Warlock Moon

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Si les années 60 étaient celles des aristocratiques pipistrelles anglaises et des ectoplasmes aussi romantiques que malheureux de la Botte, et que les eighties allaient devenir le champ de courses où sprinte dégénérés masqués et tas de latex fraîchement dégringolé de leur astéroïde, les années 70, plus terre-à-terre mais peut-être encore moins sages, tendaient le micro aux équarisseurs en série, aux rednecks dont la salopette se tachait du sang de ces malheureuses auto-stoppeuses et aux anthropophages de tous poils. Ils sont d’ailleurs tous raboutés dans le présent Warlock Moon (1973), sans serpe de lune ni sorcier lugubre malgré l’indication du titre, mais avec son poids en maniaques et sournois.

 

 

Les voies de la production et de la distribution de bobines typées B sont impénétrables, et si on a beau le savoir, on ne finit jamais vraiment de s’en étonner. Ainsi, il fut décidé de coller au premier et dernier effort – on ne vous refera pas tout un paragraphe sur ces réalisateurs évaporés aussi vite qu’ils sont apparus, les années 70 fourmillant de ce genre de cas – de William Herbert, que l’on coiffe d’un grand chapeau d’enchanteur et que l’on travestit en pelloche orientée occulte, alors que la seule chose à y disparaître par enchantement sera la carrière de son pauvre auteur. Abra Kadabra Alakazam ! Est-ce à dire que le nom Warlock Moon aura aidé le projet à se vendre comme une canette fraîche en plein désert saharien ? Il ne semble pas, et par chez nous on est pas loin de penser qu’il aurait été plus sage de laisser les magiciens touiller leur soupe à la rainette dans leur bosquet magique et souligner plutôt l’appartenance du film à ces films de bouseux meurtriers. D’ailleurs, si l’oeuvre de Herbert se voit fréquemment rapprochée d’une autre, c’est bien sûr de Massacre à la Tronçonneuse, avec lequel il partage effectivement quelques points de beauté : la menace se fait soit âgée soit très poilue et porte de vilaines salopettes en jean, le lieu du drame est reculé et n’en finit plus de décrépir, et les coups mortels sortent de nulle-part, des pedzouilles hurlants bondissant de l’ombre la hache à la main pour abattre quelques égarés. Pas de tronçonneuse, pas de repas se finissant au marteau et pas non plus de gueule de cuir pour faciliter le marketing, mais quelques timides poussées gorasses (une tête décapitée nous honore de sa présence) et cette sinistrose toute seventies finissent de parfaire le statut de cousin éloigné de Texas Chainsaw Massacre avec lequel doit composer Warlock Moon, probablement pas fâché de se retrouver accolé à ce qui reste peut-être, avec L’Exorciste, le titre le plus connu de l’épouvante moderne. Pourtant, si liaison devait se faire, ce serait plutôt avec le cinéma de l’Anglais Pete Walker, aux mêmes dates occupé à envoyer des jeunettes se pensant pleines d’avenir se faire moudre par des vieillards mal intentionnés au fil des tous superbes Flagellations, Frightmare et Mortelles Confessions.

 

 

Comme dans ces exemples made in Britain, la figure de la grand-mère ne se fait plus rassurante, l’aïeule ici présente étant plutôt du genre à verser dans le café de ses invités de quoi les assoupir, plutôt que de celui à glisser un bon caramel dans la poche du petit dernier. A Jenni et John d’en faire la douloureuse expérience : fraîchement rencontrés, ces jeunes gens encore à l’université décident d’aller pique-niquer dans un coin reculé et tombent nez à ciment avec un spa abandonné depuis des décennies, où vit toujours Agnes Abercrombi, douteuse mamie leur racontant que les lieux furent déserté lorsqu’un cuisto dément, engagé pour se charger du buffet d’un beau mariage, décida plutôt de cuir la mariée pour la servir à ses convives. Heureuse de quitter cet endroit macabre, que l’on dit toujours hanté à ce jour par le fantôme de l’épouse dégustée, Jenni doit pourtant y revenir lorsque son nouveau flirt John se persuade que la sombre historiette de ce lieu de plaisance ferait un parfait ticket d’entrée pour le journal local. Désireux de devenir un scribouillard accompli, le jeune homme, équipé d’un enregistreur qu’il compte remplir des sinistres mémoires de Madame Abercrombi, tire donc sa jeune amie jusqu’aux décombres, sans savoir que deux terreux se sont installés sur place et, avec la complicité de la vieille Agnes, hachent menu ceux qui commettent l’impair de porter leurs pas dans leurs ruines. En fin de parcours, et c’est probablement de là que provient le titre ésotérique de notre affaire, on apprendra que la vile Abercombi et ses sbires crasseux travaillent au retour de la mariée des temps passés, dont ils veulent trouver le parfait sosie pour le faire entrer dans un cercle magique. Pas la peine de fatiguer mon clavier à vous expliquer à quel point Jenni ressemble à celle qui, à peine sortie de l’église, fut servie entre les petits fours et la bûche glacée…

