Le Crâne Hurlant (+ Cursed)

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Avant de tourner le shocking thriller Point of Terror en 1971, et même avant de passer d’une liane à l’autre, peau de jaguar sur le torse, en shootant quelques épisodes et même deux films Tarzan, Alex Nicol donnait dans la bonne veille Série B à frissons avec Le Crâne Hurlant (1958), agréable dégringolade que fait une jeune épouse vers la folie, le squelette de la femme précédente de son nouvel mari revenant la hanter dans leur luxueuse maison. Mais avant d’en arriver à cette partie d’osselets, votre malheureux serviteur passa par le nettement moins louable Cursed (1990).

 

Attention, ça va spoiler par ici.

 

Vous avez tous connu ça au moins une fois dans votre petite vie de collectionneur de pelloches, ce sentiment de noyade dans un catalogue presque trop dense, où des centaines, que dis-je des milliers, de titres jouent des coudes pour être l’élu de votre soir et passer quelques 90 minutes en tête à tête avec le spectateur que vous êtes. Comment choisir celui avec lequel on convolera en juste noce ? Comment savoir à quel sourire carié confier ce que l’on souhaite être un moment de relaxation ? Jamais évident, et après un quart d’heure de recherche, puis deux, on finit fatalement par s’en remettre au hasard, fermant les yeux et saisissant un prétendant à la volée, espérant qu’il sera, si ce n’est le bon, à tout le moins à la hauteur de sa tâche. C’est dans l’un de ces moments de fatigue intense bâti par l’indécision face à un trop large choix – certaines études disent que le cerveau humain ne sait se décider que lorsqu’il doit faire sa sélection entre douze choix, au-delà notre pauvre cervelet frôle la surchauffe et ne sait plus ce qu’il doit faire, et je parie que c’est vrai – que je suis tombé sur Cursed, menue production canadienne dont j’aurais préféré ne jamais croiser la route. Autant l’annoncer d’emblée, je ne suis pas allé au bout de cette affaire versant autant dans la théologie (les curetons seront joie) que dans la Science avec un grand S (les petits chimistes aussi), cette malédiction fomentée par Mychel Arsenault décrivant la lutte morale entourant le savant Vlad, si proche de trouver la méthode pour allonger la vie de l’homme. Mais un soir orageux, l’église située en face de son appartement perd une gargouille, dont la chute se termine sur le crâne, pas hurlant celui-ci, du prêtre de la paroisse, écrasé par le démon de pierre. A la demande d’un membre du clergé aussi intrigant que cynique, c’est à la petite amie de Vlad de redonner ses courbes d’antan à la statue, tandis que des évènements douteux se multiplient : un gardien est retrouvé mort, les plombs sautent et les chaises bougent toutes seules comme par magie. Et l’audience, elle, s’emmerde sacrément devant ce spectacle incroyablement bavard, visuellement triste (on ne se souvient que l’on fait face à une bande fantastique que lorsque la gargouille pleure une mélasse noirâtre, sinon il ne se passe rien à l’écran) et qui ne devrait séduire que les étudiants en biologie et un ou deux évêques. N’étant pas du genre à jongler avec les tubes à essai, et n’étant certainement pas d’une pâte à faire les hosties, j’ai lâchement utilisé l’avance rapide pour vérifier que je ne ratais rien. Et c’était bien le cas. Ayant décidé de ne pas aller me coucher sur une telle mauvaise expérience, il fut vite décidé, à condition de savoir saisir une récréation avec plus de rapidité que précédemment, de me prendre autre-chose. C’est souvent dans ces cas-là que les productions des années 50 se montrent utiles : brèves et simples, elles font une parfaite roue de secours, et The Screaming Skull ne déroge pas à la règle.

 

 

