Psycho Goreman

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Psycho Goreman (2021), nouvelle idole des jeunes ? Cela aurait pu au beau milieu des nineties, où notre sauvageon tombé d’une lointaine nébuleuse aurait fort bien pu jouer des coudes dans les Toys’R’us avec les dernières figurines Beetleborg et quelques Toxic Crusaders invendus. Il aurait dans tous les cas côtoyé ses influences principales, le nouveau méfait d’un Steven Kostanski embrassant l’aventure du solo, après avoir partagé le siège de réalisateur sur Father’s Day et The Void, piochant autant dans l’imagerie des sentaï que dans le gore nucléaire et impoli de Troma.

 

 

C’est assuré, les trentenaires ayant vécu une partie de leur enfance le pif collé à l’écran et courant ensuite au jardin pour reproduire les pirouettes des Power Rangers, quitte à risquer de finir l’aprem aux urgences, seront à la noce avec Psycho Goreman, version trash et heavy metal de l’arc-en-ciel bourré de héros casqués, de robots sauveurs de l’humanité et de monstres pris de gigantisme que le Japon nous expédia à travers la grille des programmes du Club Dorothée. Certes, on nous prive de ces adolescents biens sous tous rapports et devenus des spécialistes du trampoline, et on ne s’en plaindra d’ailleurs pas, et le film s’assure de pouvoir justifier l’utilisation du mot « gore » dans son titre en piétinant du cervelet à intervalles réguliers, ce qui le disqualifie d’emblée de la course dans laquelle se lancèrent tous les Bioman, Flashman et Kamen Rider du monde. Mais en fin connaisseur, Kostanski s’assure que tout le reste est bien à sa place. Le « héros », grade que le personnage principal ne mérite pas vraiment tant il redouble d’efforts pour ne jamais être un chevalier blanc, est donc un guerrier surpuissant mais trouvant sa force dans une gemme légendaire. Les méchants, ironiquement présentés comme des anges ou des extra-terrestres plus ou moins pacifiques, sont des tas de latex à l’ancienne et se réunissent autour d’une table ronde pour deviser sur l’avenir de l’univers. Psycho Goreman devra se coltiner deux enfants dont, dans la grande tradition des sitcoms que l’ami Steven souhaite parodier, le père est une figure loufoque. Et pour que la panoplie soit complète et qu’un public non-étranger à la culture de l’époque sache où il tombe, on file des manettes de Nintendo 64 dans les petits doigts boudinés des marmots, on permet à Monsieur Goreman de balancer des crânes enflammés comme ceux trouvables dans le jeu Doom et on invite pour le générique de fin un rappeur vantant les mérites des protagonistes, clin d’oeil évident à ce petit morceau de décennie où M.C. Hammer prêtait son flow à quatre tortues bouffeuses de pizzas et à leur vieux rat de sensei.

 

 

Autant dire que si cette vague de Séries B fantastiques assumant son côté adulescent finit par vous sortir par les trous de nez, et que ça fait longtemps que vous avez remisé au grenier votre âme d’enfant, Psycho Goreman risque fort de vous être d’une grande pénibilité. D’autant que pour porter encore un peu plus loin sa satyre des divertissements jeunesse de l’époque, Kostanski adopte la dynamique de classiques comme E.T. ou Bigfoot chez les Henderson : un être inhumain débarque dans un petit patelin et dépend plus ou moins de l’âme, charitable par nature, des têtes blondes du voisinage. Mais l’auteur ayant participé à de vrais films d’horreur comme The Editor, et parce qu’il n’a pas encore pour but premier de se faire une place au palais du prout au jus qu’est la chaîne Nickelodeon, qui semble en prendre elle aussi pour son grade, les garnements lorsqu’ils découvrent l’existence de celui qu’ils vont nommer Psycho Goreman, cruel assassin passant d’une planète à l’autre pour la dépeupler à la force des poings et de ses pouvoirs psychiques, ne se contenteront pas de lui offrir un chocolat chaud et une couverture avant de l’aider à repartir vers ses étoiles. Mimi la mal nommée, logée dans une chambre dont les posters évoquent d’antiques slasher comme Carnage, a plutôt tout de la petite peste, malmenant son frère, pourtant aîné, et se pensant être une véritable terreur ambulante. Comme de juste, lorsque la furie met la main sur la pierre magique indispensable aux pouvoirs de Psycho Goreman, la gamine aux couettes se sent pousser des ailes et laisse sa tyrannie exploser, ordonnant tout et n’importe-quoi à son terrible esclave. On est loin des enfants parfaits que le septième art se plaît à nous vendre, dont les devoirs sont toujours faits en temps et en heure et passant même un petit coup d’aspirateur pour aider papa et maman. Evidemment, la vie rêvée dont Mimi profite désormais prend fin lorsque les vieux ennemis de son homme de main refont surface, débarquant sur Terre en vue de s’emparer du joyau de légende et pour se débarrasser une fois pour toute du destructeur de galaxies.