 

 

Du Pete Walker avant l’heure, les films précités du réalisateur de Schizo ne se plaquant sur les écrans qu’en 1974, soit une petite année après la sortie de Warlock Moon, et un œil mal entraîné à lire les génériques pourrait même imaginer un peu vite que le fou de Brighton est aussi à l’origine de cette production pourtant très américaine. D’ailleurs, comme dans Flagellations (et attention, petit spoiler inside) le brave John n’est qu’un vil rabatteur, séducteur malveillant ramenant ses conquêtes dans l’espoir que l’une d’elle soit enfin digne de porter le voile d’une épousée jadis découpée en tranches (fin du spoil). Une ressemblance flagrante entre les efforts de l’un et de l’autre, même si l’Américain, cinéaste avec encore un peu de lait maternel au coin des lèvres, ne peut évidemment prétendre à la diabolique efficacité de son confrère anglais. Reste que s’il ne taquine jamais les cimes, Herbet a déjà un sens certain du filmage, et voire même du montage, compensant le manque de globules rouges de son projet, à la brutalité fort peu volcanique, par de bien placés arrêts sur images lorsque les sauvageons s’apprêtent à frapper, la violence des coups se trouvant remplacée par des visages déformés par la rage et la haine. Pour ne rien gâcher, l’ensemble est joliment éclairé – on sait que l’inverse est plus souvent vrai lorsque l’on causaille cinoche grindhouse de la période – Herbert s’assurant que son spa dévasté soit un personnage à part entière, une prison aux mille mystères (mais que cache donc la vioque dans ces frigidaires, dont elle jure qu’ils sont impossibles à ouvrir alors que Jenni l’y a vue s’y engouffrer ?) dans lequel il aime perdre caméra et premier rôle féminin, quitte à se faire accuser de freiner son intrigue, de toute façon réduite à sa plus simple expression. Warlock Moon n’est pas un B-Movie enlevé posé sur des rails qu’il dévale, sans non plus se faire expérience sensorielle à la Franco ou à la Rollin, mais juste un bon petit film d’épouvante misant sur sa lourdeur. Logique dès lors de s’en remettre à une certaine lancinance, et de pousser Jenni à arpenter encore et encore des couloirs jonchés de gravas poussiéreux.

 

 

Les pressés s’y décrocheront la mâchoire, les autres apprécieront cette promenade encore améliorée par une excellente interprétation. Encastrée dans un petit haut ne tentant même pas de cacher ses jolies formes, Laurie Walters donne vie à une héroïne sympathique, fort justement inquiète sans pour autant prendre le rôle de la suppliciée d’office, Jenni se rebellant et faisant même montre d’une forme d’insolence envers la pas si vénérable que ça Abercrombi, dans le jeu de laquelle elle voit trop clair pour encore se perdre en politesses de façade. Bon choix aussi que celui de Joe Spano pour incarner John, tantôt un dadais au sourire idiot mais sincère, tantôt un doux dingue qui, prit dans l’imitation des Dracula d’antan, ne parvient plus à arrêter son mime et devient de plus en plus brusque à l’égard d’une Jenni ne riant plus à ce sombre théâtre. Quant à Edna MacAfee, qui n’a pour ainsi dire fait que Warlock Moon, elle est tout simplement parfaite dans ses sourires de mamie confiture comme dans ses oeillades glacées envoyée à une Jenni envers laquelle elle perd patience. Satisfaisant de bout en bout, ce premier film ne frustre que dans le manque de suite auquel il eut droit, puisque comme on l’a déjà dit son réalisateur s’en tint malheureusement là, nous laissant avec un bel extrait d’une filmographie qui ne naquit jamais… Rageant, pour le moins.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : William Herbert
  • Scénario : William Herbert
  • Production : William Herbert
  • Pays : USA
  • Acteurs : Laurie Walters, Joe Spano, Edna MacAfee, Harry Bauer
  • Année : 1973

3 comments to Warlock Moon

  • Pascal G.  says:

    Alléché par le teaser que tu m’en as fait début de semaine, je l’ai maté en ce matin mat (avant de lire ton papier donc), et j’ai été plus qu’agréablement surpris. Une atmosphère guère excitée mais excitante (comme la jolie Laurie…), un film qui n’ennuie jamais malgré un rythme léger, des rappels bien sympathiques à Pete Walker ou TCM mais aussi Mother »s Day… Bref un film méconnu qui mériterait de ne plus l’être… Bonne pioche, merci.

  • Pascal G.  says:

    La lenteur/langueur ne me dérange jamais quand elle ne sert pas qu’à faire « arty » et à péter plus haut que son fion, comme c’est trop souvent le cas. Pas ici. Et Laurie est vraiment mimi…(oui, j’insiste )

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