The Beast of the Yellow Night

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Toujours plus malin que tout le monde au seuil des années 70, Roger Corman s’était coincé dans la tête la bonne idée qu’il lui serait plus que profitable de refiler le guidon de ses prochains bolides horrifiques au Philippin Eddie Romero, sous-traitant capable de respecter tous les protocoles de la Série B tout en y apposant une bienvenue touche exotique. Ravalez néanmoins votre bave, The Beast of the Yellow Night (1971), première mission que confia Tonton Roro à « l’autre Romero », n’étant pas particulièrement folichon.

 

 

C’est sûr, en matière d’imagerie hérétique et infernale, on ne pourra pas accuser les Phillipins, ou en tout cas Eddie Romero, de faire comme tout le monde. Là où le reste du globe pose sur le crâne de Satan une jolie paire de cornes incandescentes ou le mettent sur son 41 lorsqu’il s’agit de lui donner un visage humain (Robert de Niro dans Angelheart, Al Pacino dans L’Associé du Diable), The Beast of the Yellow Night offre au démon la carrure d’un sumo. C’est effectivement un Vic Diaz d’ordinaire surveillant des pires geôles du Women In Prison qui apparaît torse poil devant un déserteur blessé, accusé d’avoir profité de la guerre pour s’être adonné au viol, au vol et au meurtre. A l’article de la mort et affamé, il se fait attentif au deal à priori impossible à refuser que lui fait le prince des ténèbres et des gros bidons tout ronds : contre l’immortalité et un panier rempli de viande fraîche, le fugitif Joseph Langdon (John Ashley, également producteur) devra, vous connaissez la boutique, offrir son âme à Satan. Pour que film se fasse, et parce que le ventre est souvent plus fort que la raison, Langdon pactise ainsi avec son mauvais ange, devenant un être impérissable ressuscitant à chaque trépas dans le corps d’un autre. Cette fois, c’est dans la carcasse du fraîchement décédé Philip Rogers, puissant businessman américain installé en Asie, qu’il se glisse, à la grande surprise des proches et docteurs du Rogers en question. Mort défiguré, le revoilà bien en vie et avec un visage tout neuf n’ayant aucun trait commun avec l’ancien, puisque lorsque Langdon s’empare d’un corps, la chair de celui-ci se tord pour prendre son apparence d’origine. Etonnant, mais pas de quoi faire paniquer Julia, épouse de Rogers, trop contente de voir son promis à nouveau fringant, le seul à se poser de légitimes questions étant le docteur de la famille, saisi au point d’en faire un infar. Il faudra attendre que Mary découvre que la personnalité de son homme n’est plus tout à fait la même pour qu’elle commence à se poser des questions, son Philip renvoyant tout le personnel de sa société et allant même jusqu’à proposer à sa chère et tendre de le quitter pour son frère, avec lequel elle eut une liaison au préalable. Le frangin n’attend d’ailleurs que ça, et voit d’un mauvais œil la sortie de cercueil de ce frérot changé du tout au tout. Qu’est-ce que Satan gagne à ramener Langdon à la vie encore et encore, d’ailleurs ? Selon lui, son sbire aurait la capacité d’avilir les personnes qu’il rencontre, et il compte donc sur ces talents pour que la Terre devienne progressivement plus diabolique. Pas franchement le plan du siècle, surtout lorsque l’on se rend compte que Langdon commence à se fatiguer de ces histoires et aimerait crever une bonne fois pour toute. Pour le punir de son insurrection, Satan le fait souffrir par de terribles coliques puis le transforme en monstre meurtrier, lâché dans la ville pour y lacérer tout ce qui bouge.

 

 

Ca paraît clair, avec The Beast of the Yellow Night, Eddie Romero avait à coeur de rendre hommage à l’épouvante des débuts, reprenant à son compte le mythe de Faust tout en le mêlant au film de loup-garou et y ajoutant une sous-intrigue voyant le monstre se lier d’amitié avec un aveugle, comme dans la saga Frankenstein. Sauf que le réalisateur/scénariste s’est aussi décidé à aller au-delà de l’hommage et profite de l’occasion donnée pour philosopher sur le rapport qu’à l’être humain avec le Mal. Et c’est parti pour de longs échanges entre un Vic Diaz faisant tout son possible pour paraître méphistophélique alors qu’il est bien trop bonhomme pour être considéré comme le roi des braises éternelles, et un John Ashley prenant son air le plus blasé. L’ennui c’est que ces échanges de vue, en plus de donner l’impression de n’avoir aucun sens, rendent de plus en plus confuse une trame déjà difficilement compréhensible à l’origine. Car on s’y perd dans les réincarnations du triste Langdon, Romero n’étant pas parvenu sur la ligne de départ à nous expliquer clairement ce qu’il en était, et il m’aura fallu une bonne quarantaine de minutes et quelques dialogues glissés trop tardivement dans la bouche des protagonistes pour me faire un avis définitif sur l’histoire, comme si Romero avait placé ses pions sur l’échiquier alors que la partie était déjà commencée depuis l’avant-veille. Par malheur, le bon Eddie ne se rattrape jamais lors des séquences purement horrifiques, qui en plus de mettre trente longues minutes à atteindre les écrans manquent terriblement de rage. Si ce n’est lors de sa première transformation, où Langdon devenu un indescriptible démon éventre un passant et chipote dans des rognons invendus récupérés à la boucherie du coin de la rue, fort peu de coups de sang à énumérer dans The Beast of the Yellow Night

 

 

Ne sachant visiblement pas trop ce qu’il fait, et lui-même égaré dans la mythologie qu’il a mise en place pour sa propre créature (un coup celle-ci est invincible et résiste même aux poignards les mieux limés, un autre elle succombe à un simple coup de feu qui l’aurait à peine faite vaciller une minute plus tôt, et quoiqu’en dise Vic Diaz on ne voit pas bien en quoi Langdon rend ceux qui l’entourent plus ténébreux), Romero nous perd aussi en cours de route et tout ce qu’il parvient à faire naître chez son audience est l’envie de s’en retourner aux films de Paul Naschy, très similaires à celui-ci à une ou deux touffes de poils et des problèmes intestinaux près, et surtout plus radicaux et donc efficaces. Non pas que The Beast of the Yellow Night soit fondamentalement détestable, il se trouve juste qu’il n’est jamais vraiment aimable et rate à peu près tout ce qu’il entreprend…

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Eddie Romero
  • Scénario : Eddie Romero
  • Production : Eddie Romero, Roger Corman, John Ashley
  • Pays : Philippines, USA
  • Acteurs : John Ashley, Vic Diaz, Mary Wilcox, Eddie Garcia
  • Année : 1971

2 comments to The Beast of the Yellow Night

  • FREUDSTEIN  says:

    Malgré ta critique,cela ne m’empêche pas de vouloir voir ce film un jour….Cela fait trop longtemps que j’en entend parler à travers plusieurs articles et photos.

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