 

 

En tombant face à ce pitch, tout rejeton de la fin des années 80 ayant aimé ce gros mélange entre Godzilla et les comics qu’étaient les séries à la Bioman, et l’horreur franches du tranchoir doit se sentir à tout le moins un peu humide à l’entre-jambe et songe en ce moment même à changer de falzar ou de petite culotte. Et il faut bien admettre que Kostanski se démène pour satisfaire les attentes placées en lui : les créatures sont absolument fabuleuses et inventives, et nous ramènent immédiatement en l’an de grâce 1994, et le baroudeur ayant déjà fait un tour de compteur question épouvante sera charmé par ces beaux emprunts à Phantasm (une séance de cauchemar renvoie au premier volet) et Hellraiser (ces lambeaux de chair et restes humains collés aux grillages), que l’on n’aurait pas nécessairement imaginés accouplés à un univers coloré comme celui du super sentai. Les lasers qui font piou piou seront bien de la partie, tout comme ces explosions cheapos tout en étincelles, mais pour régler leur compte aux gêneurs, Psycho Goreman n’hésitera pas à la bouffer tout cru, à leur arracher la face ou les torturer indéfiniment, ses dons lui permettant notamment de transformer un pauvre flic en un zombie à la chair fondue. Quant aux gloumoutes, si elles reproduisent le style des monstres des temps passés, ils durcissent aussi le ton : fini les démons à forme d’appareil photo ou de rouge à lèvres, on passe à une bassine d’acier dans laquelle des corps sont vrillés (et dont la voix est assurée par Rich Evans, bellâtre au timbre de lover hantant les rêves de mon ami Adrien du site Perdu dans la Cinquième Dimension) ou à une prêtresse vaudou croisée avec une poupée japonaise. Pas tout à fait le genre de bestioles jadis nichées dans les Happy Meals, et des vrais trésors de costume. Le meilleur de Psycho Goreman se trouve d’ailleurs là, dans ce plaisir palpable pris à imaginer, puis à assembler, d’insensées chimères que l’on aurait pu croiser dans Les Maîtres de l’Univers. Car malheureusement, du reste, Kostanski rate la marche de peu…

 

 

Sans dégringoler et se briser un genou à l’arrivée, car l’ensemble peut compter sur son énergie et sa rythmique naturelle pour faire passer un agréable moment à toute audience bien née. Et sorti il y a une dizaine d’années, nous en serions encore à nous prosterner aux pieds du si vilain Psycho Goreman. Seulement voilà, des comédies gore et insolentes, on en a vu passer quelques cartons durant la décennie écoulée, et celle-ci n’apporte dans les faits pas grand-chose de plus ni ne parvient à gommer les défauts des Deathgasm et autres Tucker et Dale fightent le Mal atterris avant lui, dont il reproduit même l’incapacité chronique à se finir convenablement. C’est le problème habituel des films misant tout sur un pitch original : une fois terminé le brainstorming pour trouver LA bonne idée, celle si unique qu’elle ne pourra que bien rendre à l’arrière de la jaquette DVD, les scénaristes se dégonflent de fatigue et ne peuvent s’empêcher de s’en remettre au préfabriqué, posant leurs scripts sur les rails de la comédie romantique lambda. Alors on fait comme tout le monde, on s’aime, on se réconcilie, on chante et on danse éventuellement sur de la synthpop désormais difficile à entendre tant elle a été utilisée à tort et à travers, alors que quelques instants plus tôt on se gargarisait encore de sa singularité. D’autant plus dommage lorsque l’on s’appelle Psycho Goreman, et que ses initiales forment donc PG, tel un pied de nez à la classification tous publics des Américains : c’était justement là l’occasion d’envoyer bouler les conventions les plus nobles et d’enfin liquider du mouflet (cela aurait été d’autant plus salvateur que ceux-ci ne sont jamais attachants), ce à quoi le film nous préparait depuis ses débuts. Pour mieux se désister à l’approche du moment fatidique… Pas de quoi effacer les qualités, heureusement plus nombreuses que les défauts, mais c’est quand même bien dommage.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Steven Kostanski
  • Scénario : Steven Kostanski
  • Production : Shannon Hanmer, Steven Kostanski
  • Pays : USA
  • Acteurs : Nita-Josee Hanna, Owen Myre, Adam Brooks, Matthew Ninaber
  • Année : 2021

6 comments to Psycho Goreman

  • Pascal G  says:

    Prévu ce WE normalement, on en recausera ss doute ;). Et PG c’est aussi mes initiales tiens… 🙂

  • FREUDSTEIN  says:

    Allèchant tout ça,plus qu’a le voir….

  • FREUDSTEIN  says:

    Je te ferais un retour dés que vu….

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