Mortelle Saint-Valentin

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Les restaurants et cantines de bord de mer gardant leurs portes closes jusqu’à nouvel ordre, les amoureux se verront cette année dans l’obligation de se reporter sur les macaronis au gratin de Captain Iglo et le champagne Franprix débouché devant la telloche. Autant en profiter pour dépoussiérer le déjà vieux de deux décennies Mortelle Saint-Valentin (2001), à condition que votre légitime ne soit pas du genre à se vexer que vous en profitiez pour loucher en douce sur les formes légendaires de Denise Richards, du temps où elle ne ressemblait pas encore au Maire McCheese de chez McDonald.

 

 

« Le moins naze qu’on veut bien le dire Mortelle Saint-Valentin », voilà comment, en me basant sur de lointains souvenirs d’une vision en DVD zone 1 au seuil des années 2000, temps bénis où mon père ne savait soutenir l’attente d’une sortie officielle dans nos provinces et s’en remettait à l’import pour agrandir une partie de sa collection de pelloches, j’introduisais avec bonne foi et dans un rêve bleu le film de Jamie Blanks, alors que je me penchais sur son suivant, l’impropre de bon gré Insane (2007), survenu six longues années après cette sanglante journée réservée aux tourtereaux. Un laps de temps anormalement long que l’on expliquera par la médiocrité – eh oui, ma mémoire m’avait méchamment lâché sur le coup Valentine – de cette fausse adaptation d’un roman de Tom Savage, nouvelle prenant pour sujet une écrivaine traquée par un admirateur secret aux sombres désirs qu’un producteur, plus attaché au nom du livre qu’à son contenu, travestit en sous-Scream plein de jolis minois tailladés par un démon au visage d’ange, le tueur portant le masque de Cupidon. Une haine ramenant aux bordures de l’adolescence, lorsque le malbâti Jeremy Melton (ratiches en avant, lunettes de nerd, chemise de ringard) passait la soirée du bal de l’école à proposer une danse à ses plus séduisantes camarades de classe, dont l’hilarité face à l’invitation faisait office de refus, et finit caché sous les gradins avec la ronde Dorothy, désespérée au point de bécoter « un naze » à l’abri des regards indiscrets. Qui se fraient tout de même un passage jusqu’au spectacle : une poignée de garçons tombe sur ceux qu’ils appellent « le boudin » et « le vicieux », et face à la honte Dorothy ne trouve comme échappatoire que le mensonge, clamant que le pauvre Jeremy la pelotait sans son accord, et que c’est toujours sans laissez-passer que sa langue se glissa dans sa bouche charnue. Tabassé par des indélicats se découvrant d’un coup d’un seul une sensibilité pour les malheurs de celle qu’ils charriaient pourtant sur son poids une vingtaine de secondes auparavant, Melton sera bon pour aller passer quelques années dans un centre pour gamins à problèmes, là où sa réputation imméritée de satyre ne pourra pas l’atteindre.

 

 

Une introduction à la bonne haleine eighties, et une suite des évènements lorgnant elle aussi vers les grandes heures du slasher, les gamines de la fête, désormais devenues grandes et toutes très en formes, recevant de macabres cartes de Saint-Valentin, envoyées par un Melton dont elles ignorent les traits actuels. Et le vengeur au visage d’angelot de leur rendre visite, les criblant de flèches, les égorgeant ou les électrocutant, tandis que leurs petits copains se prendront une hache dans l’échine ou se feront aplatir la gueule au fer à repasser. La rengaine habituelle, et la bonne vieille recette de Mémé Voorhees, mais on sait qu’elle fait les meilleures tablées. Alors pourquoi ça coince concernant Valentine, sur le papier pas plus loqueteux qu’un autre neo-slasher à neo-metal (on vous parle d’une époque, désormais révolue, où l’on pouvait foutre du Marilyn Manson en B.O. ; non pas que ça me manquera, remarquez bien…) passant derrière Wes Craven pour ramasser la petite monnaie dégringolant de ses poches ? Car un œil sur la fiche technique a plutôt de quoi rassurer : Blanks, avec Urban Legend, avait prouvé que les suiveurs pouvaient être les premiers (oui, par ici on préfère ces légendes urbaines au premier Scream, et on l’assume), et le casting, s’il ne vend pas nécessairement du rêve – sauf peut-être à un spectateur encore tout humide de sa collision avec le sexy thriller Sex Crimes dans lequel la Denise donnait beaucoup d’elle-même – sait fort bien que ce car entier de jeunes starlettes issues des programmes pour teenagers assure à l’ensemble une patine à tout le moins professionnelle. Comprendre que Valentine aura plus d’allure qu’un banal Lover’s Lane, par exemple. Et c’est d’ailleurs le cas, le copain Jamie torchant quelques très beaux plans, la photographie se veut d’un autre niveau que celle de votre Série B ordinaire et la direction artistique est de toute évidence travaillée (voir la séquence, originale, du labyrinthe dans cette art house où rôde bien sûr l’assassin). L’ennui, c’est qu’aucune qualité réelle ne pousse sur ces bases saines, et que trop occupé à modeler un produit de grande consommation dont on voit encore l’étiquette à l’arrière de son beau jean’s de chez Levi’s, Blanks a oublié de laisser éclater la virulence que l’on sait présente en lui depuis Insane.

