Grim

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Il faut croire que les Anglais, en plus des saucisses au petit-déjeuner et de la bastonnade à l’entrée des stades ou à la sortie des pubs, sont particulièrement fiers de leurs grottes et souterrains, surtout lorsqu’ils sont malfamés. Ainsi, bien avant que Neil Marshall ne pousse ses petites copines dans l’antre de mutants chauves aux oreilles pointues et à la truffe de vieille chauve-souris pour le bien de The Descent (2005), l’ignoré Paul Matthews organisait une soirée spéléo dans une caverne où rôde une créature médiévale, croisement improbable entre le démon de Rawhead Rex, le chat roux éternellement comparé à Ron Perlman sur Twitter et la bestiole velue de L’Aventure des Ewoks.

 

 

C’est avec constance et dévouement, mais sans jamais frôler véritablement le succès, que Paul Matthews opéra du milieu des années 90 à celui des 2000, officiant comme producteur et réalisateur sur une louchée de Séries B profitant, pour les mieux coiffées et surtout les plus adaptées à un jeune public, des joies de l’export, les contes faits films Le Retour de Merlin et Le Trésor des Fées ayant tous deux bénéficié d’une sortie sur notre sol. Deux pelloches pour bambins oui, mais qui n’en restent pas moins fort représentatives des centres d’intérêt de leur auteur, éternellement coincé dans une partie de Donjons et Dragons, chaque nouveau lancé de dés lui permettant de chevaucher de nouvelles montures de légende (The Little Unicorn), de respirer le bon air d’une forêt elfique où l’on chasse la sorcière (The Magic Door) ou de sortir les glaives dans le très Highlanderien dans l’esprit Berserker, récit d’un guerrier immortel. Matthews peut donc noter sur sa feuille d’équipement qu’il a tous ses points de Magie. Pour ce qui est de ceux de Charisme, c’est bien entendu une autre histoire, la plupart de ses œuvres se trimballant des jaquettes immondes et des effets spéciaux d’un autre âge trahissant avec lâcheté leur origine modeste. Fut pourtant un temps, celui des premiers pas, où Monsieur Paul draguait un autre public que celui des sorciers bourgeonneux et semblait vouloir reprendre l’emplacement de Charles Band sur le marché de l’épouvante cheap. En 97 sortait ainsi Breeders, folle histoire de l’espace revenant sur l’arrivée par chez nous d’un alien voyageant à l’aide d’une météorite et aspirant à l’éradication de notre pauvre race. Déboulé deux ans plus tôt, il aurait peut-être dû se frotter à l’entité diabolique de Grim (1995, mais sorti bien plus tard en DVD par chez nous), énorme tas de latex recalé du casting du deuxième film Tortues Ninja – vous lui coller une paire de lunettes de pop-star sur le groin et vous avez le Bebop de la série animée – enfermé dans un rocher lui-même planqué six pieds sous terre, que réveillent plus ou moins malgré eux de jeunes gens s’adonnant à une séance de spiritisme quelques mètres au-dessus de sa tête. Depuis lors, la région tremble, de terribles fissures se créent dans les maisonnées et une jeune demoiselle est portée disparue, poussant un spéléologue et une équipe pas tout à fait triée sur le volet – les maladroits ayant trop joué avec leur planche ouija sont de la partie – à user leurs nœuds de poing et descendre dans la pénombre pour voir de quoi il en retourne. Ils seront ravis de l’accueil, j’aime autant vous le dire.

 

 

Creature Feature pur, simple et sans fioritures que ce Grim, et il serait bien vain d’espérer y voir autre-chose qu’un gros jaguar habillés de guenilles déambulant d’une paroi rocheuse à une autre pour happer, puis enfermer dans son petit donjon perso, semblable à celui des Montmirail dans Les Visiteurs, les malchanceux tombés dans son trou. Matthews ne propose rien de plus, mais certainement rien de moins non plus, sa seule légère (très légère même, car on a déjà vu tout cela ailleurs) tentative d’émancipation se trouvant dans le lien psychique que partagent avec le monstre les glandus ayant participé à la ghost party, désormais capables de vivre ses pulsions meurtrières, de sentir sa présence, d’avoir des yeux lumineux et de parler d’une voix si sépulcrale qu’elle en ferait rager d’envie le hurleur de Cannibal Corpse. Mais si ce n’est cette légère touche, et les retrouvailles vaguement romantiques entre deux tourtereaux qui s’étaient perdus de vue, cette descente dans de maudites excavations ne fait que nous resservir un plateau-repas ayant déjà tournoyé une bonne centaine de fois dans son micro-ondes. Les personnages avancent avec crainte, rencontrent une nuée de chauve-souris, les filles paniquent, le sale type de l’expédition pense pouvoir contrôler la bête avec une amulette satanique, le félin des temps anciens emporte et cadenasse certaines proies, tue les autres, et on se dit qu’avec une mise en scène d’un meilleur niveau, une bande-son moins clichée (ah ces envolées voulues préoccupantes que se partageaient tous les direct-to-video de l’époque…) et quelques acteurs capables, tout cela nous aurait sans doute semblé un peu moins sec sous la dent.

 

 

Paul Matthews, s’il semble au début fort indécis quant à l’orientation qu’il veut donner à sa chasse au monstre, pensant peut-être déjà qu’il y a un billet à se faire lors des soirées d’anniversaires des marmots et qu’il serait judicieux de ne pas avoir recours à un raz de marée de tripaille, finit par laisser sortir le lion enragé qui ronronnait en lui. Sans crier gare, le jusque-là fort candide Grim devient plus radical, autorisant son animal à arracher une moitié de visage avec les dents et l’envoyant même broyer des restes humains au hachoir, comme dans une vieille émission de l’amie des anguilles Maïté. Ce n’est certes pas encore le gros délire à l’allemande ni la boucherie ultime, mais cela occupe et se marie plutôt bien avec la noirceur que Matthews implante progressivement, le Britannique n’hésitant pas à conclure sur le destin peu enviable d’une enchaînée oubliée sur place par ses compagnons, et dès lors condamnée à rester seule dans le noir jusqu’à une mortelle fringale. Pas très gai. Et assez peu joyeuse la mort du monstre (spoilers à venir les enfants), changé à nouveau en tas de granit à cause d’un rayon lumineux mais qui emporte dans son trépas une jeune fille, changée elle aussi en galet hurlant. De quoi apporter sa petite identité à un produit que l’on imaginait plus générique, embelli par ses emprunts à une imagerie moyenâgeuse – un chevalier démon à face de fauve errant dans sa chambre des tortures, ça a plus de gueule qu’un banal animal mangeur de promeneurs, qu’on se le dise – et le plaisir qu’il prend à filmer sans détour sa bestiole, à l’écran du début à la fin. Plutôt pas mal donc, quoique toujours anecdotique.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Paul Matthews
  • Scénario : Paul Matthews
  • Production : Elizabeth Matthews
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Emmanuel Xuereb, Tres Hanley, Jack Chancer, Nesba Crenshaw
  • Année : 1995

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