Le film d’Alex Nicol n’a pourtant pas la réputation des plus forts, son cas étant sujet à débat, rarement énervés – personne ne s’excitera jamais pour défendre, ou rabaisser, Le Crâne Hurlant – avec d’un côté les quelques troublés par ses ossements, et de l’autre les escouades de mécontents qui pensaient trouver là un vrai film gothique, ou à tout le moins un monster movie avec squelettes flottants et tout le barnum habituel du genre de la maison hantée, dans lequel Nicol pose ses valises. Une moitié d’installation pour être juste, le cinéaste gardant un pied prudent sur le porche, préférant ne pas enlacer l’épouvante de manière trop voyante et misant plutôt sur le thriller psychologique, option complots et trahisons familiales, là où les veuves acariâtres empoisonnent leurs nièces et où les mauvais époux manigancent dans le dos de leurs jeunes conjointes, qu’ils font tanguer vers la démence. Malade des nerfs, Jenni Withlock (Peggy Weber, que vous avez pu voir dans Macbeth) risque fort de le devenir : traînée par son époux, le beau et rassurant Eric (John Hudson) dans la vaste demeure de celui-ci, elle découvre que la précédente maîtresse des lieux, et dont Eric se fait veuf, se tua alors qu’elle glissa dans une flaque, se fracassant le crâne contre une bordure rocailleuse et finissant sa chute dans l’un des magnifiques bassins du manoir. Jenni ayant elle-même subi la perte de ses parents, noyés suite à un accident, cette sombre histoire à tôt fait de réveiller de douloureux souvenirs en elle, et déjà moralement éreintée, elle se met à voir des crânes partout. Celui de Mary, la précédente légitime de son Eric, qui pourrait en vouloir à la nouvelle venue de prendre sa place. A moins que ce ne soit là une vilaine blague de Mickey (Alex Nicol lui-même), jardinier aussi simplet que mutique, que l’on disait très attaché à sa patronne et que l’on peut envisager comme malheureux de devoir servir une nouvelle dame ? Peut-être aussi que Eric est un moins brave homme que ce que laisse suggérer ses amitiés avec l’abbé local, et que le vilain à quelques vues sur l’héritage de sa riche nouvelle épouse ? La réponse est bien évidemment dans cette ultime question, même si Nicol ne s’en tient pas seulement au thriller magouilleur.

 

 

Pour conclure son affaire, mais aussi pour punir son si vilain premier rôle masculin, qui avait déjà poussé sa première femme dans la grenouillère, il est décidé qu’un véritable spectre honorera The Screaming Skull de sa présence. C’est bien souvent là que ce petit budget perd des points auprès d’un auditoire sévère, car étant une distribution American International Pictures (qui, maligne, promettait de prendre à sa charge les obsèques de toute personne mourant de trouille devant le film, coup de promo magistral s’il en est), le Crâne Hurlant ne bénéficie bien évidemment pas d’un pécule lui permettant de faire sensation lors de ses apparitions. Il n’est en vérité que l’un de ces squelettes en plastique trouvable dans toute classe de bio américaine, que l’on a habillé d’une robe de bourgeoise et que l’on plante dans un coin dans la pièce, en attendant que Eric, paniqué, lui jette une chaise dans les os. Et lorsque les personnages tentent une légitime fuite, on retrouve la boîte crânienne en train de rouler sur l’herbe ou dégringolant des escaliers dans leur direction. Pas particulièrement terrifiant, il faut bien le dire, et Nicol se trouvait plus à son aise lorsque son petit méfait s’en tenait à son rôle de film noir psychologique, aidé par des décors remarquables. Intéressant environnement que celui dans lequel Jenni n’en finit plus de frissonner, l’imposante bâtisse, totalement vide et d’un blanc virginal, étant encerclée par une jungle foisonnante, où errent des paons aux cris perçants et où l’on trouve, en cherchant bien, une étrange obélisque de granit, autel dédié à la disparue Marie, dont fut reproduit le visage, collé à cette colonne digne d’une obscure secte. Intrigant, et finalement plus intéressant que l’habituelle vengeance d’outre-tombe que l’on ne manque pas de nous servir en dessert, trop fauchée pour faire plus qu’un maigre effet, même s’il n’y a rien de déshonorant non plus dans ces dernières minutes. Constat positif donc, et une soirée de sauvée par une simple caboche sans chair.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Alex Nicol
  • Scénario : John Kneubuhl
  • Production : John Kneubuhl
  • Titre Original : The Screaming Skull
  • Pays : USA
  • Acteurs : Peggy Weber, Alex Nicol, John Hudson, Russ Conway
  • Année : 1958

2 comments to Le Crâne Hurlant (+ Cursed)

  • Roggy  says:

    En matant,Le Crâne Hurlant, le film m’en a rappelé un autre sorti également en 1958, Terror in the Haunted House d’Harold Daniels qui tourne également autour d’une machination familiale. Avec en plus la technique du Psychorama pour accentuer la peur des personnages et des spectateurs. Il y a vraiment de grandes similitudes mais le film de Nicol est plus réussi. Son émule fait vraiment daté pour générer la peur artificiellement.

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