 

 

Le réalisateur est d’ailleurs le premier à reconnaître, et regretter, son erreur, avouant qu’il aurait dû pousser un peu plus loin le gore et à l’inverse mettre en sourdine l’humour. Car oui, cela blague dans Valentine, et ce de manière quasi-constante. Si ces demoiselles sont plus ou moins épargnées, après tout le drame les entourant les protège d’un certain ridicule, si ce n’est celui de dialogues privés de second jet, les hommes deviennent, eux, quasiment des figures cartoonesques grimaçant comme de beaux diables, se pensant grands séducteurs alors qu’ils ne sont que des débauchés sans classe. Econduits par les filles, ils seront bien sûr fendus en deux par Cupidon, garant des valeurs vraies du romantisme, tombant aussi bien sur les vilaines l’ayant repoussé à une époque où il ne demandait qu’à ouvrir son coeur que sur ces malotrus dézippant un peu trop vite leur braguette. Le seul à s’en tirer sans casse est bien évidemment David Boreanaz, dont le charisme d’échalote – et c’est méchant pour le légume – remplaçait alors les tapisseries des chambres des adolescentes passant trop de temps devant la série Buffy. On ne va tout de même pas tourner au ridicule celui qui, par sa seule présence au générique, aide à remplir la moitié de la salle, l’ami des jeunes filles en fleur aimantant la partie féminine alors que la Richard, qui n’a pas le temps de se sécher les cheveux de sa soirée piscine avec Neve Campbell qu’elle est déjà balancée dans un jacuzzi dans Mortelle Saint-Valentin, attire la gent masculine. Pour ne pas lui donner le rôle du prince charmant, et pour qu’il puisse toujours être perçu comme un potentiel suspect, on fait en sorte qu’il incline vers l’ivrognerie, mais rien n’y fera : le premier rôle masculin est d’un fade absolu, et on regrette bien que le brave Jeremy Sisto (May, Détour Mortel) un temps souhaité pour le rôle ne fut pas retenu. Notez que ce n’est pas beaucoup mieux du côté des demoiselles, soit des final girls sans relief, soit des pimbêches qu’il sera bien difficile de regretter une fois que le chérubin leur rendra visite une foreuse à la main.

 

 

Blanks connaissant le métier, on ne s’ennuie pas vraiment, le rythme général permettant d’éviter sans mal les bâillements et les coups d’oeil à l’horloge. Mais on ne peut pas non plus dire que l’on se sent vrombir face à ce long épisode de Beverly Hills 90210, où un vol de collier en or et les résultats d’une séance de speed-dating prennent autant de place dans l’intrigue que l’enquête policière visant à coffrer l’angelot adepte du surin. Et lorsque votre petite séance ciné du samedi soir vous rappelle le soap-opéra du mercredi après-midi, c’est qu’il y a une burne dans le minestrone. Reste quelques bonnes idées visuelles (le tueur saignant du nez à chaque meurtre ou lors d’une émotion forte), mais trop accroché à son statut d’amusement pour tous et toutes, Valentine retient ses coups et, lorsqu’il devient intéressant comme lors de la scène voyant Denise Richard manquer de se faire vriller la face au foret, il fait une brutale marche-arrière et en revient à ses trop chastes habitudes. Qu’on ne s’étonne donc pas que nous en retournions aux nôtres et que l’on se refasse le plus sûr Meurtres à la St-Valentin (1981).

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Jamie Blanks
  • Scénario : Donna Powers, Wayne Powers…
  • Production : Dylan Sellers
  • Titre Original : Valentine
  • Pays : USA
  • Acteurs : Marley Shelton, Denise Richards, David Boreanaz, Jessica Capshaw
  • Année : 2001

2 comments to Mortelle Saint-Valentin

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Ah, celui-là il est un peu responsable de la fin du neo slasher (et du coup il remporte toute ma sympathie :D). Je me souviens des critiques sauvages à l’époque et c’est vrai qu’entre le masque de Cupidon assez naze et l’absence de violence, c’était laborieux. Et autant la présence d’Angel ne m’a pas plus choqué que ça (il meuble sans plus mais c’est pas la cata non plus), autant faire de Denise Richards une über bitch qui n’a même pas une mort digne de se nom m’avait bien agacé. ‘fin bon, neo slasher quoi.

    Au moins comme tu dis la séquence d’intro était sympa et bien en phase avec la génération d’avant.

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