Blood Theatre (Movie House Massacre)

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Peut-on décemment faire confiance à Rick Sloane, petit pro du plagiat cheapos connu de nos services pour avoir reprit le badge en plastoc de Police Academy pour en faire la franchise Vice Academy, ainsi que pour avoir profité du succès des Gremlins de Joe Dante pour mettre en vente ses propres boules de poils vauriennes via Hobgoblins ? La réponse est comme souvent dans la question, et c’est sans stupeur que l’on découvre que sa première expérience ciné, après une collection de faux trailers, se veut une irrésistible comédie mais ne parvient en vérité jamais à nous arracher ne serait-ce qu’un rire nerveux.

 

 

On n’attendait pas grand-chose, voire rien, de Blood Theatre (1984), mais c’était visiblement encore trop. L’idée de base n’est pourtant pas indigne, se portant sur le piètre destin d’un petit cinéma à l’ancienne, muni d’une seule salle et où, entre deux films, les saltimbanques locaux viennent monter de petites pièces. Pas suffisant pour en vivre dignement, et alors qu’il s’apprête à fermer les lieux pour de bon après une ultime représentation ne rameutant que dix-huit pékins, le tenancier de la salle de spectacles découvre que son employée de petite amie fricote dans les couloirs avec un collègue, auquel elle confie qu’elle ne reste aux côtés du maître des lieux que parce qu’il a la délicatesse de se charger de l’addition au restaurant. La flamme de rage qui allume la mèche de la vengeance, et le gérant met d’ailleurs le feu aux lieux, brûlant spectateurs, comédiens et salariés du cinéma, pour ensuite poignarder à répétition la dame du guichet. Les années passent et la ville peut désormais compter sur un multiplexe tout ce qu’il y a de plus moderne, aux murs d’un blanc virginal, aux portes électriques s’ouvrant à votre arrivée et se refermant dans votre dos et avec des hauts-parleurs dispatchés un peu partout accueillant la clientèle. Une affaire qui roule, et que le directeur aimerait voir s’allonger à d’autres quartiers. Pourquoi dès lors ne pas récupérer l’unique grand écran du cinéma jadis parti en flammes, quand bien même quelques légendes urbaines narrent la présence du fantôme du précédent gérant dans ces rangées de sièges attaqués par la suie. Il y est d’ailleurs bel et bien, attendant, les pognes prêtent à serrer les cous des nouveaux arrivants, de pouvoir renforcer la réputation de lieu maudit de sa salle des arts.

 

 

Mis dans les pattes d’un cinéaste sachant ce qu’il fait et rompu à l’exercice de la réécriture, Blood Theatre, également fiché comme Movie House Massacre, aurait probablement pu enfanter un petit panorama sanglant allant droit au but et profitant de son décor pour faire le trajet entre des meurtres bien réels commis par l’irascible ectoplasme et les cris d’effroi de starlettes fixées à l’écran. Heureusement que d’autres s’y mettront, comme Mark Herrier avec son inventif Popcorn (1991) ou Joe Dante avec son feel good movie Panique à Florida Beach (1993), Sloane, que ce soit pour cause de manque de fonte ou par banale inhabilité, ne parvenant jamais à coucher sur pelloche ses plus ou moins nobles intentions. C’est d’ailleurs à compter qu’il disposa d’intention tout court, et il nous faut encore découvrir ce que voulait dire le Ricky avec ce Blood Theatre ayant toutes les peines à articuler son message, particulièrement confus. Ainsi, la première moitié se concentre sur la médiocrité de ces cinoches modernistes et sans âmes, trop sobrement décorés et où l’on se fiche des films diffusés parce que l’on a le pif coincé dans un livre de comptes, et où les indisciplinées vendeuses de popcorn rivalisent de bêtise et vont jusqu’à se battre dans la salle, certaines dévoilant même leur poitrine à la clientèle (c’est après tout dans le contrat de toute « actrice » tombée dans la fosse du B-Movie). Mais alors que l’on commence à saisir le propos et que se dessine une opposition entre ces vieux théâtres à carpette rouge soutenus par d’antiques colonnes et ces halls d’aéroport sans saveur où les cinéphiles déambulent comme des morts-vivants, la deuxième partie se garde de mettre plus en valeur le cinéma défraîchi par rapport à sa version clinquante. Outre le fait qu’un spectre y rôde le poignard à la main pour transformer ce palais de le pellicule en un affreux coupe-gorge, on ne ressent jamais la plus petite once de nostalgie pour les lieux, finalement présentés comme des ruines sans charme. La faute sans doute à l’incapacité du réalisateur à shooter des plans corrects et à restituer l’excitation ressentie lorsque l’on entre dans une salle obscure, mais aussi au fait que son script fut écrit à la va-vite pour entamer le tournage le plus rapidement possible. Dès lors, plutôt que de soigner son univers et lui apposer le plus timide soupçon d’âme, Sloane porte le nez de clown et caviarde chaque scène de gags lourdauds, à base de grimaces enfantines et de langues tirées dans le dos du patron.

 

 

On se demande d’ailleurs ce que la pauvre Mary Woronov est allée faire dans cette sale affaire masquant vainement son ineptie par un second degré navrant et jamais drôle, et c’est en véritable professionnelle qu’elle garnit l’entreprise de son sourire ironique. Blood Theatre n’a d’ailleurs pour ainsi dire qu’elle pour lui, et éventuellement ces affiches de films imaginés pour la cause (Chainsaw Chicks, Night of the Loving Dead), probablement crayonnées par un enfant de cinq ans et sur lesquelles Sloane n’ose d’ailleurs jamais s’arrêter. Pas vraiment une qualité en soi, mais de quoi attendrir un minimum, et peut-être faire oublier une bande-sonore presque uniquement constituée de bruits venteux et l’inefficacité des scènes de meurtres, le fantôme surgissant des angles morts pour suriner ou étrangler de la cheerleader ou du vendeur de bonbons. Nul car quasiment exsangue, et on se demande encore comment un homme décédé dans sa trentaine peut devenir un fantôme déjà dans le troisième âge… Plus concentré sur la difficulté rencontrée par la gérance d’un cinoche à faire rentrer son personnel dans le rang qu’à rougir ses allées, Movie House Massacre ne ressemble finalement à rien, en tout cas à aucun autre film, et si ce caractère unique est probablement un soulagement pour lui, c’en est certainement un pour tous les autres aussi.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Rick Sloane
  • Scénario : Rick Sloane
  • Production : Rick Sloane
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mary Woronov, Jenny Cunningham, Rob-Roy Fletcher, Joanna Morales
  • Année : 1984

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