richard Grant, Billy Dee Williams, Noel Gugliemi ou encore Ernie Hudson, toujours un sommet de classe même dans des B-Movies à l’arrière-goût de lait caillé, se relayant tout du long pour maintenir la bonne humeur générale du projet. Excusez du peu. Ne pas s’arrêter au Snoop en vitrine, donc : Hood of Horror est un produit à destination des amoureux du latex trempé dans le gaspacho et sonne définitivement comme plus sincère que tous les V/H/S et ABC of Death sortis après lui.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Stacy Title
  • Scénario : Tim Sullivan, Jacob Hair, Chris Kobin, Jonathan McHugh
  • Production : Tim Sullivan, Jonathan McHugh, Ted Chung…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Snoop Dogg, Ernie Hudson, Daniella Alonso, Danny Trejo
  • Année : 2006

2 comments to Snoop Dogg’s Hood of Horror

  • Roggy  says:

    Film sympa en effet avec des effets à l’ancienne. Sacré Snoop :).

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